Conférence de clôture de la Campagne du Conseil de l'Europe pour combattre la violence à l’égard des femmes, dont la violence domestique

      Strasbourg, 11.06.2008

      Discours de Britt-Marie Lövgren, membre du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe – Commission de la Cohésion sociale

      Je m’appelle Britt-Marie Lövgren et j’ai participé à la conférence de clôture de la Campagne du Conseil de l'Europe pour combattre la violence à l’égard des femmes, dont la violence domestique. J’ai représenté le Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux, la Commission de la cohésion sociale et la municipalité d’Umeå dont je suis une élue. C’était une conférence remarquable qui a analysé la violence masculine à l’égard des femmes sous de multiples angles. J’avais pour tâche d’expliquer comment nous faisons face à ce problème à Umeå et c’est aussi ce que je vais faire ici pour vous.

      Selon moi, la violence des hommes à l’égard des femmes et des enfants constitue une violation des droits de l'homme. C’est un immense problème social à l’échelon mondial et l’exemple le plus extrême du déséquilibre des pouvoirs que l’on observe couramment dans les relations entre les femmes et les hommes. La violence à l’égard des femmes et de leurs enfants est aussi un obstacle majeur à l’égalité entre les femmes et les hommes.

      Pour régler ce problème, du moins en partie, nous avons choisi, à Umeå, une approche fondée sur la coopération entre les autorités à différents échelons : elle consiste à rassembler des spécialistes régionaux des soins de santé, des travailleurs sociaux et des bénévoles locaux travaillant dans les foyers pour femmes. Au niveau national, ce sont les universitaires, les spécialistes du système judiciaire et la police qui apportent leurs connaissances. C’est un bon moyen de mettre en commun les compétences. C’est extrêmement important de professionnaliser ce type d’activité. Les opinions, croyances et suppositions ne sont pas de mise ici. Les diverses professions travaillent toutes ensemble dans ce que nous appelons un Centre contre la violence.

      La femme qui est victime de violences doit avoir le sentiment que, si elle vient au Centre, elle recevra l’aide dont ses enfants et elle-même ont besoin et, en outre, que son initiative ne leur fait pas prendre un grand risque. Un lieu UNIQUE permet d’accueillir les femmes et les enfants qui n’ont plus à courir de tous côtés pour trouver de l’aide. Les femmes et les enfants n’ont à rendre témoignage qu’UNE SEULE fois, et tout est consigné et conservé pour servir de preuve ultérieurement, si nécessaire. Cette procédure délivre les femmes et les enfants de la hantise de revivre le traumatisme subi à chaque nouvel entretien avec des interlocuteurs différents.

      Le Centre comporte ainsi trois sections, une pour les enfants, une autre pour les femmes et une troisième pour les hommes.

      S’agissant du traitement des hommes violents, le plus important est de veiller à ce qu’ils assument leurs actes. Ils doivent comprendre que l’entière responsabilité des violences incombe à leurs auteurs. Ces hommes doivent cesser de chercher des excuses et des explications à leur violence, de minimiser son importance et de blâmer la femme, en affirmant, par exemple, qu’elle les a poussés à devenir violents. Les hommes doivent prendre conscience des conséquences de leur violence et arrêter de terrifier leur famille et de lui faire du mal.

      Nous avons aussi commencé à mener une action de prévention auprès des jeunes de sexe masculin dans nos établissements scolaires. Les jeunes peuvent se réunir en groupe, s’interroger sur le sens de l’expression « être un homme » et remettre en question l’opinion prédominante sur la virilité et les idéaux machistes. Ainsi, nous agissons en priorité là où de véritables changements s’imposent. Grâce à cette action, les jeunes peuvent adhérer à d'autres valeurs et devenir des hommes non violents.

      Une nouvelle étude menée à l’université d’Umeå en Suède a permis de calculer le coût individuel de la violence. Il a été évalué, au total, à environ 250 000 euros dans le cas d’un homme ayant physiquement maltraité sa partenaire pendant vingt ans.

      Les mesures visant à juguler la violence des hommes à l’égard des femmes sont, bien sûr, extrêmement importantes du point de vue social et humanitaire ; cependant, elles sont aussi utiles sous l’angle économique. Il y a lieu, assurément, de le rappeler et d’en faire souvent état.

