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P-PG/Prev-CF (2006) 6

Actes du 2ème Forum consultatif européen pour la prévention des toxicomanies

« La drogue, pourquoi pas ? »

Vilnius, Lituanie, 18 et 19 mai 2006

*****

Les vues exprimées dans cet ouvrage sont de la responsabilité des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la ligne officielle du Conseil de l’Europe / Groupe Pompidou

CONCLUSIONS ET SUIVI

Plus de 130 personnes (experts, responsables politiques et jeunes) venus de 22 pays ont participé au Forum. Il y avait un bon équilibre entre les jeunes et les autres participants.

Conclusions du Forum

Le Forum consultatif a montré l’importance et la valeur de la participation des jeunes dans la prévention au niveau international – leur enthousiasme, leurs idées neuves et les enjeux qu’ils ont mis en avant étaient stimulants pour les professionnels qui se sont engagés auprès d’eux. Les jeunes eux-mêmes se sont réjouis de leur participation et ont indiqué qu’ils avaient gagné, grâce à cette expérience, une meilleure compréhension des objectifs et des notions de la prévention des toxicomanies. Tout le monde s’est prononcé en faveur de l’organisation de nouveaux événements de ce type.

Dans la prévention des toxicomanies avec les jeunes, il est crucial d’apporter une certaine crédibilité et, pour ce faire, l’honnêteté est un élément clé. Les professionnels doivent mieux comprendre les subcultures des jeunes et travailler avec eux. Il est essentiel que ces éléments clés se reflètent dans la structure de ces forums consultatifs, où les jeunes et les professionnels adultes se rencontrent pour échanger leurs idées.

Lors de ce Forum, les jeunes ont mis l’accent sur les questions suivantes qui les préoccupaient :

  • Les jeunes sont souvent confus quant aux critères utilisés pour distinguer les drogues légales des drogues illégales. Les drogues « légales », comme l’alcool et le tabac, ainsi que les médicaments de bien-être et les substances destinées à améliorer les performances, sont importantes pour de nombreux groupes de jeunes. Pour être crédibles et éviter toute confusion, il est essentiel de leur accorder la même importance qu’aux drogues illicites.
  • Pour les jeunes, les effets nuisibles de la toxicomanie se manifestent plus tard dans la vie. C’est pourquoi ils ne voient pas le danger immédiat que représente la consommation de drogues.
  • Les campagnes qui s’attachent à des modes de vie plus sains ou qui visent à faire peur n’atteignent pas les jeunes. Selon eux, mettre en valeur les effets négatifs de la production et du trafic de drogues illicites sur les personnes qui vivent dans des pays en développement (violence de la mafia, exploitation, trafic d’armes, etc.) pourrait être un facteur dissuasif bien plus efficace. Les jeunes sont en effet très idéalistes et ressentent une forte compassion pour ceux qui souffrent dans le monde.
  • La participation des jeunes est un préalable indispensable à l’élaboration de politiques efficaces de prévention des toxicomanies. Elle suscite l’engagement et donne le sentiment d’appropriation et de responsabilité, en plus de renforcer la crédibilité des pairs.
  • Les jeunes devraient être impliqués en tant que partenaires dans la prévention des toxicomanies : il faut reconnaître leur expertise et leur expérience spécifiques sans pour autant compromettre les messages essentiels de la prévention.
  • Les professionnels adultes doivent continuer à mieux adapter leurs approches afin de faciliter la participation des jeunes. Il faut tenir compte du fait que les jeunes sont habitués à des environnements de travail différents, emploient des méthodes de travail plus variées et plus créatives et préfèrent utiliser un langage plus clair.
  • Le milieu social de la plupart des jeunes englobe leur famille ; les familles changent et de nouvelles formes de vie de famille apparaissent, auprès desquelles les professionnels doivent s’engager en utilisant les méthodologies adaptées.
  • Les jeunes appartiennent à un éventail de groupes sociaux différents et vivent selon des modes de vie différents. Certains de ces groupes sociaux et de ces modes de vie favorisent certains types de consommation de drogue. Par ailleurs, d’autres militent activement contre plusieurs formes de toxicomanie, voire toutes. Les professionnels doivent reconnaître les divers modes de vie et approcher ces groupes de manière adéquate – en s’engageant auprès d’eux, ils trouveront utile de travailler avec les membres influents de ces groupes.

Cérémonie de remise du Prix européen de la Prévention 2006

Cette année, les prix ont été remis à deux projets : l’un au programme irlandais d’éducation par les pairs « 421 Peer Drugs Education Programme », l’autre au projet norvégien « Rusfri Diil ».

Remis à l’occasion du 2e Forum sur la prévention qui s’est tenu à Vilnius le 19 mai, le Prix européen de la Prévention 2006 a récompensé deux projets sélectionnés parmi 31 par le jury lors de sa réunion de mars 2006 à Amsterdam : « 421 Peer Drugs Education Programme » (Irlande) et « Rusfri Diil » (Norvège). Le projet irlandais a pour but d’introduire un programme d’éducation par les pairs dans les écoles afin d’informer les jeunes sur les drogues et les pièges qui y sont associés pour qu’ils soient capables de les éviter. Le projet norvégien se fonde sur une approche multi-systèmes et multi-composantes de la prévention des toxicomanies. L’élément essentiel du projet est un pacte par lequel un jeune s’engage à ne pas consommer de drogue ni d’alcool pendant un an. Les gagnants ont participé au Forum et ont reçu des trophées, des diplômes et une lettre du Secrétariat les informant qu’ils avaient gagné la somme de 2 000 €.

Suivi

Le 3e Forum européen sur la prévention des toxicomanies est prévu pour 2008. A cette occasion sera décerné le prochain Prix européen de la Prévention.

La date limite des candidatures est fixée au 31 octobre 2007. Les formulaires de candidature peuvent être obtenus auprès du Secrétariat à l’adresse suivante : preventionprize2008@coe.int

HISTORIQUE

Pourquoi un « Forum européen sur la prévention des toxicomanies » et un « Prix européen de la Prévention » ?

L’idée d’instaurer un dialogue direct entre les jeunes et des professionnels est née des discussions qui ont eu lieu pendant la conférence d'Helsinki sur « la prévention ciblée en matière de toxicomanie - sensibilisation des jeunes au sein de la communauté », organisée par le Groupe Pompidou en coopération avec le ministère finlandais des Affaires sociales en novembre 2002. Les expériences positives faites pendant cette conférence ont amené le Groupe Pompidou à adopter des activités visant à renforcer et à encourager la notion de la participation active des jeunes dans la planification, la mise en œuvre et l’évaluation des programmes de prévention des toxicomanies. En conséquence, l’organisation d’un forum européen sur la prévention des toxicomanies et la création d’un prix européen de la prévention ont été incluses dans le programme de travail 2004-2006, adopté lors de la Conférence ministérielle du Groupe Pompidou à Dublin en octobre 2003.

Le 1er Forum européen sur la prévention des toxicomanies s’est tenu les 6 et 7 octobre 2004 au Centre de congrès de la résidence du gouverneur de la région de Sverdlovsk, à Ekaterinbourg (Fédération de Russie). Il était organisé par le Groupe Pompidou en collaboration avec le Service de la Jeunesse de la région de Sverdlovsk et le ministère de l'Éducation de la Fédération de Russie. Y ont participé 134 personnes (experts, responsables politiques et jeunes) venus de 16 pays d’Europe pour discuter de la polytoxicomanie et des nouvelles tendances dans la culture des jeunes. Ce forum a encouragé la communication entre jeunes et adultes en vue de promouvoir la sensibilisation aux problèmes les plus graves et de construire des partenariats pour prévenir la consommation de drogues.

L’une des conclusions du Forum d’Ekaterinbourg soulignait que les jeunes avaient l’impression qu’on ne leur avait pas donné de raisons suffisantes de ne pas consommer de drogues. C’est pourquoi le Groupe Pompidou a décidé d’organiser le 2e Forum européen sur la prévention des toxicomanies sur le thème « La drogue, pourquoi pas ? ».

La notion qui sous-tend ces activités est la notion de participation.

Qu’entendons-nous par participation à l’élaboration de programmes de prévention ?

Premièrement, cette notion se fonde sur le fait qu’à ce jour, peu de programmes de prévention se sont révélés être efficaces pour communiquer des messages de prévention aux jeunes.

Seules quelques notions et méthodes de prévention développées et appliquées ces vingt dernières années ont effectivement produit les résultats escomptés. Tous les résultats tangibles qui ont pu être observés sont restés ponctuels ou limités quant à leur portée, leur durée et leur groupe cible. On peut citer la formation aux aptitudes à la vie quotidienne, l’éducation par des pairs, la promotion de modes de vie sains et le travail de prévention de la police. Nombre de stratégies coûteuses, comme les grandes campagnes médiatiques, n’ont guère eu d’effets en matière de communication des messages aux groupes cibles.

A ce jour, trois groupes clés d’acteurs fixent les notions, les méthodes et les politiques dans le domaine de la prévention : les responsables politiques, les experts et les professionnels.

En outre, le potentiel des jeunes en leur qualité d’« experts de la jeunesse » (qui connaissent mieux leurs propres besoins et attentes) devrait être mobilisé et utilisé pour développer des méthodes opportunes et plus efficaces. Jusqu’ici, le potentiel des jeunes en vue de contribuer à l’élaboration de programmes de prévention n’a pas été mobilisé. Le temps est venu d’encourager leur participation active.

Les droits des jeunes dans la société

L’image et le rôle des jeunes dans la société ont radicalement changé ces dernières années. Pendant trois siècles, l’enfant était un objet de protection ; or, cette image et ce rôle ne sont plus vrais aujourd’hui. Les jeunes ont des droits et sont des sujets de droit, comme le montrent les nombreuses déclarations politiques récentes et les instruments juridiques existants (Convention européenne sur l'exercice des droits des enfants, Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant, etc.). Le rôle de l’enfant a évolué en un rôle de citoyen au début du XXIe siècle.

En conséquence, les jeunes d’aujourd’hui jouissent de droits prévus par la loi qui garantissent leur participation à toutes les questions les concernant. Ainsi, leurs points de vue doivent être pris en compte dans tous les domaines qui touchent leurs vies.

Citoyenneté démocratique

La participation des jeunes est non seulement un moyen logique de mettre en œuvre les droits des jeunes tels qu’énoncés dans diverses conventions et recommandations internationales. C’est aussi une forme de démocratie vivante et d’éducation à une citoyenneté responsable.

Afin de permettre à ce véritable potentiel de se développer et d’apporter de nouvelles réponses à des questions anciennes, les jeunes doivent être bien préparés, participer à la planification de leurs contributions et de leurs propositions et être impliqués dans le suivi.

Valeur thérapeutique supplémentaire

Grâce aux résultats de la psychologie du développement, il est généralement admis que de nombreux problèmes que rencontrent les jeunes sont étroitement liés au manque d’occasions pour eux d’acquérir une expérience sociale. Plus particulièrement, les déficiences dans les domaines du développement moral, des comportements sociaux et de l'identité personnelle sont de toute évidence liées à des environnements qui poussent les jeunes à adopter des comportements passifs. L’absence de possibilités de participation peut déjà être une cause socioculturelle en soi suscitant de graves problèmes psychologiques et comportementaux chez les jeunes, comme la violence, l’agressivité, l’absence de responsabilités, etc.

Quelques mots pour résumer l’importance de la participation des jeunes.

La participation est non seulement le droit le plus important consacré par la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant, mais aussi une condition préalable capitale pour créer un mécanisme d’apprentissage durable qui permette de transmettre des valeurs à un jeune.

Un facteur essentiel du bien-être et du développement de l’enfant est le sentiment d’appartenance à un environnement qui lui offre une raison réaliste et suffisante de s’engager personnellement.

Les droits de l’enfant, et en particulier celui de la participation des jeunes, ne sont pas une menace pour le monde adulte et son organisation. Au contraire, la participation active est un droit ayant une valeur ajoutée : le potentiel préventif qui les aidera à devenir des adultes responsables et engagés. Le potentiel réparateur de la participation aidera les jeunes à mieux organiser leur vie et faire face aux défis qu’ils rencontrent, construisant ainsi leur capacité de résistance. En outre, la participation constitue une valeur morale qui engendre le respect, la solidarité et le sens des responsabilités.

2ème Forum européen sur la prévention des toxicomanies

Il a eu lieu les 18 et 19 mai 2006 à l’hôtel Crown Plaza de Vilnius, en Lituanie. Il était organisé par le Groupe Pompidou en collaboration avec le Service de lutte contre les stupéfiants du gouvernement de la République de Lituanie. 130 jeunes, décideurs et spécialistes en prévention originaires de 22 pays d’Europe ont étudié ensemble les différents aspects de la toxicomanie et ont librement échangé leurs opinions sur des questions comme les familles et la drogue, la consommation de drogue sous l’angle du mode de vie, la drogue et les médias, la perception de la drogue dans les différents groupes sociaux. Les groupes de travail du Forum ont examiné la façon dont la prévention de la toxicomanie est organisée à l’heure actuelle, quelles sont les meilleures façons de l’organiser et comment arriver à une prévention efficace. Le forum a de nouveau fourni l’occasion d’entendre ce que les jeunes pensaient des problèmes de drogue et de constater l’utilité de la participation active des jeunes dans la recherche de solutions.

Prix européen de la Prévention

Lors de la clôture du Forum consultatif européen sur la prévention des toxicomanies, le 19 mai, le Groupe Pompidou a remis le 2e Prix européen de la Prévention à deux projets distincts mis en œuvre par des jeunes en Irlande (« 421 Peer Drugs Education Programme ») et en Norvège (« Rusfri Diil »). Les gagnants ont reçu un trophée, un diplôme et la somme de 2 000 euros.

Le jury, qui se composait en 2006 de six jeunes originaires de la Fédération de Russie, de Norvège, des Pays-Bas, de Roumanie, du Royaume-Uni et de Turquie, sous la conduite de deux experts du Groupe Pompidou, s’est réuni en mars 2006 à l’Institut Jellinek d’Amsterdam afin d’évaluer les 31 projets en compétition et de décider des gagnants. Deux projets ont rapidement été sélectionnés par le jury ; l’un est un programme d’éducation par des pairs, l’autre porte sur une approche multi-services comprenant un « pacte » (« Diil ») par lequel les jeunes s’engagent à ne pas consommer de drogue ni d’alcool pendant un an.

Le Groupe Pompidou attribue ce prix tous les deux ans afin de récompenser des projets de prévention des toxicomanies de qualité, dans lesquels des jeunes se sont impliqués avec succès. En général, ce prix vise à encourager le développement d’actions de prévention de la toxicomanie avec la participation des jeunes.

 

SESSION PLENIERE

Discours de bienvenue d’Audrone Astrauskiene, Directrice du Service de lutte contre la drogue, Lituanie

Mesdames et Messieurs,

Au nom du Service de lutte contre la drogue dépendant du gouvernement de la République de Lituanie, j’ai la joie et l’honneur extrêmes de vous souhaiter la bienvenue à cette importante manifestation, le 2ème Forum consultatif européen pour la prévention des toxicomanies, organisé sur le thème « La drogue, pourquoi pas ? » par le Groupe Pompidou du Conseil de l'Europe et le Service de lutte contre la drogue dépendant du gouvernement de la République de Lituanie.

C’est un grand plaisir pour nous d’accueillir ce forum consultatif international sur la prévention des toxicomanies, question cruciale dans la mesure où le problème de la toxicomanie est assurément l’un des plus complexes de notre époque et où, dépassant les frontières de l’Europe, il se pose désormais à tous les pays.

Je sais gré au Secrétariat du Groupe Pompidou du Conseil de l'Europe d’avoir pris une aussi judicieuse initiative et d’avoir soutenu le principe de l’organisation de cette importante manifestation à Vilnius. Cela prouve que dans notre région, il a été mis en œuvre les mesures nécessaire en matière de politique anti-drogue.