      En conclusion, je dirai que la seule solution est d’appliquer la tolérance zéro vis-à-vis de la violence.

      C’est le moins que l’on puisse faire dans une démocratie digne de ce nom.

      Informations sur les travaux du Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe

      Le Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux s’intéresse aux mêmes questions que le Conseil de l'Europe dans son ensemble mais aux niveaux local et régional : les droits de l'homme, la démocratie locale et régionale, l’autonomie locale et régionale, l’insertion sociale, le dialogue interculturel, le racisme, l’emploi, l’intégration, etc. L’atout des élus locaux et régionaux est d’être proches des citoyens, ce qui leur permet d’être efficaces là où il le faut.

      En mai, le Congrès a tenu sa session plénière. Pour la nouvelle mandature, il a été exigé que chaque délégation nationale compte au moins 30 % de membres du sexe sous-représenté, à savoir les femmes, pour la plupart des délégations. Quelques jours avant la session plénière, cette exigence ne semblait guère devoir être satisfaite mais, finalement, tous les Etats y sont parvenus. Une première étape a été franchie. La prochaine est de faire en sorte que les femmes deviennent membre titulaire. Etre membre suppléant n’est pas un emploi pour les femmes.

      Je suis membre du Congrès et aussi vice-présidente de la chambre locale de la Commission de la cohésion sociale. Dans ce cadre, je suis notamment responsable des questions d’égalité entre les femmes et les hommes. Nous étudions actuellement quelles priorités établir dans notre programme d’activités pour 2009-2010.

      En 2004, le Congrès a adopté une Recommandation (148) et une Résolution (176) sur l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes aux niveaux local et régional : une stratégie pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes dans les villes et les régions. Concernant le programme d’action, j’ai fait observer qu’il était temps de donner suite à ces textes adoptés et d’élaborer une nouvelle politique sur l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes aux niveaux local et régional. Cette initiative pourrait aussi contribuer au nouveau rapport du CDEG sur la mise en œuvre effective de l’approche intégrée de l’égalité entre les hommes et les femmes – dix ans plus tard.

      Une autre question que le Congrès juge extrêmement importante est la violence faite aux femmes – résultat d’un déséquilibre des pouvoirs entre les femmes et les hommes – qui a des conséquences terribles, souvent fatales, pour les femmes et leur famille dans chaque ville et région d’Europe.

      Le Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux s’emploie à éliminer cette violation des droits de l'homme et a de fait, par le passé, pris fermement position contre la violence et des crimes tels que la traite des êtres humains. En outre, il s’efforce de lutter contre la discrimination fondée sur le sexe et le déséquilibre des pouvoirs entre les sexes, en insistant sur l’importance de la participation des femmes à la vie politique et du respect de leur droit de vote individuel en tant que moyen de favoriser leur autonomisation et d’affirmer qu’elles ont un rôle à jouer dans la société égal à celui des hommes.

      De nombreuses autorités locales et régionales de toute l’Europe ont déjà lancé des initiatives telles que des campagnes de sensibilisation ciblées, et surtout mis en œuvre des mesures de protection et de prévention adaptées aux besoins, souvent par le biais d’une coopération étroite avec les ONG dans ce domaine ; le Congrès les invite, du reste, à se faire connaître et à partager leurs expériences et a créé, à cet effet, une rubrique spéciale intitulée « Echange de bonnes pratiques » sur son site web STOP A LA VIOLENCE.

      Le Congrès exhorte les autorités locales et régionales de toute l’Europe non seulement à faire de la lutte contre la violence à l’égard des femmes, dont la violence domestique ou familiale, une priorité mais aussi à faire pression sur leurs parlements et gouvernements respectifs pour qu’ils s’engagent plus activement dans cette lutte.

      La Commission de la cohésion sociale du Congrès élabore actuellement un rapport examinant les différents moyens dont disposent les autorités locales et régionales pour lutter contre la violence faite aux femmes en mettant l’accent sur la prévention et la protection des victimes. Les recommandations et résolutions seront soumises au Congrès pour adoption en 2009.



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