Je tiens aussi à souhaiter la bienvenue à nos éminents invités :

- Dr Bob Keizer, Président du Groupe Pompidou ;
- Mme Ramune Visockyte, Présidente de la Commission parlementaire sur la prévention de la toxicomanie ;
- M. Thomas Kattau, administrateur principal du Groupe Pompidou ;
- M. Zilvinas Padaiga, Ministre de la Santé;
- Dr Raimundas Mockeliūnas, Ministre adjoint de l’Éducation et des Sciences ;
et à tous nos autres éminents invités.

Nous tenons à exprimer notre sincère gratitude aux experts du Groupe Pompidou, ainsi qu’à toutes les personnes qui sont venues à ce forum pour y partager des enseignements sur la quête des moyens les plus efficaces de résoudre ces problèmes.

Au cours des deux prochaines journées, des questions importantes vont être soulevées : La drogue, pourquoi pas, au juste ? Les jeunes sont-ils vraiment experts dans les réalités de l’usage de drogue et le mélange des substances ? Comment se familiariser avec les idées et perceptions qui ont cours parmi eux en ce qui concerne la prévention des toxicomanies ? Nous sommes bien conscients que le seul fait d’être assis dans un bureau ne change rien à l’usage de drogues et à sa prévention.

En partant de plusieurs niveaux d’évaluation des risques, il convient d’élaborer une stratégie de prévention primaire appuyée sur les activités collectives, en donnant la priorité à des programmes dont le but est de prévenir la consommation à l’école ou dans des cadres récréatifs, ainsi qu’en soutenant les interventions ciblées auprès des jeunes. La prévention doit devenir universelle, ciblée et sélective.

Les programmes actuels de socialisation et de prévention de la délinquance font partie intégrante de la politique de lutte contre la drogue.

En 2004, nous avons pris connaissance des résultats d’une vaste enquête nationale sur la prévalence de la toxicomanie en Lituanie. Avec les informations dont on dispose à présent, on sera mieux placé pour élaborer et appliquer des programmes en faveur des populations à risque maximum.

Le cannabis est la substance narcotique la plus populaire dans notre pays ; la prévalence de son usage est particulièrement élevée dans les villes et parmi les jeunes. Quant à la propagation des drogues synthétiques, elle représente toujours une grande menace, notamment dans des cadres récréatifs. C’est pourquoi la mise en œuvre d’une politique pertinente fondée sur les faits exige davantage qu’une simple évaluation de la situation et nécessite de comprendre pourquoi et comment se répand l’usage de drogue et se développent les problèmes liés à la drogue.

J’espère que des discussions ouvertes nous aideront à enrichir nos stratégies et à élaborer un nouveau plan d’action, de même qu’à identifier les meilleures pratiques afin de fournir aux autorités nationales des solutions au problème de la toxicomanie ou de modifier notre démarche au besoin.

Je suis persuadé que ce forum aidera tous les pays à concentrer leurs efforts sur une approche exhaustive, en faisant participer les jeunes – comme partenaires – à la lutte contre l’abus de drogue et la violence.

Nous comptons sur la coopération de tous, et nous avons la conviction que nos efforts doivent consister essentiellement à établir une méthodologie, ainsi qu’à mettre en œuvre une stratégie effective et efficace caractérisée par des idées et initiatives nouvelles.

J’espère sincèrement que ce forum international donnera lieu à un fructueux échange de connaissances, d’informations, d’enseignements et d’exemples de bonne pratique afin de répondre aux questions importantes et de leur trouver des solutions.

Je voudrais donc finir comme j’ai commencé, en félicitant le Groupe Pompidou, ainsi que les jeunes, les officiels et les experts présents aujourd’hui, d’avoir accompli tant de « premiers ou deuxièmes pas » importants dans ce qui promet d’être un long parcours.

Avant de laisser la parole, je tiens à exprimer une nouvelle fois ma gratitude aux experts, qui ont trouvé le temps de venir mener les discussions, et aux représentants, qui se sont déplacés pour partager ici des enseignements sur la recherche des moyens les plus efficaces de résoudre ces problèmes.

Je vous souhaite le plus grand succès dans vos discussions au cours de ces deux journées, et j’espère que vous apprécierez votre séjour à Vilnius.

 

Allocution d’ouverture par Bob Keizer, Président des Correspondants permanents du Groupe Pompidou

Chers invités, Mesdames et Messieurs, chers collègues,

C’est avec grand plaisir que je vous souhaite la bienvenue au 2ème Forum consultatif européen pour la prévention des toxicomanies, à Vilnius, Lituanie.

Tout d’abord, je voudrais saisir cette occasion pour remercier chaleureusement le Service de lutte contre la drogue dépendant du gouvernement de la République de Lituanie, le ministère de la Santé, le ministère de l’Éducation et des Sciences et la Commission parlementaire lituanienne sur la prévention de la toxicomanie pour tous les efforts qu’ils ont accomplis afin d’accueillir ce forum.

Je suis très heureux qu’une telle manifestation ait lieu ici. La Lituanie fait partie du Groupe Pompidou depuis 2001 ; elle en est donc un membre relativement récent. Le Groupe Pompidou, quant à lui, existe depuis 1971, et avec ses trente-cinq États membres, il est l’un des groupes les plus vastes et les plus anciens du Conseil de l'Europe.

En quoi le Groupe Pompidou diffère-t-il des autres organismes internationaux s’occupant du problème de la drogue ? Premièrement, il s’intéresse à tous les aspects de la politique en la matière : justice, traitement de la dépendance, éthique et droits de l'homme, recherche et prévention. Aussi offre-t-il à toutes sortes d’experts un lieu naturel pour se rencontrer et apprendre beaucoup les uns des autres.

Deuxièmement, le Groupe Pompidou a ceci de singulier qu’il traite du contenu et de la qualité de l’action contre les toxicomanies, mais qu’il se préoccupe aussi peu que possible des différences politiques. Cela lui confère une importante fonction de trait d’union entre les pays.

Troisièmement, le Groupe Pompidou est unique parce qu’en raison de son caractère non politique et multidisciplinaire, il peut donner libre cours en son sein à l’inventivité, à de libres échanges de vues et à l’élaboration de nouveaux concepts.

C’est ainsi qu’au cours des trente dernières années, le Groupe Pompidou a très largement contribué à la qualité de la politique européenne de lutte contre les toxicomanies. Et je me réjouis de pouvoir dire que la Lituanie joue pleinement son rôle à cet égard.

En novembre prochain, les ministres de tous les États membres du Groupe Pompidou se réuniront à Strasbourg pour examiner les résultats du Programme de travail quadriennal et confronter leurs points de vue sur les politiques européennes de lutte contre les toxicomanies. Il leur sera présenté alors les résultats du présent forum, dont tous les participants ont ainsi une grande chance d’influer sur les politiques en question dans l’Europe entière. C’est là une tâche difficile, mais les projets pilotes novateurs, les formations et les transferts de savoir-faire du Groupe Pompidou ont apporté jusque ici une assistance concrète et pratique aux décideurs et aux administrateurs. Je suis certain que ce forum n’y fera pas exception.

Au cours des quatre dernières années, le Groupe Pompidou a axé l’application de son Programme de travail sur les aspects pratiques des politiques de lutte contre les toxicomanies ; si nous l’avons fait, c’est parce que nous sommes convaincus que les politiques nationales en la matière ont trop subi jusqu’à présent l’influence d’approches théoriques et de vœux politiques et que trop peu d’attention a été accordé au travail de terrain.

Cela vaut également pour la prévention de la toxicomanie. Seules quelques-unes des notions et méthodes de prévention élaborées et mises en œuvre au cours des vingt dernières années ont abouti à l’un ou l’autre des résultats escomptés. Et beaucoup des résultats obtenus sont restés fragmentaires ou limités.

Les stratégies coûteuses, par exemple les vastes campagnes médiatiques, se sont révélées d’une efficacité restreinte dans la communication des messages aux groupes ciblés.

Jusqu’ici, trois principaux groupes d’acteurs ont fixé les concepts, les méthodes et les mesures en matière de prévention : les décideurs politiques, les experts et les praticiens. Or, on constate l’absence parmi eux du groupe principal, qui n’est autre que celui des jeunes eux-mêmes.

Le Groupe Pompidou travaille actuellement sur cette observation. Les expériences positives rendues possibles par la Conférence organisée en 2000 à Helsinki sur le thème « Prévention ciblée de la toxicomanie – Atteindre les jeunes dans la collectivité » (Targeted Drug Prevention – reaching young people in the community) ont amené le Groupe à adopter l’idée d’un Forum européen pour la prévention des toxicomanies qui renforcerait et promouvrait la notion de participation active des jeunes à la planification, à la mise en œuvre et à l’évaluation des programmes de prévention de la toxicomanie. Cela devait déboucher sur le premier Forum consultatif européen pour la prévention des toxicomanies, organisé en 2004 à Ekaterinbourg (Fédération de Russie). Y ont participé 134 personnes (experts, décideurs et jeunes gens) de dix-huit pays. Pour la première fois dans ce type d’activité, on a constaté un parfait équilibre entre les jeunes et les autres participants. La formule du forum consultatif organisé avec la participation de jeunes s’est avérée viable, gérable et productive ; elle peut en effet apporter des aperçus et des informations utiles pour l’élaboration de mesures préventives.

Je voudrais à présent commenter les conclusions de ce premier forum d’Ekaterinbourg. Les jeunes participants y ont souligné qu’ils ne voyaient pas pourquoi ils ne devraient pas prendre de drogues. Les jeunes veulent être perçus comme une ressource pour résoudre les problèmes, et non pas comme le problème lui-même. Le présent forum a donc précisément pour objet de répondre à la question de savoir pourquoi il ne faut pas prendre de drogues et de faire participer activement les jeunes à la recherche de cette réponse.

Au cours de nos sessions plénières et de nos discussions en groupes de travail, vous recevrez des informations complémentaires sur les problèmes en rapport avec la drogue. Le forum mettra l’accent sur le lien entre l’environnement social et les drogues. Dans vos discussions, vous traiterez de questions telles que la manière dont le problème de la drogue agit sur les familles et les modes de vie, celle dont les médias traitent les problèmes de drogue et celle dont les drogues sont perçues dans différents groupes sociaux ; vous essaierez aussi d’identifier de meilleurs moyens d’utiliser l’environnement social dans la prévention des problèmes de drogue.

Je suis très heureux également d’annoncer que pour la deuxième fois, des Prix européens de la Prévention vont être attribués cette année. Deux prix seront décernés à des programmes de prévention de la toxicomanie en Europe auxquels des jeunes prennent une part active. Le jury chargé de les attribuer se compose de six jeunes gens issus de différents pays d’Europe, et il est assisté d’un groupe consultatif de quatre experts de la prévention. Ces prix nous apparaissent aussi comme un moyen de favoriser la participation des jeunes.

Mesdames et Messieurs, cette brève présentation du Groupe Pompidou, de la toile de fonds du présent forum et du Prix européen de la prévention a pour seul objet de préciser que nous ne sommes pas censés aujourd’hui formuler une quelconque déclaration politique ou élaborer des concepts scientifiquement justifiés, mais irréalistes. Nous sommes ici pour apprendre ce qui se passe vraiment dans la pratique, quels problèmes et dilemmes spécifiques se posent concrètement et ce que les jeunes considèrent comme étant ou non des formes crédibles de prévention.

Je m’adresse en particulier aux experts et aux jeunes pour leur conseiller d’exprimer ouvertement et honnêtement ce qu’ils vivent et ce qu’ils pensent. Parlez en toute liberté et ne vous croyez pas obligés de vous tenir à la ligne officielle de votre pays en la matière.

Aux décideurs, je dirai de bien écouter les signaux qu’envoient les gens qui travaillent sur le terrain, de bien écouter aussi les commentaires des jeunes.

À vous tous, enfin, j’ai à dire ceci : profitez de l’occasion pour mieux faire connaissance entre vous ; profitez également de votre séjour et de l’hospitalité lituanienne.

Je suis persuadé qu’ainsi, les deux journées de ce deuxième Forum consultatif européen pour la prévention des toxicomanies seront couronnées d’un grand succès. Je vous remercie !

 

« Pourquoi ils ne devraient pas consommer de drogues ? » - Colin Cripps, In-Volve, Royaume-Uni

En apparence, les raisons pour lesquelles les jeunes ne devraient pas consommer de drogues semblent évidentes. Les drogues illicites sont dangereuses : elles sont mauvaises pour la santé, elles créent une dépendance. Voici qui semble tout simple. Pourtant, le problème est beaucoup plus complexe, bien entendu. Beaucoup plus complexe parce que ce n’est jamais sur une vérité simple, objective, que porte le débat sur les drogues. Tout est coloré par la perspective, suivant le point de vue où l’on se place. Tout est relatif. Tout est imprégné de valeurs culturelles et subculturelles. Si nous ne nous en rendons pas compte, nous serons toujours déçus de ce que nos efforts de prévention nous semblent contrariés.

En effet, le concept même de prévention en matière de drogues est si flou qu’avant d’aller plus loin, il est nécessaire de mieux le définir. Qu’est-ce, en fait, que nous tentons d’empêcher ? Les drogues ? Ceci me rappelle le commentaire que m’avait fait en 1987 une personne du ministère néerlandais de la Santé. Il disait : « En Angleterre vous faites la guerre aux drogues. En Hollande nous croyons qu’on ne peut faire la guerre qu’à des gens. Les drogues ne sont que des produits chimiques. Nous ne voulons pas que les gens prennent peur et se cachent de nous. Nous considérons la drogue comme un problème social et médical qui doit être visible et ouvert à notre action si nous voulons nous y attaquer. » Indépendamment de l’opinion que l’on peut avoir de la politique néerlandaise en matière de drogue, je crois que ce commentaire pose bien certaines des questions que nous avons à envisager.

Il est clair que ce ne sont pas les drogues que nous voulons empêcher. Ce serait absurde. Les drogues ne sont que des produits chimiques. Leur action sur nous est bien moindre que les raisons que nous avons de les utiliser : en quelle quantité ; où ; quand. La plupart des drogues aujourd’hui illicites ont commencé leur carrière à l’ouest comme médicaments. L’héroïne est apparue comme analgésique et servait aussi à soigner la dépendance à l’opium ; la cocaïne était utilisée comme anesthésique local. On s’est servi de LSD en psychiatrie. On recourait aux amphétamines pour les cures d’amaigrissement et pour maintenir les soldats en éveil. Et l’on nous disait qu’elles nous feraient du bien si l’on respectait la posologie. Aucune connotation négative ne s’attachait à l’usage de ces drogues, même en dehors de leurs applications médicales. Le plus célèbre détective de fiction britannique, Sherlock Holmes, s’injectait de la cocaïne. Beaucoup de nos poètes les plus célèbres du XIXe siècle consommaient des opiacés, du laudanum par exemple, qui étaient en vente libre en pharmacie. Les valeurs alors associées à ces produits chimiques étaient très différentes de celles que nous leur attachons aujourd’hui.

Quand le corps médical prit conscience que ces substances pouvaient être cause d’autant de problèmes qu’on en soignait, de « bonnes » drogues, elles devinrent de « mauvaises » drogues ; et les « bons » produits chimiques devinrent « mauvais ». Que se passe-t-il si vous prenez un mauvais produit chimique ? Vous devez être fou, ou mauvais vous-même pour faire cela. Les mêmes produits chimiques, utilisés dans un contexte différent, transforment les consommateurs en hors-la-loi alors que, dans bien des cas, ni les raisons de les utiliser ni l’efficacité des substances elles-mêmes n’ont beaucoup changé. La plupart des consommateurs d’héroïne cherchent à tuer la douleur : pas la douleur physique mais la douleur psychologique. On continue à utiliser les amphétamines pour maintenir les gens éveillés et pleins d’énergie. Mais aujourd’hui les valeurs que nous attachons à ces activités sont différentes parce qu’elles ne sont ni approuvées ni contrôlées par l’ordre établi. Les consommateurs sont diabolisés et leurs raisons présentées comme folles ou mauvaises. Ce qu’il y a de bon ou de mauvais dans les produits chimiques est pourtant sans relation aucune avec le mal qu’ils causent. L’alcool ? c’est un bon produit chimique. Le cannabis ? un mauvais produit chimique. Le tabac ? c’était un bon produit chimique mais qui est en passe de devenir mauvais et les fumeurs commencent à se sentir eux-mêmes considérés comme des fous ou de mauvaises gens. Le prozac ? un bon produit chimique. Le viagra ? un bon produit chimique mais seulement si c’est un médecin qui vous l’a prescrit.

Si nous sommes honnêtes, nous devons reconnaître que ce qui se passe est que les milieux dirigeants, formés d’adultes, tentent d’empêcher les jeunes de consommer les drogues qui ne font pas traditionnellement partie de leur culture récréative. Ceci pour les meilleures raisons, sans doute, mais enfin ce n’est pas la seule option que nous ayons. Nous pourrions, par exemple, privilégier la prévention des risques.

Qu’est-ce que je redoute le plus, en tant que parent ? Que mon enfant fasse l’expérience d’une des drogues illicites les moins nocives et s’amuse bien avec ses amis, ou qu’il lui arrive quelque chose de plus grave ? Je m’inquiète de l’avenir de mes enfants pour tant de raisons. Il y a tant de choses dans la vie qui pourraient leur faire du mal. Qu’ils consomment des drogues illicites au point d’avoir de graves problèmes de santé ou de sombrer dans la dépendance et la délinquance font bien partie de ce lot d’inquiétudes mais, sincèrement, le fait qu’ils aient à traverser une route à grande circulation pour aller à l’école et en revenir me tracasse davantage. Je crains qu’on les brime et que la dépression les gagne. Je crains qu’ils s’engagent dans des gangs et se trouvent impliqués dans des bagarres. Je crains qu’ils se trouvent dans une voiture conduite par quelqu’un qui a bu et qu’ils aient un accident. Je crains qu’il leur arrive quelque chose.

Mais nous avons un choix. Nous pouvons nous emporter contre eux. Nous pouvons continuer à leur présenter le problème de la drogue de façon unidimensionnelle, comme une question de moralité ou de faiblesse personnelle, ou bien nous pouvons essayer de comprendre ce qui les a poussés à consommer de la drogue et aborder la question en partant de leur point de vue. Ce problème se pose quand nous essayons de parler aux jeunes parce que nous leur décrivons le monde des drogues d’une manière qui ne correspond pas à leur réalité : eux ne considèrent pas leurs amis comme fous ou mauvais. Le contexte dans lequel ils consomment des stupéfiants et les valeurs qu’ils associent à cet acte diffèrent beaucoup de la description que nous leur en faisons. Si nous présentons aux jeunes un problème complexe comme s’il était simplement noir et blanc, juste et faux, nous nous en ferons des ennemis car ils nous considéreront soit comme des gens stupides soit comme des menteurs et des manipulateurs ; et nous nous aliénerons ceux avec qui nous essayons de communiquer. Je crois que tel a été, empiriquement, le courant suivi par l’éducation en matière de drogues en Angleterre au cours des vingt dernières années au moins.

Vous aurez remarqué que je parle d’éducation en matière de drogues et non de prévention en matière de drogues : en effet je ne pense pas que ces deux termes soient purement et simplement interchangeables. L’éducation, soit ce que nous faisons, conformément au programme, dans la plupart des écoles, c’est d’encourager les jeunes à rassembler des faits et à les utiliser pour construire à partir d’un sujet un tableau harmonieux en l’envisageant sous plusieurs angles, et de faire appel à leur intelligence pour s’en faire une opinion propre de manière à être capables d’en tirer ensuite essais et débats d’idées.

La prévention en matière de drogues, en revanche, est unidimensionnelle. Il s’agit de sélectionner et d’arranger des faits d’une manière spécifique pour atteindre le résultat souhaité de changement du comportement. Je crois que nous connaissons tous un autre mot pour ce processus : la propagande. Les jeunes sont très sensibles à ce fait.

En 1989 mon organisation a commencé à solliciter les opinions des jeunes sur l’éducation en matière de drogues et les services à disposition car il était clair que cette éducation ne les influençait pas, qu’ils ne s’engageaient pas et n’utilisaient pas les services. Les résultats furent très révélateurs ; ils nous ont ouverts une perspective entièrement nouvelle sur la manière dont l’information était traitée dans une situation où existait un déséquilibre manifeste de pouvoir.

Nous avons dû travailler dur pour obtenir de la part des jeunes des opinions sincères car il était très clair qu’ils savaient parfaitement ce qu’ils étaient supposés dire et envers qui éviter de se montrer francs. Nous avons fait remplir dans les écoles des questionnaires anonymes, écrits, à grande échelle, dont les réponses nous étaient remises dans des enveloppes cachetées à l’insu des enseignants. Les jeunes nous avaient dit que leurs enseignants s’y entendaient à reconnaître les écritures. Nous avons envoyé des chercheurs étudiants, de jeunes adultes, des collèges locaux dans les rues pour parler aux jeunes relever leurs noms. Nous avons monté des psychodrames pour amener les jeunes à improviser des scènes dans lesquelles ils se représentaient en train de recevoir des informations sur les drogues ou de rechercher une assistance pour leurs problèmes de drogues. Nous avons parlé au petit nombre de jeunes qui avaient eu accès aux services.

Voici ce qu’ils nous ont dit de l’éducation en matière de drogues :

Dans leurs écoles on leur disait que les drogues allaient les tuer. Leurs amis consommateurs n’étaient pas en train de mourir.

Les drogués étaient présentés comme de pauvres victimes, incapables de s’en sortir, dépendantes. Les jeunes, eux, voyaient leurs amis joyeusement défoncés et malades de rire.

La consommation de drogues était décrite comme une activité minable, entraînant la division et associée à la violence. A cette époque ils voyaient des jeunes de toutes races et de toutes cultures consommer de l’ecstasy dans des « raves » sans aucune violence. Ils étaient parfaitement conscients, contrairement aux gens de ma génération, que les avantages qu’ils retiraient de l’usage de drogues n’étaient qu’une illusion. L’une d’entre eux m’a dit : « la différence entre vous et moi, c’est que vous êtes un vieux hippy : toutes ces idées d’amour et de paix, vous y croyez – moi, je les avale en pilule le samedi soir. » Je me cramponne en effet aux idées d’amour et de paix mais on ne peut sérieusement soutenir que sa vision du monde était moins réaliste que la mienne.

Ils décrivaient les problèmes résultant de la consommation de drogues d’une manière entièrement différente du portrait qu’en faisaient le gouvernement et le pouvoir établi. A cette époque, les problèmes que les jeunes rencontraient avec les stupéfiants étaient :

    · Le manque d’accès à des informations auxquelles ils puissent croire sur ce sujet

    · Des problèmes d’argent résultant de la consommation de drogues, y compris des dettes envers les dealers, provenant souvent de l’accumulation de très petites sommes d’argent. Si vous fumez pour £20 de cannabis par semaine et que vous ne recevez que £10 d’agent de poche de vos parents, vous avez un problème d’argent. Le gentil dealer vous laissera quelque temps lui devoir cette somme puis, un jour, quand vous ne pourrez plus payer en espèces, il vous faudra peut-être payer d’une autre façon : en faisant quelques livraisons peut-être.

    · Ils avaient découvert que certaines drogues les aidaient à rester sveltes et ne connaissaient pas de facile alternative. C’était là un problème pour les filles surtout.

    · Ils se préoccupaient de leur santé mentale : si l’ecstasy vous rendait heureux, débordant d’énergie et plein d’amour pour tout le monde le samedi, le mardi déjà vous vous sentiez fatigué, misérable et agressif. Ils n’arrivaient pas à se faire à ces sautes d’humeur. Souvenons-nous qu’il s’agit d’adolescents pour qui les sautes d’humeur font déjà partie du quotidien de la vie. L’un d’entre eux m’a raconté qu’il avait frappé d’un coup de poing sa mère, qu’il aimait tendrement, sans savoir pourquoi.

    · Ils éprouvaient de plus en plus de difficultés à communiquer avec leur famille et leurs amis, particulièrement avec ceux qui ne consommaient pas de drogues, ce qui leur posait divers problèmes.

    · Leur travail scolaire en souffrait : les résultats des épreuves devenaient mauvais.

    · Toutes les personnes de leur entourage ne parlaient que de drogues ou en consommaient, surtout du cannabis. Ils voulaient abandonner ce mode de vie mais seuls les fils à papa intelligents, sans crédibilité, ne touchaient pas à la drogue.

Ils avaient encore bien d’autres choses à dire sur l’éducation en matière de drogues. Ils disaient que les enseignants et les autres adultes adoptaient des attitudes et des jugements catégoriques sur les drogues qui rendaient tous leurs propos suspects. Ils décrivaient la manière dont eux-mêmes débitaient les réponses attendues pendant les discussions de classe vu qu’agir autrement « aurait fait des histoires ». Le maître dit par exemple : « Bon, vous allez en boîte et quelqu’un vous tend un joint ; qu’est-ce que vous faites ? » Les ados répondent : « Nous lui disons que nous n’en voulons pas ». Et ça cloue le bec au maître. Dans la vie réelle, ils auraient pris le joint mais qu’auraient-ils gagné à le dire à leur enseignant ? Et qu’aurait fait celui-ci ? Les jeunes ne le savaient pas et ne souhaitaient pas le découvrir. Qu’ont-ils appris ainsi ? A la boucler au moment opportun.

Ces jeunes nous ont raconté que leurs enseignants ne connaissaient pas ce dont ils parlaient ou qu’ils utilisaient un langage sur les drogues qui se révélait affreusement embarrassant. Certains essayaient d’être « cools » mais utilisaient le vocabulaire de l’année précédente. La majorité des enseignants, pensaient-ils, n’avaient jamais vu de drogue et c’est pourquoi ils pensaient que c’était eux qui auraient dû faire l’éducation de leurs maîtres.

Ce qui était clair, c’était que le vieil adage du maréchal MacLuan était toujours valable : c’est le messager qui est le message. Quand nous avons demandé aux jeunes qui ils croyaient, ils ont été parfaitement clairs. Ils ne croyaient pas les adultes ; ils ne croyaient pas les personnes de leur âge. Ils croyaient les jeunes âgés de quelques années de plus qu’eux-mêmes, qui menaient le style de vie auquel eux-mêmes aspiraient ; des jeunes qui possédaient un moyen de transport ; des jeunes qui fréquentaient des clubs; des jeunes qui consommaient des drogues ; des jeunes du même milieu socioculturel qui pouvaient se mettre à leur place. Peu leur importait qu’une bonne partie de ce que ces personnes-là leur disaient ne fût, en réalité, que de la mythologie de rue : c’était cru. Objectivement, il y avait davantage de vérité dans la vue partiale présentée par leurs enseignants mais peu importait, ce n’était pas cru.

Mais de grâce, qu’on n’en tire pas la conclusion hâtive que la seule chose qui va fonctionner dans l’éducation en matière de drogues est le travail avec les pairs. Ce n’était pas là mon propos même si je me propose d’étudier cette approche dans une minute. Ce que je veux dire, c’est que si nous désirons communiquer avec les jeunes il nous faut écouter autant que parler ; il nous faut comprendre le problème des drogues dans le contexte de leurs vies, pas de la nôtre ; et nous devons être prêts à examiner différents moyens de communication.

Je ne suis plus un jeune homme. Je me souviens que lorsque je l’étais, j’aimais cette chanson des Who qui disait : « J’espère que je mourrai avant d’être vieux ». Aujourd’hui je souhaite désespérément devenir vieux avant de mourir. A vrai dire, cela ne m’importait peut-être pas moins lorsque j’étais jeune mais pour moi, à cette époque, mourir n’était qu’un concept, c’était théorique. Ce n’était pas quelque chose qui allait m’arriver. Ce qui semblait un concept bien pire, c’était de devenir « un vieux schnock » un mort-vivant.

Les jeunes se sentent immortels, on ne peut les effrayer avec la crainte de la mort. Ce sont eux qui ont toujours fait nos guerres à notre place. Je me souviens du cas célèbre d’une très jeune fille décédée il y a quelques années au Royaume-Uni au cours d’une fête après avoir pris de l’ecstasy (il s’avéra ensuite qu’elle avait en fait consommé beaucoup de substances différentes y compris une grande quantité d’alcool mais, à cette époque, les médias britanniques étaient obsédés par l’ecstasy). Les journaux déclarèrent tout d’abord qu’elle avait été victime d’une sorte d’ecstasy particulièrement pure, très forte, estampillée d’un motif de pomme. A cette époque mon organisation comprenait des équipes de travailleurs qui fréquentaient les grandes « raves » et prenaient soin des jeunes en difficulté, leur distribuaient de l’eau, des choses comme ça. Une semaine après le décès, nos équipiers nous informèrent que cette sorte d’ecstasy était très recherchée par tous ceux qui fréquentaient les « raves ». L’enseignement tiré des journaux par les jeunes n’était pas que ces pilules pouvaient les tuer mais qu’elles étaient fortes et pures et vous faisaient vraiment planer.

Voilà un autre enseignement pour nous en matière de prévention. Le message que nous voulons faire passer n’est pas toujours le seul qui soit reçu.

Nous devons harmoniser nos méthodes de communication pour tenir compte de la diversité des cultures auxquelles nous et nos jeunes appartenons, et être conscients que, quoique différentes, elles sont toutes deux riches et complexes. Il existe bien entendu diverses subcultures parmi la jeunesse et je généralise mais cela ne change pas grand-chose. Les cultures de jeunes sont conçues pour tenir les gens de mon âge à l’écart. Pas méchamment ni d’une manière déplaisante mais néanmoins efficacement et impitoyablement. Quand les gens de mon âge adoptent une mode vestimentaire, les adolescents cessent de porter les mêmes habits. Quand nous adoptons un genre musical, les jeunes en inventent un nouveau. Personne ne souhaite être vu en compagnie de gens qu’il juge ridicules et déphasés. Essayez d’aller à une soirée d’adolescents et vous verrez à quel point vous vous sentirez réellement bienvenu, même s’ils font un effort particulier pour être polis et charmants.

Les drogues appartiennent à cette culture : nous devons donc trouver un moyen de leur donner des informations qu’ils ne rejettent pas parce qu’elles n’en font pas partie.

Examinons alors la solution évidente : l’éducation par les pairs. Je n’entends pas par là les gens du même âge : les jeunes de notre étude rejetaient ce modèle. Je pense davantage au concept scandinave et nord européen de pairs, c’est-à-dire à des gens qui ont en commun un intérêt, une activité ou une culture auxquels ils peuvent tous s’identifier. C’est le modèle vers lequel s’est tourné notre organisation en fonction des résultats de nos recherches sur les jeunes.

Nous nous sommes dit : s’ils croient le discours des jeunes à peine plus âgés issus des mêmes milieux socioculturels indépendamment de ce que ceux-ci disent, pourquoi ne pas faire évoluer ce discours du mythe à la réalité ? Nous les avons donc invités à rejoindre nos rangs et à suivre une formation.

Ce n’est pas là une tâche facile, même si avec le temps nous sommes devenus très compétents dans ce domaine et que la crédibilité que notre organisation a acquise auprès des jeunes en la construisant peu à peu au cours des années nous aide. Il nous a fallu commencer avec les jeunes qui avaient suivi un traitement chez nous. Nous avons ciblé les leaders – pas nécessairement des chefs de gang mais des leaders en termes de culture locale de jeunes. Nous les avons attiré en organisant des activités telles que des ateliers DJ, des cours de danse et des projets de graffitis. Nous leur avons expliqué franchement ce que nous essayions de faire. Je tiens à préciser très clairement quelle a été notre approche dès le début. Nous leur avons dit ceci : « Nous n’allons pas agiter les doigts vers les gens en leur disant ce qu’ils devraient ou ne devraient pas faire. Les jeunes doivent prendre librement leurs propres décisions et, même si nous le désirions, nous ne pourrions pas les en empêcher longtemps. Nous n’allons pas censurer la vérité de quelque façon que ce soit. Nous savons qu’en général les gens commencent à consommer des drogues pour s’amuser et que c’est amusant d’en prendre. Nous n’allons pas prétendre que ce n’est pas le cas. Mais nous n’allons pas non plus laisser passer sans les récuser les mythes de la rue et les distorsions de la vérité car nous savons que l’honnêteté doit être complète pour gagner le respect. Nous voulons enraciner l’éducation que nous donnons aux jeunes dans une réalité qu’ils puissent reconnaître comme leur et qui ne puisse prêter à controverse. »

Laissez-moi vous dire en quelques mots quelle a été la formation que nous avons donnée à ces premiers jeunes éducateurs volontaires. Il ne s’agissait pas de personnes ayant fait de bonnes expériences à l’école. Beaucoup d’entre ne savaient pas écrire correctement. Certains avaient été renvoyés. C’était là le type de formation qu’ils avaient. Nous leur avons donné, un soir par semaine et pendant plusieurs mois, deux heures de cours d’une façon amusante, interactive, sous forme de discussion mais en profondeur. Nous leur en avons appris bien plus qu’il ne leur en fallait pour enseigner aux jeunes. Nous leur avons expliqué les neurotransmetteurs, les différentes parties du système nerveux central. Nous leur avons enseigné l’histoire et la géographie des drogues, où on cultivait celles-ci et fabriquait celles-là. Nous leur avons lu Alice au pays des merveilles à propos des hallucinogènes. Nous leur avons fait subir des épreuves pour être sûrs qu’ils se souviendraient de tout. Nous les avons fait se tenir l’un en face de l’autre, donner des causeries et répondre aux questions. Ce n’était pas un travail facile.

Mon travail ne me laisse jamais oublier que les drogues ont une histoire, qu’elles ont une géographie, des mathématiques et une économie. Elles ont une littérature et un art. Elles ont une biologie et une chimie. Si l’on envisage uniquement les frontières étroites du comportement prescrit et que l’on réduit le contexte à la morale, on se prive de beaucoup de nos meilleurs outils. Par exemple, nous avons entendu dire à beaucoup de jeunes que s’ils fumaient un joint c’était leur affaire vu que cela ne faisait de mal à personne. Quand ils fumaient ce joint, ils ne pensaient pas, bien entendu, au voyage que le haschisch avait fait autour du globe. Ils ne pensaient pas aux paysans qui l’avaient cultivé pour une bouchée de pain. Ils ne pensaient pas à ceux qui l’avaient passé en contrebande autour du globe, aux « fourmis » humaines. Ils ne pensaient pas au crime organisé qui dirige ce processus ni à la violence, à l’intimidation et aux guerres de trottoir qu’engendre ce commerce. Ils ne pensaient pas aux effets produits sur les économies par le commerce international de la drogue. Et pourquoi l’auraient-ils fait? Personne ne leur en avait jamais parlé en ces termes. Personne ne leur avait jamais donné les informations qui leur auraient permis de comprendre que fumer un joint dans leur chambre à coucher avait des conséquences pour autrui. Or, si pour certains ceci ne faisait aucune différence, pour d’autres en revanche cela en faisait beaucoup. Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir passé par tout ce processus de réflexion, ils ne pouvaient plus continuer à soutenir qu’il n’y avait pas de conséquences.

Avant toute autre chose, nous leur avons montré comment animer un atelier d’éducation en matière de drogues. Nous leur avons appris à organiser des jeux de rôle mettant en scène des adolescents qui contractaient des dettes envers les dealers dans lesquels les jeunes auxquels ils enseignaient avaient à trouver des solutions, et eux-mêmes à les mettre en œuvre pour leur montrer si ces solutions fonctionnaient. Nous leur avons enseigné comment discréditer les mythes populaires courants. Un mythe fréquent à cette époque était que le cannabis était plus sûr que les cigarettes. Notre approche a été de laisser les jeunes nous montrer l’usage qu’ils faisaient du cannabis puis de poser des questions qui révélaient le mythe pour ce qu’il était. « Donc quand vous avez fini de coller ces papiers, vous mettez dedans le tabac d’une cigarette ? Tout le tabac ? Que jetez-vous ? A quoi sert le filtre ? Qu’utilisez-vous à la place ? Quelle est la différence ? Et quelle est la différence entre inhaler la fumée d’un joint et inhaler celle d’une cigarette ? Quelle quantité supplémentaire de goudron pensez-vous qu’il pénètre dans vos poumons ? Bon, mais alors en quoi est-ce plus sûr ? Ecoutez, faites ce que vous voulez mais ne vous dupez pas vous-mêmes pour le faire : la pire chose que nous puissions faire est de nous mentir à nous-mêmes.”

Que tentions-nous de réaliser ? Nous tentions d’éduquer. Nous tentions de faciliter l’apprentissage.

Pendant que nous montrions aux volontaires comment animer ces ateliers nous avions réussi à dénicher deux ou trois écoles d’accord de nous laisser organiser quelques séances avec leurs élèves. Le résultat fut immédiat et considérable. Les enseignants nous dirent que le problème de la drogue, un sujet qui avait affecté l’atmosphère de l’école et les résultats tout en restant souterrain, non formulé, dissimulé, était tout à coup débattu ouvertement par les élèves. Certaines des discussions auxquelles nous avions donné le branle se poursuivaient longtemps après la classe.

Bientôt, un nombre toujours plus grand d’écoles souscrivent au programme. Ce n’était pas un programme souple, ne vous faites aucune illusion là-dessus. De jeunes volontaires dirigeaient des ateliers extrêmement structurés : tous changements devaient être approuvés par nous avant qu’ils puissent avancer.

Après quelques années le gouvernement conçut de l’intérêt et envoya quelques chercheurs voir ce que nous faisions. Ceux-ci inspectèrent nos faits et gestes pendant des mois. Ils réalisèrent des études longitudinales avec les jeunes volontaires. Puis ils revinrent l’année suivante et firent de même avec les jeunes que nous étions en train d’éduquer. Enfin parut une publication sur le programme. Celui-ci aboutissait à la conclusion que la crédibilité dont jouissaient les travailleurs provenait principalement du fait qu’ils étaient eux-mêmes des ex-toxicomanes mais qu’elle s’était trouvée accrue parce qu’ils avaient étudié le sujet et « connaissaient leur affaire », et parce qu’ils travaillaient pour une organisation de lutte contre la drogue. La crédibilité du message, disait encore cette publication, était renforcée par la souplesse de nos méthodes de communication et par notre répugnance à prêcher à propos du comportement. Elle signalait aussi que, malgré que notre programme d’éducation ne demandait pas aux jeunes de ne pas consommer de drogues, ceux qui avaient pris part aux ateliers les quittaient avec des idées d’abstinence ; que ceux qui n’avaient pas encore fait usage de drogues se trouvaient confirmés dans cette intention ; et que ceux qui en consommaient déjà le faisaient avec moins de risques. Tant les usagers que les non-usagers montraient de notables changements d’attitude envers les drogues à leur portée. Laissez-moi illustrer pourquoi je pense que c’était le cas. Quand nous leur parlions de l’ecstasy, nous ne disions pas : « Si vous en prenez, vous mourrez de déshydratation, donc ne le faites pas ». Nous leur disions que si leur intention était de le faire, il leur faudrait boire telle quantité d’eau pendant telle durée pour ne pas se déshydrater. Nous leur disions qu’il leur faudrait porter des habits peu serrés, prendre du sel et rester assis chaque heure pendant quinze minutes. Nous leur disions ce qu’il leur faudrait faire s’ils voyaient quelqu’un s’effondrer sur la piste de danse. Pour les jeunes qui consommaient de l’ecstasy, c’était un message de réduction des risques utile. Pour les adolescents qui n’étaient que tentés d’en prendre, ce discours exerçait un effet de dissuasion car ils pensaient aux dangers de façon réaliste et sans dramatiser à l’excès. Prévention et réduction des risques ne doivent pas nécessairement s’opposer : on peut les associer dans l’éducation car l’éducation a les reins solides.

Un ou deux ans après, une enquête sur la consommation de drogue parmi les écoliers de la même région démontra qu’à partir de la date à laquelle nous avions mis le programme en route, les niveaux de drogue consommée par les jeunes de seize ans étaient passé de l’un des plus élevés du pays à moins de la moitié de la moyenne nationale. Ceci dans une petite zone urbaine qui, à l’époque, était classée deuxième plus pauvre municipalité du pays. D’autres études semblables ont eu lieu dans les autres régions où nous avons mis en œuvre le programme. Je ne vais pas vous ennuyer avec des chiffres mais je vous les indiquerai si vous me contactez.

Vous pourriez penser que ceci allait faire de nous des héros, qu’on allait organiser un suivi d’évaluations de plus grandes dimensions, que les programmes seraient répétés et répercutés à travers le pays. Ce que nous obtînmes fut le silence. Et que les fonds destinés aux programmes tarirent peu à peu. Les études sur les autres programmes d’éducation par les pairs ne montrèrent pas les mêmes résultats mais au lieu de se demander pourquoi, où était la différence, on en tira la conclusion que l’éducation par les pairs ne fonctionnait pas. Comment cela a-t-il pu arriver ? Il devait bien y avoir une raison ?

Il y en avait une, bien entendu. En Angleterre le gouvernement vient d’émettre un décret intitulé « Affaires de jeunes » déclarant que ceux-ci doivent avoir leur mot à dire dans la conception et le contrôle de tous les services destinés aux jeunes. C’est là une législation courageuse et je me demande combien de temps cela va prendre jusqu’à ce que ceux qui sont chargés de l’appliquer trouvent le moyen de l’ignorer ou de feindre de s’y soumettre. Une législation courageuse mais qui œuvre dans un climat où les jeunes sont considérés avec méfiance, comme un problème. Les directeurs d’écoles ne veulent pas d’ex-toxicomanes dans les classes parce qu’ils craignent que les parents se plaignent que leurs enfants sont corrompus ou que les journaux fassent un scandale. J’ai toujours trouvé, pour ma part, que les parents soutenaient le travail de prévention que nous faisons mais il est vrai qu’en Angleterre il n’est jamais possible de ne pas tenir compte de ce que la presse pourrait faire : ils essayeraient de dénicher le scandale dans la vie passée des volontaires.

Je suppose que ce à quoi je veux en venir est que la prévention en matière de drogues ne se fait pas dans le vide : elle prend place dans une réalité sociale et tout ce qu’on fait a des conséquences sociales ou politiques. C’était naïf de ma part de penser que l’important, dans le travail que nous faisions, était seulement l’impact qu’il aurait sur la sécurité et le bien-être de nos enfants. Ce travail entraîne aussi des conséquences pour ceux qui s’associent à cette approche car, bien qu’il permette manifestement d’obtenir des résultats remarquables, il comporte des risques. Les résultats l’emportent-ils sur les risques ? Pour moi, oui, c’est évident – les résultats parlent d’eux-mêmes. En dirais-je autant si j’étais directeur d’école ? J’aimerais à le croire car nous avons collaboré avec beaucoup de directeurs assez courageux pour réaliser le projet et le vendre aux parents et à d’autres personnes de la profession d’une façon positive. En dirais-je autant si j’étais un ministre de cabinet responsable de la politique en matière de drogues ? J’aimerais à le croire mais alors c’est moi qui me montrerais hardi. Je demanderais d’abord à Rupert Murdoch et à Silvio Berlusconi de m’appuyer.

Si vous regardez la façon dont la presse de mon pays a traité le problème de la drogue au cours des précédentes décennies, vous comprendrez ce que je veux dire. Dans les années 1960, la marijuana et le LSD étaient les ennemis publics numéro un. Ils ne font plus jamais les grands titres aujourd’hui et il n’est pas même possible d’être pris en charge pour une dépendance au cannabis dans la plupart des régions d’Angleterre, alors même que les jeunes disent que c’est la drogue qui leur cause le plus de problèmes. Pourquoi à cette époque et pas aujourd’hui ? Parce que les hippies représentaient une menace pour l’establishment. Dans les années 70 les nouvelles drogues jugées dangereuses dans la presse étaient les amphétamines et les solvants. Etait-ce parce que c’étaient celles que consommaient les punks, ces anarchistes nihilistes ? Dans les années 80 c’était l’héroïne qui faisait les grands titres, associée à tous ces adolescents paresseux et désoeuvrés de Manchester et de Liverpool qui en prenaient et au manque de jobs pendant la récession. Dans les années 90 nous avons eu l’ecstasy et tous ces vilains jeunes dansant toute la nuit et n’apparaissant pas au travail le lundi. Et nous avons eu le crack, cette cocaïne que tous ces noirs consommaient et qui, les journaux nous l’assuraient, était la vraie raison des émeutes de Brixton, pas l’injustice ni le racisme.

La guerre contre les drogues au Royaume-Uni a toujours été une guerre contre les gens ; lorsque un groupe de jeunes, quel qu’il fût, était considéré comme un problème, la drogue qu’ils consommaient était l’excuse dont on se servait pour les condamner. Quel politicien serait assez courageux pour ne pas hurler avec les loups ? Nous avions un programme de canulars à la TV britannique il y a quelques années où l’on inventa une nouvelle drogue baptisée cake ; on demanda à des politiciens et à des célébrités des déclarations tournées en vidéo mettant les jeunes en garde contre les dangers qu’elle présentait. Bien des gens célèbres se firent piéger et finirent par avoir l’air très bêtes lorsque l’émission prit fin et que le canular fut dévoilé. Cette histoire nous montre pourquoi les jeunes ne nous croient pas. Ils savent que l’ordre du jour est complexe et que beaucoup de gens font semblant de se tordre les mains de désespoir tout en surveillant au mieux leurs propres intérêts.

Je ne suis pas en train de dire que tous ceux qui travaillent sincèrement à l’éducation de nos jeunes et à la prévention du mal qu’il pourrait leur arriver devraient jeter l’éponge mais il nous faut être réalistes à propos de ce que nous voulons réaliser et de la difficulté que cela va présenter dans le contexte dans lequel nous devons travailler. Je dis aussi qu’il nous faut examiner les choses sous un autre angle. Dans l’éternelle discussion sur « La bouteille est-elle à moitié vide ou à moitié pleine ? », je crois que nous devons partir du point de vue qu’elle est à moitié pleine.

Mais comment faisons-nous cela ? Partons du principe que la consommation de substances qui provoquent une altération de l’humeur ou de la perception n’est pas un comportement aberrant. Tous les témoignages montrent que l’on consomme de telles substances depuis que le monde est monde et pour toutes sortes de raisons, du rituel religieux et de la découverte spirituelle au besoin de délassement et à l’hédonisme. C’est là un comportement humain profondément enraciné. Décider tout à coup qu’une fraction de nos actions, liée à telle substance particulière, est un comportement d’êtres humains autodestructifs ou antisociaux, fous ou mauvais, et que nous allons extirper ce comportement n’est pas seulement malhonnête, c’est impossible. Nous ne pouvons pas enfermer les jeunes pour le reste de leur vie. L’impulsion de consommer ces substances ne vient pas du dehors. Elle vient du dedans. Ce ne sont pas leurs pairs qui sont toujours la menace, guettant avec malveillance l’occasion de les détourner du bon chemin. Les pairs exercent une influence au moins égale en faveur d’un comportement sans risque que d’un comportement à risque. Selon mon expérience, ce n’est pas la pression exercée par les pairs qui induit les jeunes prendre de la drogue : c’est la tentation. Ils voient les autres avoir du plaisir et en veulent leur part. En général les jeunes choisissent de participer ou non : ils ne sont pas entraînés malgré eux pleurant, criant et ruant dans les brancards.

Non. Fixons-nous des objectifs plus réalistes. Assurons-nous que le nombre de jeunes qui tournent mal par ignorance soit aussi faible que possible. Assurons-nous qu’ils aient le temps et l’occasion de réfléchir à ce qui les pousse à consommer des drogues avant qu’ils ne le fassent. Assurons-nous qu’ils comprennent toutes les implications de cet acte. Assurons-nous que leur attirance pour la drogue n’est pas une tentative de masquer leur mal de vivre.

Y a-t-il encore quelque chose d’autre que nous puissions apprendre de la culture des jeunes en elle-même ? Pardonnez-moi si je m’aventure dans un domaine dans lequel la réflexion n’est encore qu’ébauchée mais il m’intéresse de suivre cette direction. Les jeunes et leurs cultures passent de temps à autre d’une drogue à l’autre. Les anciennes drogues sont abandonnées parce qu’elles ne correspondent plus à leur époque. Le LSD était vraiment populaire à l’époque de ma jeunesse parce que, en ce temps-là, la culture occidentale des jeunes se proposait la découverte de secrets spirituels, l’élargissement de la conscience, le développement personnel, l’établissement de valeurs supérieures dans le monde, la recherche de couleur dans un monde qui, quelques années auparavant seulement, paraissait gris et terne après la Seconde guerre mondiale. Dix ans plus tard ces idées n’intéressaient plus personne. Elles n’étaient plus en harmonie avec ces temps désillusionnés. Le monde n’était pas devenu meilleur. Les gens n’avaient pas trouvé le nirvana. La culture des jeunes avait évolué de manière à refléter la société dont elle faisait partie. Maintenant c’était l’héroïne, les amphétamines et la colle.

Or si différentes drogues ont une différente fonction dans différentes cultures à différentes époques, qu’y a-t-il d’autre qui eût pu remplir cette fonction à la place d’une drogue ? Existe-t-il quelque chose d’autre qui soit susceptible à tout moment de transformer le besoin de cette drogue pour remplir cette fonction ?

Je me souviens des travaux du Dr Bruce Alexander à l’université Simon Fraser au Canada. Laissez-moi vous exposer ma thèse en vous parlant de ses travaux. Le modèle prédominant de la toxicomanie dans notre société, d’après les expériences faites avec des rats de laboratoire, considère celle-ci comme une maladie : les humains et les animaux consommeront héroïne ou cocaïne aussi longtemps qu’il leur sera possible de s’en procurer. Quand les drogues viendront à manquer, ils en feront à nouveau provision ; dans cette dépendance, c’est la drogue qui commande, pas le drogué. En 1981, Alexander construisit un habitat de 60 m2 pour des rats de laboratoire : Rat Park. Ce parc était maintenu propre et tempéré ; les rats y avaient à profusion nourriture et jouets, ainsi que des endroits pour creuser, se reposer et s’accoupler. Sur les murs, lacs et arbres étaient peints en toile de fond. Alexander installa ensuite deux goutte-à-goutte, l’un contenant une solution de morphine, l’autre de l’eau pure. C’était un vrai paradis pour rats : mais des rats heureux pouvaient-ils devenir morphinomanes ?

Alexander ne parvint pas à faire des drogués de ses rats si fort qu’il essayât. Même après avoir été nourris de force à la morphine pendant deux mois, lorsqu’on leur en donna la possibilité, ils choisirent l’eau pure, malgré de légers symptômes de sevrage. Il ajouta du sucre à la morphine, mais les rats continuèrent à l’ignorer.

Alexander surveillait en même temps des rats maintenus dans des conditions de laboratoire « normales » : ceux-là choisissaient immanquablement le goutte-à-goutte contenant de la morphine à celui qui distillait de l’eau pure.

La conclusion évidente, à savoir que des rats subissant des privations cherchent consolation dans les opiacés alors que des rats contents les évitent, contredit du tout au tout nos croyances actuelles sur la toxicomanie.

Supposons donc que l’usage de drogues chez les jeunes ne soit ni une maladie, ni une folie et qu’il n’ait pas pour cause la crédulité ou la faiblesse. Envisageons un instant la possibilité que la consommation de drogue chez les jeunes soit, en fait, une compensation pour les défauts de notre société. Peut-être la fonction de la drogue n’est-elle que de remplir le vide laissé dans leurs vies par leur expérience des sociétés dans lesquelles ils ont grandi ; une réponse aux défauts de ces sociétés, en réalité. Inversons les responsabilités. Nous savons tous que notre monde est loin d’être parfait. Nous savons tous que nos vies aussi sont loin d’être parfaites. Beaucoup d’entre nous, dans l’adversité, ont commencé à boire trop ou cherché à la compenser par un autre type de comportement dont ils attendaient un soulagement.

Pourquoi ne prêterions-nous pas attention à la culture des jeunes et à ce qu’elle a à nous dire sur ce qui ne va pas dans le monde dans lequel nous vivons ? Et pourquoi ne tenterions-nous pas enfin d’y remédier ? Que se passerait-il si nous aspirions à construire un Rat Park pour des humains ? A quoi ressemblerait-il ? Je suggèrerais que ce ne soit pas un monde gris et terne de lotissements en béton où il n’y a rien à faire. Ni un monde où il y a 500 chaînes de TV et rien à voir. J’espère que ce ne serait pas un monde où nous ne ferions qu’attendre qu’on subvienne instantanément à nos distractions et dans lequel notre rôle est d’être passifs. J’espère que ce serait un monde qui ne se débarrasse pas, en les taxant de ratés, de tous ceux qui ne sont pas doués sur le plan scolaire. Que ce soit plutôt un monde qui offre à chacun un avenir et qui aide chacun à devenir aussi accompli qu’il lui sera possible.

Mon organisation travaille principalement avec des jeunes qui ont des problèmes de drogue, ou qui sont impliqués dans la délinquance, dans une culture d’armes à feu et de gangs. Ces jeunes n’ont souvent aucun sentiment positif de qui ils sont, ou pourraient être. Leur identité est entièrement basée sur la réflexion d’images négatives d’eux-mêmes transmises par les autres. Ils sont stupides ; ce sont des ratés ; ce sont des toxicomanes ; ils sont mauvais; ce sont des délinquants. La majorité des services sont mis en place pour répondre aux symptômes de tels problèmes.

Non, non, non ! Faux, faux, faux ! Ils ne sont pas les symptômes de ce que leurs vies ont fait d’eux. Ce sont des êtres humains avec un potentiel, réclamant à grands cris de ne pas être piégés dans une image d’eux-mêmes qu’ils haïssent. Pourquoi nous concentrons-nous sur leur passé ou leurs symptômes et renforçons-nous leur sentiment négatif d’identité ? Nous ne devrions pas fixer notre attention sur leurs défauts ou leurs échecs mais sur ce qu’ils peuvent devenir, sur ce qu’ils veulent devenir et souhaitent faire.

Appliquons donc ce principe aux jeunes et à la prévention. Considérons les jeunes sous l’angle de la solution, pas comme un problème. Nous devrions leur demander comment ils voient le monde qui les entoure, quelles sont leurs aspirations, quels sont leurs rêves d’avenir et aider à les réaliser. Les services antidrogue pour les jeunes que je dirige possèdent des studios d’enregistrement et des cours de musique électronique. Nous avons des ateliers de graffitis et des cours de danse. Nous faisons des vidéos. Nous étudions d’autres possibilités. La bouteille est à moitié pleine, pas à moitié vide.

 

« Pourquoi nous ne devrions pas consommer de drogues » - Marius Sjømæling, Youth Against Drugs, Norvège

Avant tout, je voudrais qu’une chose soit claire : la lutte contre la toxicomanie doit être dirigée contre la consommation de drogues et NON contre les consommateurs ! Mon organisation s’appelle Jeunesse Anti-Drogues – ce qui signifie que nous sommes POUR la jeunesse, CONTRE les drogues.

Je voudrais aussi demander ceci aux jeunes : avons-nous besoin d’un choc supplémentaire ou sommes-nous déjà conscients des conséquences de la toxicomanie ?

Voici trois bonnes raisons – à mon avis – pour NE PAS se droguer :

1. la société, les buts, les espoirs et les rêves – la société dit non, vous n’atteindrez pas vos buts si vous consommez de la drogue, vous risquez de ruiner vos espoirs et vos rêves.

2. la famille, les amis, la vie sociale – vous ne pouvez pas à la fois consommer de la drogue et mener une vie active. Vous n’en aurez tout simplement pas le temps !

3. la santé – la drogue nuit à la santé. Elle peut endommager vos organes internes, provoquer un cancer, vous pouvez perdre un bras à cause d’une infection, etc.

Les buts et les rêves de la jeunesse d’aujourd’hui sont-ils les mêmes qu’il y a quarante ou cinquante ans ? Probablement pas. Aujourd’hui, les rêves tournent davantage autour de la carrière, de l’argent, du statut social et professionnel. Et nos buts en matière d’éducation reflètent ce changement.

« Un environnement favorable à la jeunesse et une culture de jeunesse positive sont la priorité numéro un si nous voulons que la drogue disparaisse de notre cadre de vie. »

Qui porte la responsabilité de faire de ce monde un endroit où il fait bon être jeune ?

1. les jeunes eux-mêmes ;

2. les adultes.

La plupart des jeunes, j’en suis convaincu, ne veulent pas que la drogue ait sa place dans le milieu où ils vivent. Et cela, nous devons le crier haut et fort. Il ne suffit pas de rester tranquillement assis en espérant que les choses s’arrangent. Nous devons agir, tous autant que nous sommes !

Si nous voulons vivre nos rêves, les drogues sont probablement l’un des plus grands obstacles que nous puissions rencontrer.

La démocratie est importante : écouter et être entendus sur les questions qui nous intéressent permet de faciliter les choix.

Nous vivons tous dans le même monde. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous en désintéresser. Nous savons que les drogues sont fabriquées dans les régions pauvres du monde et il incombe à chacun de nous de faire un choix : est-ce que je veux « soutenir » la deuxième industrie du monde, une industrie qui prospère grâce au trafic d’êtres humains, d’armes et de drogues ? Pour ma part, j’ai fait mon choix : je refuse de la soutenir.

Nous portons une responsabilité commune pour le monde où nous vivons, que ce soit au niveau local ou au niveau global.

Quelques faits (source : OEDT) :

    · En 2003, la prévalence au cours de la vie/au cours des douze derniers mois de la consommation de cannabis chez les élèves de 15 à 16 ans était de 16,4 % (moyenne de 28 pays européens).

    · En 2005, cette prévalence était de 11 % en Lituanie.

    · Autrement dit, en moyenne 83,6 % des jeunes Européens et 89 % des jeunes Lituaniens NE CONSOMMENT PAS de cannabis.

Le problème est-il aussi grave que certains veulent bien le dire ? Ne noircissons pas le tableau !

La famille, les amis et la vie sociale :

• la famille est-elle une pression ?

• les amis

• la vie sociale – y a-t-il des buts à atteindre ?

Dans tous les contextes, il y a des buts à atteindre et des rôles à tenir. La famille elle-même est une pression qui s’exerce en permanence : il faut bien travailler à l’école, être gentil, bien se tenir, respecter les autres, se conformer aux valeurs familiales, et ainsi de suite. Vient ensuite une autre pression, celle d’avoir à créer soi-même une famille, ce qui est très difficile pour beaucoup.

Quant aux amis, la tâche est encore plus ardue. Il faut constamment faire attention à sa propre image. Est-ce qu’ils m’aiment, est-ce qu’ils pensent que je suis trop gros, est-ce qu’ils me trouvent « cool » ? Est-ce que je dis ce qu’il faut dire ? Est-ce qu’ils me respecteront encore si je ne fais pas comme eux ?

Se faire des amis et les garder n’est pas aussi facile qu’il y paraît.

Dans la vie sociale ordinaire, il y a beaucoup de buts à atteindre, chaque jour. Vous êtes censé être un jeune actif, avoir de bonnes notes à l’école, avoir au moins quatre passe-temps, avoir un/une une petit(e) ami(e).

Et les adultes demandent pourquoi les jeunes se droguent !

Est-ce que cela ne tiendrait pas à la société et au monde dans lesquels nous vivons ?

Y a-t-il des solutions au problème de la toxicomanie ?

• l’éducation par les pairs n’a pas pour objectif la prévention, mais la connaissance.

• la connaissance, c’est le pouvoir – le pouvoir de choisir !

• qui pose un problème ?

• que peut-on faire ?

• le changement aura-t-il un coût ?

L’éducation par les pairs est une question de dialogue tout autant que d’acquisition de connaissances. Il importe que les jeunes apprennent les uns des autres, au lieu de n’entendre que le discours moral des adultes.

L’éducation, la connaissance, permet de faire un choix en s’appuyant sur des faits et en ayant réfléchi aux conséquences. Le pouvoir en soi n’est pas dangereux. Tout dépend de la façon dont on s’en sert !

Les problèmes viennent de la société que nous construisons aujourd’hui. Nous construisons une société fondée sur les valeurs individuelles au lieu d’une société et d’un monde où les gens se préoccupent les uns des autres. Les jeunes sont-ils les seuls à voir plus loin que le bout de leur nez ?

La drogue en soi n’est pas le problème, elle n’est que la conséquence du problème ! Aujourd’hui, à mon avis, le principal problème est l’égocentrisme et, croyez-moi, je n’appelle pas à la révolution, je demande simplement un changement !

J’espère en tout cas que nous sommes tous d’accord sur un point : c’est que le problème ne vient PAS de la jeunesse et des jeunes. S’il faut trouver un responsable au problème, c’est du côté des adultes qu’il faut regarder. Les gouvernements, l’ONU, l’Union européenne, les Etats-Unis et les autres grandes « puissances » du monde.

Une vieille dame m’a dit un jour que si tous les pays qui ont signé l’accord de l’ONU voulaient vraiment éradiquer la drogue, ils pourraient le faire en moins de six mois.

Alors est-ce vraiment une question d’argent ?

Cela ne fait AUCUN DOUTE !

Ce que je suggère, dans un premier temps, pour résoudre le problème de la drogue, ce n’est pas de faire des lois libérales, mais d’acheter toute la drogue qui est produite en un an (les gouvernements et l’ONU peuvent le faire) et de la jeter à la mer !

Jeter la drogue coûtera moins cher que de traiter les problèmes qu’elle va créer.

Pour combattre solidairement tous les problèmes liés à la drogue :

Jetez-la à la mer !

Merci de votre attention.

 

Groupe de travail 1: Les familles et les drogues

Programme pilote « Réseau de soutien aux parents et aux professionnels en matière de prévention des toxicomanies » en Fédération de Russie (Olga Fedorova et Alex Chingin, Fédération de Russie)

Raison d’être

La toxicomanie, le trafic de drogues illicites et une progression inquiétante de l’infection VIH due principalement à la consommation de drogue sont devenus des causes de vives préoccupations pour tous les gouvernements européens et font peser de graves menaces sur la santé publique, la sécurité intérieure et extérieure et la stabilité sociale. La Fédération de Russie a conscience, elle aussi, de la gravité des problèmes précités, ce qui se reflète dans le Programme fédéral ciblé du FSKN (Service fédéral pour le contrôle du trafic de drogue) au titre de la période 2005-2009.

Le Programme

En réaction à ces maux, le Groupe Pompidou (GP) a établi un « Réseau de soutien à la prévention des toxicomanies à l’intention des parents et des professionnels » afin de mettre à l’épreuve plusieurs stratégies de prévention adaptées à la situation russe et de reproduire l’application de ces stratégies dans d’autres régions de la Fédération de Russie. Pour des raisons techniques, il a été défini trois régions pilotes représentatives de diverses situations géographiques, sociales et économiques au sein de l’Okrug fédéral de l’Oural :

    · Okrug autonome de HANTI-MANSISKI (OAHM), région prospère où se posent des problèmes de drogue
    · Oblast de KOURGANSKAÏA, région agricole pauvre où se posent des problèmes sociaux et économiques
    · Oblast de TCHELIABINSKAÏA, région industrielle où se posent des problèmes sociaux

Les groupes cibles du Programme

    1. Professionnels (enseignants, travailleurs sociaux et sanitaires, membres de la police et des services de lutte antidrogue, etc.)
    2. Parents et familles (parentèle proche et éloignée)
    3. Jeunes et organisations de jeunes (animateurs de jeunesse et volontaires)

Buts du Programme

    · Créer et gérer des réseaux de soutien pour les parents et les professionnels
    · Créer et gérer un inventaire des informations sur les projets de prévention
    · Regrouper des compétences et des ressources humaines en vue d’organiser périodiquement des formations initiales et continues à l’intention des professionnels qui participent au travail de prévention
    · Créer un centre de formation virtuel pour l’échange d’informations, d’enseignements, d’approches, de méthodes et de modèles efficaces de prévention de la toxicomanie

Pertinence du Programme

Ce programme convient à l’Okrug fédéral de l’Oural pour les raisons suivantes :

- La plupart des programmes existants ciblent principalement les grandes zones urbaines de la Fédération de Russie, par exemple Moscou et Saint-Pétersbourg ; quant aux zones rurales et excentrées, elles profitent très peu des activités d’assistance. Le Programme cible trois régions de la Fédération de Russie qui diffèrent entre elles dans la mesure où les unes sont urbaines tandis que les autres sont rurales et excentrées et où les conditions socio-économiques varient beaucoup de l’une à l’autre.

- Le Programme adaptera au contexte russe des stratégies de prévention aussi efficaces que les « aptitudes fondamentales » (« life skills »), le « travail de rue » (« outreach work ») et les « groupes d’auto-assistance pour parents et usagers de drogue ». Des experts russes prendront part dès le début à la mise en œuvre du Programme afin d’ajuster des enseignements venus de l’étranger aux réalités du travail de prévention dans la Fédération de Russie. Le Programme aura également pour effet de montrer les avantages du recours à la télématique dans la prévention des toxicomanies, méthodologie qui n’est pas encore usitée au sein de la Fédération de Russie.

- L’idée de créer des réseaux de soutien et un centre de formation virtuel est assez neuve. Le Programme fournira aux professionnels russes des informations exactes et fiables sur les stratégies de prévention efficaces, et il leur offrira la possibilité (par l’Internet et les contacts directs) d’échanger des informations et des enseignements, ainsi que de demander et de trouver des réponses à des questions difficiles. Cela accroîtra la capacité qu’ont les experts, au sein des trois régions concernées, de faire face aux difficultés rencontrées dans la mise en œuvre d’éléments du Programme au niveau local. La durabilité du Programme sera ainsi assurée.

- Le rôle des parents et l’éducation par les pairs sont deux aspects de la question qui ont été peu étudiés jusqu’à présent dans la Fédération de Russie pour ce qui est de la prévention de la toxicomanie. Or, étant donné que les parents et les familles jouent à cet égard un rôle-clé, il importe de les aider à développer leur capacité de prévenir activement la toxicomanie auprès de leurs enfants. En outre, les jeunes apprennent beaucoup les uns des autres (à l’école et en dehors de l’école) ; l’action des groupes de pairs peut donc représenter une forme importante de prévention de la toxicomanie.

Toutefois, certains facteurs font obstacle à des activités de prévention efficaces dans la Fédération de Russie en général :

- Les professionnels russes ont tendance à continuer d’appliquer des stratégies de prévention le plus souvent inefficaces (par exemple, les techniques consistant à faire peur). C’est ainsi qu’il y a quelques années encore, les écoles organisaient volontiers des campagnes d’affichage montrant diverses horreurs, entre autres des toxicomanes moribonds ou des enfants infirmes nés de mères droguées.

- Parents et professionnels n’ont pas une compréhension suffisante des véritables problèmes qui se posent en la matière. Beaucoup, par exemple, appuient leurs activités de prévention sur l’idée que l’usage de drogue peut être stoppé complètement dans la société tout entière (ce qui est impossible) et négligent l’importance des programmes qui mettent l’accent sur le fait d’amener les jeunes à différer leur premier usage de drogue, de tabac et d’alcool (ce qui est réaliste et efficace).

- Certaines stratégies de prévention efficaces sont mal employées. Parents et professionnels ignorent fréquemment à quel âge il peuvent informer les jeunes au sujet de la drogue et quelles informations leur communiquer. Le fait de donner des informations fausses au mauvais moment peut avoir des conséquences négatives, et cette méthode par ailleurs fructueuse (la méthode « informative ») perd alors toute efficacité. Bien souvent, les professionnels appliquent des programmes de prévention conçus pour des jeunes, mais élaborés sans la participation et l’avis des principaux intéressés parce que les professionnels pensent en savoir plus qu’eux.

- Il se trouve des parents, des médias et des structures politiques pour s’opposer à l’application de programmes étrangers. Cette attitude tient sans doute en partie à ce que certains programmes étrangers n’ont pas été adaptés aux conditions russes avant application et donnent donc de piètres résultats, voire des résultats négatifs.

- En général, les parents font preuve de passivité face au problème de la drogue chez les jeunes. La plupart des membres des diverses ONG de type « Parents contre la drogue » ou « Mères contre la drogue » sont des parents ou des proches de toxicomanes, et ces parents ou proches n’interviennent et ne contactent des professionnels que lorsqu’une crise éclate.

Certains obstacles rencontrés dans la phase de mise en œuvre du Programme tiennent principalement aux facteurs extérieurs énumérés ci-dessous :

- Les différences socio-économiques entre les trois régions pilotes, le manque de professionnalisme des participants et l’absence de relations personnelles entre eux ont créé toutes sortes de problèmes de communication à l’intérieur même du projet.

- La rivalité entre régions et entre institutions des régions et des villes s’est beaucoup fait sentir, compromettant la coopération et l’échange d’enseignements d’une région à l’autre.

- La transformation politique subie par la Fédération de Russie, jointe au manque de mémoire institutionnelle observé au sein des institutions pertinentes ont créé certaines difficultés dans la mise en œuvre du Programme (réforme ministérielle au sein du gouvernement russe, élection de nouveaux maires et autres changements analogues).

- Le choix erroné et malheureux de certains participants dans les régions a créé des situations amenant plusieurs d’entre eux à quitter le Programme ou les empêchant d’en tirer profit.

- Les problèmes de temps disponible, de ressources financières et d’administration relatifs au GP ont entraîné des retards dans la mise en œuvre d’éléments importants du Programme. Nous avons eu une autre preuve qu’il importe de suivre et d’émanciper les participants du Programme dans le pays où ce dernier est appliqué : cela permet de soutenir le développement du Programme en l’absence même de ressources financières ou humaines suffisantes.

Activités conduites jusqu’à présent :

1. Phase initiale : janvier 2004 – mars 2004

Préparatifs d’une réunion de planification, identification des membres du Groupe de soutien du projet (Secrétariat du GP, experts internationaux et russes du GP, représentants des pays donateurs et représentants de la Fédération de Russie proposés par le Correspondant permanent russe).

2. Phase de planification : avril 2004 – novembre 2004

Avril 2004 : première réunion technique, affinement des objectifs du Programme

Septembre 2004 : réunion de préparation de toutes les institutions pertinentes au ministère de l’Éducation, à Moscou, suivie de missions d’enquête dans les trois régions pilotes.

Novembre 2004 : seconde réunion technique, examen des rapports des missions d’enquête et adoption de la structure définitive du projet.

3. Phase préparatoire : novembre 2004 – janvier 2005

Assimilation des résultats de la mission d’enquête et des conclusions de la seconde réunion technique, établissement de plans plus précis.

4. Phase de mise en œuvre : février 2004 – février 2006

    · Séminaires de formation dans les régions et visites d’étude en Norvège et en Finlande

    · Conception et mise en œuvre d’activités de formation complémentaire

    · Matériels et méthodes à employer avec les principaux groupes-cibles définis

    · Révision et enrichissement du site Internet

    · Perfectionnement des méthodes qui se sont avérées particulièrement prometteuses dans les contextes appropriés

5. Phase d’évaluation : mars – décembre 2006

Une évaluation des résultats obtenus dans le cadre du Programme est en cours, et l’on cherche à déterminer ce qui aurait pu être fait autrement ou mieux.

Les trois projets pilotes

L’évaluation des besoins et des possibilités conduite au cours des missions d’enquête dans les régions pilotes a permis aux experts du GP d’élaborer les propositions relatives aux trois projets pilotes :

    · Okrug autonome de HANTI-MANSISKI (Projet « SITE INTERNET »)
    · Oblast de KOURGANSKAÏA (Projet « FORMATION »)
    · Oblast de TCHELIABINSKAÏA (Projet « AUTO-ASSISTANCE ET TRAVAIL DE RUE »)

Le Programme a un site Internet que soutient le GP et qui décrit à la fois le Programme lui-même et les trois projets pilotes : www.narkohelp.net et www.narkopomosch.net

 

Projet « SITE INTERNET » (Okrug autonome de Hanti-Mansiski)

L’évaluation des besoins dans l’Okrug autonome de hanti-Mansiski (OAHM) a révélé d’une part le niveau insuffisant de connaissance et d’application des stratégies de prévention efficace, d’autre part un taux de pénétration élevé de l’Internet et des services mobiles.

l’OAHM est une région pilote couverte par le Programme fédéral « Russie électronique ». Il possède une infrastructure informatique plus développée que celle de nombreuses régions de la Fédération de Russie. C’est une région économiquement et socialement prospère (par exemple, on trouve l’Internet et des classes d’informatique dans tous les établissements d’enseignement). Mais si l’infrastructure économique et sociale y est assez bien développée, la toxicomanie et l’alcoolisme y posent problème, surtout parmi les jeunes.

Face à cette situation, les experts du GP ont décidé de développer la télématique (terme français de l’Union européenne désignant les nouvelles technologies de l’informatique et des télécommunications (Internet, téléphones portables, etc.) comme moyen de prévenir la toxicomanie.

Les nouvelles technologies ont profondément modifié la structure de la vie sociale, mais la prévention de l’abus de substances est resté en dehors de ce bouleversement. Or, la télématique peut contribuer dans une très large mesure à la prévention et au traitement de l’abus de substances.

- Les services télématiques utilisés dans le travail de prévention et d’intervention offrent des outils nouveaux et efficaces non seulement aux professionnels, mais aussi au grand public. Les avantages de la télématique sont très variés : accessibilité et disponibilité, anonymat, interactivité, souplesse (liberté temporelle et spatiale) et rapport coût-avantage. En outre, le recours à la télématique permet d’atteindre en une seule fois de grands groupes de personnes. Il peut aussi donner aux gens le pouvoir d’utiliser leurs propres ressources. Dans de nombreux services, le seuil de la demande de traitement est assez élevé, et on peut l’abaisser par l’usage de la télématique.

- Relation à la réalité virtuelle. Jusqu’à présent, les gens pouvaient fréquenter les mondes virtuels à travers le livre et le cinéma, ou bien par l’usage de substances telles que l’alcool et les drogues. Désormais, on peut aussi pénétrer dans la réalité virtuelle par les jeux informatiques, les technologies multimédias et d’autres moyens télématiques.

- Valeur symbolique de la télématique. La télématique a une grande valeur symbolique pour les jeunes. Parfois, elle est perçue par eux comme quelque chose d’anti-adulte, comme un moyen de souligner l’excellence des jeunes et de démontrer que les non-jeunes ne comprennent rien à rien. Les jeunes, eux, ne sont pas gênés par des traditions anciennes, ils sont ouverts, prêts à essayer des choses nouvelles, avides d’apprendre. Ils ont été parmi les premiers à comprendre la grande valeur pratique de la télématique, à utiliser l’Internet pour l’enseignement, les affaires, les services de banque électroniques, les services d’information et le télétravail.

- Maîtrise des distances psychosociales. Les psychologues soutiennent que les relations en face à face constituent l’élément indispensable de toute interaction humaine. Mais l’incroyable succès de l’ATM (mode de transfert asynchrone) dans le monde entier est là pour leur donner tort : chaque fois qu’on a besoin d’argent, on veut des espèces, on ne veut pas nouer une relation nouvelle avec un employé de banque. Les gens désirent maîtriser leurs distances psychosociales de façon à pouvoir garder leur énergie pour les relations humaines qui leur importent. Dans la prévention et le traitement de l’alcoolisme, de la toxicomanie et de la maladie mentale, la télématique peut compléter, voire remplacer les services existants (comme les consultations) et offrir ainsi des types de service entièrement nouveaux (comme l’auto-assistance).

- Il importe de souligner le rôle de la téléphonie, et notamment de la téléphonie mobile. Le téléphone est en fait le plus ancien outil télématique. Beaucoup de gens le trouvent plus facile à utiliser que l’Internet. Le téléphone portable se banalise plus vite que l’Internet, et le SMS se répand à une vitesse exponentielle. Voici quelques raisons supplémentaires d’insister sur les services de téléphonie mobile :

    · la téléphonie portable atteint son point de saturation dans de nombreux pays ;
    · les services de type « ligne verte » restent populaire dans les services sociaux et sanitaires ;
    · le nombre des centres d’appel est en accroissement.

- La télématique a remis l’écrit en honneur grâce à l’expansion du courriel et des SMS. Les messages écrits présentent de nombreux avantages : ils demeurent constants dans le temps et l’espace, sont précis, se prêtent à ce qu’on revienne à eux, notamment pour y répondre, assurent l’anonymat et permettent de maîtriser la distance psychosociale. Il n’est pas surprenant que les gens aient l’air d’apprécier des éléments de télématique tels que les courriels, les SMS, les « chats » de l’Internet et les échanges de type « chat » par la télévision et les SMS.

Bien que l’usage de la télématique semble très prometteur dans la lutte contre les drogues et la toxicomanie, il existe certains facteurs qui limitent ou compromettent l’usage et l’effet de ces technologies :

- Conditions préalables à l’emploi de la télématique. Le problème le plus évident tient à la disponibilité et au niveau de développement de l’infrastructure informatique. Sans possibilité matérielle d’accéder à l’Internet ou à la téléphonie mobile, on ne peut mettre à profit les services offerts via la télématique.

- Importance du face à face. Certaines personnes ont tendance à trouver les services télématiques un peu déroutants. Elles préfèrent, par exemple, prendre le temps de se rendre à leur agence bancaire plutôt que d’effectuer leurs opérations au téléphone ou par l’Internet. Les professionnels des soins sanitaires et sociaux jugent irremplaçable la communication directe (ou la relation entre le patient et le thérapeute). Mais il apparaît souvent utile de disposer par écrit d’une partie au moins de la communication verbale.

- La télématique comme chien de garde. Il existe des centaines de sites Internet consacrés à la prévention de la toxicomanie et de l’alcoolisme ; dans certains pays, la télématique – et en particulier l’Internet – sert fréquemment à la prévention, voire au traitement de ces maux. Toutefois, on peut trouver bien plus de matériel faisait la publicité des drogues et de l’usage de drogue que de textes ou de programmes de prévention. L’Internet a une telle portée, il offre tant de possibilités qu’on y trouvera toujours un site pour transmettre des messages très différents de ceux que nous souhaitons émettre. C’est pourquoi nous ne devons pas abandonner l’Internet à ceux qui font la promotion de l’usage de drogues et qui en vendent.

- Problèmes éthiques. La télématique soulève de multiples questions éthiques : pédo-pornographie, jeux d’argent, vente de drogues et publicité en leur faveur, pour n’en citer que quelques-uns (par exemple, les services de location ont certes leur utilité, mais on peut aussi en user et en abuser pour dominer ceux qui s’adressent à eux). En l’absence d’une législation appropriée et de pressions internationales, certaines compagnies et certains pays peuvent compromettre les avantages de l’Internet (c’est le cas aussi du courrier indésirable ou de l’opposition entre les impératifs de la sécurité et ceux du droit à la vie privée).

- Spécificité de l’adolescence. Les jeunes ont un horizon temporel très rapproché. Ils ont donc tendance à penser que la mort, la maladie, les soucis, ce n’est pas pour eux ; tout cela leur apparaît en fait comme se situant quelque part dans un lointain avenir. C’est pourquoi les rares méthodes d’éducation antidrogue n’aboutissent pas vraiment. D’autre part, les adolescents ne prêtent guère d’attention aux questions d’éthique, de vie privée et de sécurité relatives à la télématique.

- Problèmes de dépendance. Ce qui rend difficile le travail de prévention accompli au moyen de la télématique, c’est le fait que les programmes informatiques et les réseaux d’information peuvent, eux aussi, se révéler très accoutumants.

Les résultats actuels de ce projet pilote sont les suivants :

- un groupe de dix professionnels des pouvoirs publics a reçu une formation initiale ;

- Six d’entre eux ont reçu une formation complémentaire et accompli une visite d’étude en Finlande ;

- Un site Internet de prévention de la toxicomanie (www.narkopomosch.ru) a été élaboré et lancé ; il a ceci d’unique, entre autres, que l’on peut y contacter des professionnels en ligne.

- Les activités du Programme conduites par le groupe chargé du projet pilote sont placées sous l’égide du Gouverneur adjoint de l’Okrug de Hanti-Mansiski.

 

Projet « FORMATION » (Oblast de Kourganskaïa)

L’évaluation des besoins à laquelle il a été procédé dans l’oblast révèle un manque de véritables experts, ainsi qu’une connaissance et un emploi restreints des méthodes de prévention efficaces. Pour réagir à cette situation, les experts du GP ont conçu et mis en œuvre une série d’activités de formation aux compétences pour la vie.

La démarche fondée sur les compétences pour la vie constitue, dans le monde entier, l’un des modes de prévention les plus efficaces en milieu scolaire. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) définit les compétences pour la vie comme étant « les aptitudes pour un comportement positif et adaptable permettant à des individus de gérer efficacement les exigences et les défis de la vie quotidienne ». Les auteurs de ce concept sont partis de l’idée qu’il est essentiel d’acquérir des compétences comportementales (nécessaires pour se défendre de toutes sortes de risques), notamment afin de pouvoir résoudre les problèmes relationnels.

Pendant la période 2000-2005, le GP a conduit une série de séminaires sur les compétences pour la vie à l’usage des enfants des écoles et des pensionnaires des institutions de soins de l’Oblast de Sverdlovskaïa (foyers pénitentiaires et foyers pour enfants).

À l’issue de ces séminaires, il a été observé chez les jeunes des changements positifs dont voici quelques exemples :

- les jeunes se sont montrés capables et désireux de coopérer avec des adultes ; ce sont les adultes qui ont éprouvé tout d’abord des difficultés à accepter ce changement d’attitude chez les jeunes ;

- les enseignants ont fait état de changements positifs chez les jeunes : prise de conscience, sens des responsabilités, participation et ouverture dans les relations avec des adultes ;

- les jeunes, qui ont créé l’organisation de jeunesse MARS (acronyme de l’intitulé russe Molodie, Aktivnie, Razvivaouchiessia Soobchestva : Communautés jeunes, actives et en développement), tiennent à ce qu’une formation aux compétences de vie – qu’ils assurent, d’ailleurs – soit donnée aux plus jeunes d’entre eux et aux adultes dans leur propre institution et dans d’autres aussi.

À l’issue de ces séminaires, il a été signalé, chez les adultes aussi, des changements positifs dont voici quelques exemples :

- les adultes sont devenus désireux d’écouter ce que les jeunes ont à dire, à accepter leurs points de vue et à suivre une démarche personnalisée avec chaque enfant ;

- la participation active à une formation aux compétences de vie a contribué à atténuer le syndrome du surmenage émotionnel ;

- la participation à la formation aux compétences de vie a aidé certains spécialistes à développer une volonté de réussite qui devait aboutir à des promotions, ainsi qu’à diverses initiatives en matière de prévention.

Les séminaires relatifs aux compétences de vie ont montré que d’importants changements étaient possibles à la fois chez les jeunes et chez les adultes. Mais en dépit des résultats manifestement positifs de la méthode en question, l’application de celle-ci pose des problèmes dans la Fédération de Russie.

- Il y a plusieurs années, seuls quelques professionnels avaient été formés aux compétences de vie. Beaucoup ont rencontré des difficultés dans leurs activités de formation auprès des jeunes. Il leur manquait le soutien pratique d’experts.

- Ces professionnels ne possédaient pas assez de connaissances et de compétences pour transmettre leur expérience à d’autres professionnels.

- Le travail accompli auprès des enfants des écoles ne supposait pas que soit effectué un travail de prévention spécifique auprès des adultes vivant et travaillant avec des enfants. C’est pourquoi la formation faisait beaucoup changer les enfants, alors qu’elle ne faisait pas changer du tout certains adultes, situation qui posait fréquemment des problèmes émotionnels aux enfants comme aux adultes, car les uns et les autres ne se comprenaient pas.

- Les parents qui ne savaient pas grand-chose des compétences de vie ont commencé à s’élever contre cette démarche étrangère, notamment parce qu’ils voyaient les résultats négatifs de la participation de leurs enfants aux programmes en question. Cela tenait en majeure partie à ce que certains enseignants ne dispensaient pas correctement ou régulièrement un enseignement axé sur les compétences pour la vie, mais se bornaient à extraire certaines activités du manuel relatif auxdites compétences, alors qu’un tel enseignement n’est efficace et ne produit de résultats que s’il est dispensé de façon régulière et dans son intégralité.

Lors de plusieurs activités faisant partie du Programme et concernant la formation aux compétences pour la vie, les experts du GP ont relevé des faits encourageants pour une transposition efficace de cette méthode dans la Fédération de Russie :

- les professionnels des pouvoirs publics et les ONG sont désireux d’appliquer ladite méthode dans leur travail auprès des jeunes ;

- les volontaires (des jeunes de dix-huit à vingt-cinq ans souhaitant appliquer la méthode des compétences pour la vie) prennent part aux projets de prévention ;

- les pouvoirs publics souhaitent développer encore la méthode des compétences pour la vie et l’inclure dans les programmes aux niveaux municipal, régional et fédéral.

Les résultats actuels de ce projet pilote sont les suivants :

- un groupe de quarante-sept professionnels (dont dix volontaires) issus des pouvoirs publics et des ONG a reçu une formation initiale ;

- six d’entre eux ont pris part à des activités de formation complémentaire et autres (premier Forum consultatif européen pour la prévention des toxicomanies, visite d’étude en Finlande, séminaires sur la création d’organisations) ;

- à la suite de la visite d’étude en Finlande, six participants ont élaboré et conduit un projet pilote « Famille conviviale » auquel ont pris part quarante parents et trente enfants ;

- en outre, il a été organisé, à l’intention de quinze parents de toxicomanes, une formation à la création de groupes d’auto-assistance ;

- le manuel sur les compétences de vie à l’usage des écoles et le manuel sur les compétences de vie à l’usage des institutions de soins ont été traduits et adaptés en vue d’être utilisés dans la Fédération de Russie.

 

Projet « AUTO-ASSISTANCE ET TRAVAIL DE RUE » (Oblast de Tcheliabinskaïa)

L’évaluation des besoins dans l’Oblast de Tcheliabinskaïa y a révélé une forte volonté de créer des groupes d’auto-assistance et de travail de rue. Pour répondre à cette demande, les experts du GP ont élaboré et conduit une série d’activités de formation en matière d’auto-assistance et de travail de rue à l’intention des professionnels et des volontaires.

Les groupes d’auto-assistance sont des groupes de personnes qui, ayant des besoins et des problèmes analogues, se rassemblent pour trouver des solutions et faire face à une situation. Ils utilisent exclusivement les ressources propres de leurs membres, de sorte que la responsabilité de leur travail incombe non pas à des professionnels, mais aux gens à qui se pose un même problème et qui se trouvent dans une même situation. Le travail d’un tel groupe repose sur l’échange de sentiments, d’idées et d’enseignements. La participation à ce travail est bénévole, anonyme et confidentielle. Les groupes d’auto-assistance ont pour but de répondre aux besoins de diverses catégories de la population.

Les groupes d’auto-assistance pour parents et usagers de drogue sont devenus populaires dans la Fédération de Russie au début des années 90. À l’heure actuelle, les professionnels souhaitent améliorer les activités des groupes d’auto-assistance, car on observe une moindre motivation à y travailler, et beaucoup de ces groupes ont d’ailleurs cessé de fonctionner. En voici les raisons :

- On dispose d’informations sur les groupes d’auto-assistance, mais elles soulèvent certaines difficultés. On relève, ainsi, diverses méthodes de travail avec les parents, mais on ne trouve aucune définition claire des concepts (il y a, par exemple, une confusion entre « groupes d’auto-assistance » et « groupes de soutien »). La terminologie pose des problèmes également : les Russes emploient l’expression « auto-assistance mutuelle » au lieu d’« auto-assistance », car le terme « auto » présente à leurs yeux une connotation d’égoïsme.

- Il existe plusieurs modèles de groupes d’auto-assistance. Par exemple, beaucoup de groupes d’auto-assistance ont en Russie des fondements religieux, ce qui dissuade de nombreux parents de les fréquenter.

- Les professionnels utilisent divers matériels internationaux relatifs aux groupes d’auto-assistance, mais ces matériels ne sont pas adaptés à la situation et à la société russes.

- Les experts des groupes d’auto-assistance sont en nombre insuffisant, alors que s’il y en avait davantage, ils pourraient élaborer plus efficacement la collaboration entre les institutions officielles d’une part, les parents et les toxicomanes d’autre part. En outre, les facilitateurs des groupes d’auto-assistance ont besoin d’une formation spéciale. Enfin, beaucoup de groupes d’auto-assistance ont cessé récemment de travailler parce que certains avaient le même facilitateur depuis huit à dix ans.

- Il se trouve d’excellents professionnels à Moscou, à Saint-Pétersbourg et dans d’autres villes russes, mais en la matière, on relève un faible degré de coopération entre ceux des villes et ceux de la campagne.

Ainsi que les experts l’ont noté au cours des diverses activités relevant du Programme, il existe plusieurs facteurs pouvant contribuer à favoriser le développement des groupes d’auto-assistance pour les parents et les toxicomanes :

- Les parents issus d’anciens groupes ou de groupes existants présentent un vaste potentiel et souhaitent créer de nouveaux groupes d’auto-assistance.

- Les gens sont maintenant disposés à reconnaître les difficultés que rencontrent les parents de toxicomanes. Ils souhaitent aider ces gens, qu’ils ont commencé par condamner.

- Les professionnels connaissent l’importance et l’opportunité des activités menées par les groupes d’auto-assistance : entre autres avantages, elles sont plus efficaces pour le patient (s’agissant de résoudre ses problèmes), coûtent moins cher à la collectivité et prennent moins de temps aux professionnels.

- Les pouvoirs publics, qui souhaitent développer les groupes d’auto-assistance, incluent cette activité dans leurs programmes municipaux, régionaux et fédéraux.

À l’heure actuelle, on recourt beaucoup au travail de rue dans l’Europe entière ; c’est même là une des techniques préventives les plus efficaces qui existent pour s’occuper des populations difficiles à joindre. Cette méthode de travail social vise à contacter directement et à fournir des services d’information, de consultation et de prévention (échange des seringues, fourniture de préservatifs, distribution de brochures d’information) aux divers groupes sociaux concernés, et ce dans leur environnement même.

Dans la Fédération de Russie, on met l’accent sur le travail de rue en direction des jeunes à risque qui vivent dans les situations les plus difficiles. Bien que ce concept n’ait pas fini de se développer, certaines difficultés font obstacle à l’efficacité du travail de rue.

- Il y a pénurie de travailleurs sociaux capables de remplir les fonctions de travailleur de rue.

- La plupart des travailleurs sociaux ne reçoivent pas une éducation suffisante et manquent de compétences particulières pour remplir correctement les fonctions de travailleur de rue. Bien qu’il existe des facultés et institutions pour la formation des travailleurs sociaux, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur préfèrent chercher des emplois mieux rémunérés.

- On estime que ce principe n’est pas applicable aux conditions russes à cause de la complexité des méthodes de travail de rue. On pense que les jeunes à risque ne sont pas encore prêts à prendre contact avec des travailleurs de rue, car la plupart d’entre eux ne font pas confiance aux pouvoirs publics en général.

- Les expressions d’origine étrangère que sont « travail de rue » et « travailleur de rue » écartent les gens de ces spécialistes. Ainsi beaucoup de travailleurs de rue préfèrent-ils ne pas les employer, ce qui contribue à créer l’impression que le travail de rue n’est pas développé dans la Fédération de Russie.

- Les contacts entre travailleurs de rue sont insuffisants au sein des régions, villes et districts.

En dépit d’une série de difficultés, le travail de rue se développe en Russie, ce à quoi contribuent les facteurs suivants :

- En Russie, le nombre d’experts du travail de rue augmente progressivement.

- Dans les grandes villes, diverses institutions organisent des cours à l’usage des travailleurs de rue.

- Il se trouve des bénévoles pour souhaiter faire du travail de rue, et les pouvoirs publics sont disposés à développer ce moyen de prévention.

Les résultats de ce projet pilote sont les suivants :

- Un groupe de douze professionnels (y compris quelques bénévoles) issus des pouvoirs publics et des ONG ont reçu une formation initiale.

- Quatre d’entre eux ont pris part à des formations complémentaires et autres activités (premier Forum consultatif européen pour la prévention des toxicomanies, visite d’étude en Norvège et en Finlande).

- En outre, une formation a été assurée auprès de cinquante-quatre professionnels des pouvoirs locaux et régionaux.

- On a élaboré un manuel sur les groupes d’auto-assistance ; rédigé en anglais, il a ensuite été traduit en russe et adapté.

- L’un des professionnels ayant reçu une formation a conduit un séminaire à l’usage des parents dans le cadre d’un groupe d’assistance qui fonctionne au sein de son ONG.

 

Education et prévention (Fernando Mendes, Institut national de lutte contre les drogues et les toxicomanies, Portugal)

L’importance d’une participation des familles à la prévention primaire de la toxicomanie est de plus en plus reconnue. La famille et la société sont confrontées aux difficultés créées à la fois par les nouvelles réalités économiques, culturelles et sociales et par les demandes d’une société qui ne cesse d’évoluer et de se transformer, où tout est discuté et remis en question.

Parents, éducateurs et enfants sont confrontés à des situations entièrement nouvelles auxquelles ils ne savent comment réagir, car ils manquent soit des capacités nécessaires à cette fin, soit de références, de modèles et d’orientations. Aussi est-ce une épreuve pour eux de s’adapter aux nouvelles manières de percevoir l’existence et de la mener.

La notion de famille dépasse le cadre du groupe nucléaire formé par les parents et les enfants, indépendamment même de ce qu’on appelle les nouvelles familles (familles monoparentales, familles nourricières, familles socialement exclues, familles absentes, etc.). On entend et on lit couramment qu’il faut repenser la famille, les références et les pratiques éducationnelles pour pouvoir relever tous ces nouveaux défis. Il est cependant très intéressant de noter que d’une manière ou d’une autre, nous sommes tous responsables de ces changements ou transformations, quoique certains d’entre nous le soient plus que les autres.

Comprendre la famille en tant que système, c’est admettre que le total est supérieur à la somme des parties et que le comportement de chaque membre ne saurait être envisagé séparément de celui du reste de la famille, mais que tous les membres de celle-ci peuvent au contraire partager le même comportement.

C’est peut-être à cause de ces raisons qu’il nous faut être conscients de ce qu’on appelle le processus de civilisation, par l’intermédiaire duquel les individus apprennent, assimilent, découvrent et adoptent les règles et valeurs de la société où ils vivent, par l’interaction de leur milieu, et en particulier de leur famille.

Ce processus est à percevoir sous deux angles distincts : celui des agents de socialisation, qui transmettent valeurs, croyances, règles et modes de vie, et celui de l’individu, qui passe par un apprentissage et une intégration à travers lesquels il devient conscient de son milieu, critique à son égard et capable d’y participer ainsi que d’influer sur lui. En fait, l’enfant n’absorbe pas passivement les influences de la réalité ambiante ; depuis sa naissance, c’est un être qui absorbe activement, bien que cette activité dépende de notre participation en tant que stimulateurs ou agents stimulants.

Compte tenu de ces deux angles de vue, force est de reconnaître que la famille est le premier agent de socialisation et que durant les trois première années de la vie, elle présente pour chaque enfant une importance cruciale en tant que contexte de médiation, de communication et de transmission.

Les schémas de la vie de famille conditionnent puissamment le devenir personnel et social de l’individu. Si, du fait de leur propre nature, les liens entre membres de la famille sont gouvernés par l’affection, les soins, les attentions, le soutien et la participation, cela ne peut que favoriser chez chaque membre la réception, le dialogue, l’impartialité et la solidarité, constituant ainsi une base solide pour l’insertion active et responsable des enfants dans l’horizon plus vaste de la société.

L’école, d’autre part, en raison même du temps qu’elle occupe dans la vie quotidienne des enfants et adolescents, joue elle aussi un rôle extrêmement important. Les maîtres, les pratiques pédagogiques, les condisciples, les bonnes et mauvaises expériences, le succès ou l’échec scolaire contribuent à façonner et à déterminer l’avenir de tous les élèves. Il importerait aussi que les parents suivent de près le processus éducatif et qu’ils le renforcent.

Le groupe de pairs est un autre agent de socialisation important. L’interaction sociale entre enfants du même âge ou d’âges différents se fait de plus en plus tôt, bien avant le début de l’activité scolaire proprement dite, et quoique la socialisation qui s’opère par ce groupe de condisciples, d’amis et de voisins ne présente pas le caractère institutionnalisé de la famille ou de l’école, elle influe à l’évidence sur le monde de l’enfant, et surtout sur celui de l’adolescent.

Le dernier en date des agents de socialisation, ce sont les moyens de communication de masse, en particulier la télévision, qu’il est tout à fait pertinent de mentionner ici en raison de son importance et de son influence. Dans les sociétés occidentales, on relève un pourcentage résiduel de familles n’ayant pas de contacts plus ou moins réguliers avec ce moyen de communication. Chacun peut constater que les enfants regardent la télévision de plus en plus tôt dans leur vie, qu’ils manient adroitement la télécommande à un âge précoce et qu’ils regardent de manière plus ou moins active ou passive non seulement les émissions conçues pour eux, mais aussi celles destinées au grand public en général. Par ailleurs, la nature représentative et narrative de la télévision, ainsi que le caractère construit de sa production permettent d’appréhender l’afflux des messages avec intérêt, voire avidité. Parce qu’elle délivre constamment des messages à domicile, la télévision est l’un des principaux éléments du vécu d’un individu depuis les premières années de sa vie, ce qui autorise à supposer que cet élément constitue l’un des facteurs qui façonnent le mode de vie de chacun.

La question est alors de savoir quel degré d’influence les contenus des médias exercent sur les vies des gens, très précisément sur l’information et la formation des enfants et adolescents, et quel rôle peuvent à cet égard les parents (premiers responsables de la formation) pour que leurs enfants jouissent de ces contenus de manière active et dans un esprit critique.

On peut conclure sur ce processus de socialisation en mentionnant les jeux informatiques et l’Internet, dont la présence est de plus en plus voyante, sans oublier l’importance croissante du téléphone portable et de ses divers usages possibles.

Dans l’étude de l’IREFREA intitulée « Family relationships and primary prevention of drug use in early adolescence » (Relations familiales et prévention primaire de l’usage de drogue dans la pré-adolescence) (Mendes, F et al, 1999), nous avons vérifié l’existence d’un petit nombre de programmes de prévention familiale en Europe, ainsi que le manque d’études de recherche en la matière.

Nous tenons à préciser que lorsque nous parlons de programmes de prévention familiale, nous parlons des programmes qui ciblent les membres d’une famille nucléaire (parents et enfants) perçue comme un tout, à l’exclusion – par conséquent – des programmes portant sur l’information et la formation des personnels ou sur les compétences sociales, qui ciblent uniquement les jeunes ou adolescents, et des programmes informatifs ou conçus pour transmettre des compétences pédagogiques, qui ciblent les parents et (ou) les éducateurs.

Nombreux sont les programmes de prévention qui n’atteignent pas leurs objectifs pour la raison, justement, qu’ils ne font pas participer les diverses parties prenantes, par exemple les parents et les éducateurs, sans qui il n’est pas possible de renforcer les contenus éducatifs, d’où une perte ou une diminution de l’impact des messages préventifs, surtout quand ces activités sont ciblées sur les adolescents.

Comme nous parlons de prévention de primaire, le concept lui-même implique le déploiement de différentes stratégies visant :

a. à éviter l’usage et l’abus de substances ;
b. à retarder autant que possible la recrudescence de l’usage de drogues légales et illégales ;
c. à réduire les effets indésirables associés au mésusage de ces substances.

L’action sera donc plus efficace si l’on agit précocement, soutenu par un cadre théorique exhaustif, sur l’univers de ceux en faveur de qui l’on cherche à intervenir.

La nécessité d’étudier l’état des connaissances relatives aux programmes de prévention familiale était la raison d’être de cette nouvelle recherche conduite par l’IREFREA dans cinq pays européens (Autriche, Italie, France, Portugal et Espagne). Ladite recherche renforce notre investissement personnel dans l’étude et la compréhension du rôle joué par la famille en ce qui concerne la consommation de drogue.

La connaissance et l’évaluation des divers programmes de prévention familiale nous aidera à comprendre :

a. les solutions appliquées à la prévention de l’usage et de l’abus de drogue ;
b. la participation de l’ensemble de la famille, en essayant de voir dans quelle mesure tous les membres de la famille jouent un rôle actif en la matière ;
c. l’applicabilité des programmes de prévention aux différents moment du cycle de la vie familiale.

La pertinence de cette vaste question est si considérable que dans sa stratégie 2000-2004, l’Union européenne présente comme l’un de ses objectifs de renforcer l’importance de la famille en tant que groupe-cible, là où des actions supplémentaires doivent être engagées.

Nous conclurons en citant J. Bergeret (Bulletin de Liaison, CNDT, 1991) :

« Une méthode de prévention n’a rien de magique. Elle nécessite un effort permanent de la part de chacun. Elle prend du temps. Elle doit s’insérer dans les milieux naturels et les méthodes naturelles d’éducation et de formation et, en particulier, de formation permanente des parents, des maîtres et des éducateurs. Une véritable prévention primaire doit porter très précocement sur les enfants, leurs parents et leurs maîtres. C’est à ce niveau que nous devons être entendus si nous voulons que quelque chose change dans l’avenir de nos enfants ».

 

La Prévention: Telle qu’elle pourrait être (Olivier Ferreira, France)

Qu’est ce que la prévention?

Historiquement, le terme “Prévention” apparaît vers le 14eme siècle dans le droit et désigne la situation d’une personne prévenue d’une infraction, au sens littéral d’accusation.

Il faudra attendre le milieu du 20eme siècle et de nombreuses évolutions du concept de prévention et de santé, pour qu’apparaisse la signification courante du terme, qui désigne “l’ensemble des mesures préventives contre certains risques ainsi que l'organisation chargée de les appliquer.”

La prévention est donc un ensemble de mesures appliquées en amont de l'éclosion d'un problème afin d'éviter son apparition ou, s'il existe déjà, en aval de sorte à agir pour en diminuer les conséquences.

On distingue traditionnellement 3 formes de prévention:

- La prévention primaire qui vise à prévenir la première consommation.
- La prévention secondaire qui vise à éviter le passage d'une consommation passagère à une consommation nocive ou à la dépendance.
- La prévention tertiaire qui intervient en aval des soin et qui est destinée à prévenir les rechutes chez les sujets réinsérés dans la société.

Depuis quelques années, 2 nouvelles stratégies de prévention se sont développées:

- La prévention universelle. Elle fait référence à des stratégies qui s’adressent à l’ensemble de la population dans le but de prévenir ou de retarder la consommation de drogues.
- La prévention sélective. Elle fait référence à des stratégies qui ciblent des groupes particuliers plus exposés que les autres au risque de développer des problèmes de toxicomanies.

Cette dernière à pour but de prévenir la toxicomanie en renforçant les facteurs de protection tels que l’estime de soi et la capacité à résoudre des difficultés. L’objectif est ainsi d’aider les personnes à gérer efficacement les facteurs de risques, tel que le fait de vivre dans un environnement où la consommation de drogues est courante.

L’acception moderne du terme de prévention veut que la démarche préventive s’inscrive dans un discours global de promotion de la santé et ne soit plus isolée dans une problématique à part.

Ainsi, la référence actuelle en matière de prévention ne concerne plus une maladie qu’il faudrait empêcher, mais la santé qu’il faut promouvoir.

La santé doit s’entendre ici comme le complet développement de toutes les potentialités biologiques, psychologiques et sociales de l’individu.

En d’autres termes, la santé n’est plus seulement l’absence de maladie mais un état de complet bien être, physique, mental et social. (Définition de l’OMS)

Cette définition de la santé, ou de la bonne santé ne peut dès lors qu'être individuelle, et approchée en mettant en avant l'autonomie, la responsabilité individuelle de chacun.

Cela implique nécessairement la notion de liberté:

- Liberté d'accès aux informations.
- Liberté d’accès aux ressources quand on a besoin de support ou d'aide.

Et cela implique également des conditions politiques, sociales et économiques qui permettent de pouvoir poser certains choix en toute responsabilité.

1. Les fondements de la prévention: 4 grands principes sous-tendent les politiques modernes de prévention des addictions:

La prise en compte de l'ensemble des produits psycho actifs.

Alcool, tabac, médicaments psychotropes s’ajoutent donc à la liste des drogues illicites dans l’évaluation des consommations à risques.

Une prévention appuyée sur des connaissances scientifiques validées

Au niveau européen, à travers des enquêtes à grandes échelles telle que le réseau REITOX ou les enquêtes en milieu scolaire ESPAD

Une prévention pratiquée par des professionnels

Le personnel intervenant auprès des populations ayant des problèmes d’usage de produits psycho actif ou intervenant auprès des familles ou des proches de ses personnes doit avoir suivi une formation professionnelle. L’interprétation du discours étant difficile à appréhender, celui-ci doit être clair, objectif, reposant sur des connaissances scientifiques avérées, et surtout doit être parfaitement adapté au public auquel il est destiné.

Une Centration sur les comportements de consommation et non plus seulement sur les produits.

En effet, les phénomènes de poly consommations et la multiplicité des causes de

consommations rendent peu efficace, voir pas du tout, les systèmes qui se basent uniquement sur les produits.

Une étude menée aux Pays-Bas dans les années 70 montre que des 3 discours de préventions (Approche axée sur la peur, centrée sur la mise en garde/ Approche informative "neutre", "objective", centrée sur le produit/ Approche centrée sur les personnes et leurs problèmes offrant la place au dialogue, à la rencontre.), seul ce dernier à des effets positifs. Les autres développant même des effets pervers inverses de ceux escomptés.

Par exemple : Type de "manipulation expérimentale": Recherche de la première consommation dans les 7 mois suivant la "manipulation expérimentale"

Groupe contrôle - pas d'intervention

3,6 %

Prévention axée sur la peur, la mise en garde

7,3 %

Information "neutre", "objective" centrée sur les produits

4,6 %

Approche centrée sur les personnes et leurs problèmes offrant la place au dialogue, à la rencontre

2,6 %

On constate ici que seul le groupe ayant participé à un programme de prévention centré sur les personnes obtient un taux de première consommation dans les 7 mois inférieur à celui qui est relevé dans le groupe contrôle qui ne participe à aucune intervention.

Les deux autres programmes obtiennent l’effet pervers d’inciter à la consommation.

Par ailleurs, les programmes qui portent leurs attentions sur les jeunes (le 3ème modèle), c’est à dire qui posent les questions de savoir qui ils sont, comment ils vivent, leur apprenant à surmonter leurs difficultés au jour le jour, etc. sont efficients pas seulement dans la diminution de la consommation de drogues, mais aussi dans leurs prises de risques et dans la gestion des situations à risques au quotidien ( Savoir éviter une bagarre par la parole,se protéger lors des relations sexuelles, etc.)

L’objectif principal de ce type de prévention est bien de responsabiliser les acteurs, de les remettre au coeur du processus de prévention.

La prévention ne peut être “prescrite” par les spécialistes et “subie” par une population cible complètement passive.

Selon Mike Trace, Président du conseil d’administration de l’OEDT :

“les programmes nationaux de prévention de la drogue doivent se concentrer sur le développement des compétences personnelles et sociales afin de permettre à l’individu de faire face aux conflits et aux pressions de l’entourage et d’éveiller le sens critique.”

Éveiller le sens critique, développer le libre arbitre.

Deux notions incontournables qui partent du constat que, inévitablement, l’individu sera confronté à un moment donné à la prise de drogue et qu’il faut qu’il ait toutes les clés de savoir et de compréhension en main pour adopter la meilleure posture.

En d’autres termes et pour reprendre une image souvent utilisée par les acteurs de prévention, l’idée est de se dire:

"si une famille habite une maison au bord de l'océan, pour éviter que les enfants ne se noient plutôt que de bâtir un mur autour de cet océan, ne vaut-il pas mieux apprendre à ses enfants à nager ?".

2. Quelle mise en oeuvre de la prévention?

Selon l’OEDT, la clé du succès passe par la prise en compte de 4 éléments dans la pratique préventive:

La valorisation des compétences personnelles. C’est à dire la prise de décision, la capacité à affronter les problèmes et la définition d’objectifs individuels.

La valorisation des compétences sociales. C’est à dire l’assurance, la résistance à la pression de l’entourage.

La valorisation des connaissances. A la fois sur les drogues et sur les conséquences de leurs consommation.

Le questionnement des attitudes. Notamment la remise en cause des idées reçues à propos de l’usage de drogues avec les pairs.

Quel qu’il soit, le système de prévention doit répondre à la multiplicité des motifs de consommation et donc doit adopter une stratégie multiple d'interventions.

- Les jeunes ne consomment pas les produits psychotropes uniquement parce que ces produits sont disponibles, d'où la faiblesse des programmes axés uniquement sur la nécessité d'abstinence ou de "savoir dire non".
- Ni parce qu'ils sont mal informés, d'où la faiblesse des programmes axés uniquement sur la présentation des produits particuliers et de leur potentiel de toxicité.
- Ni encore parce qu'ils ont des problèmes, d'où la faiblesse des programmes axés uniquement sur la perception des jeunes consommateurs comme des jeunes à problèmes.

“Les consommations de psychotropes, licites et illicites, relèvent des interactions entre la personne, le produit et l'environnement et ce rapport s'inscrit dans des modèles socioculturels”2

Il importe alors dans l'élaboration d'un projet de prévention pour les jeunes de présenter les modèles socioculturels de consommation, de discuter de l'ensemble des motivations à consommer et d'échanger sur les différents usages des produits, licites et illicites, que les jeunes seront le plus susceptibles d'expérimenter.

La démarche en matière de consommations de psychotropes doit s'inscrire, je l’ai déjà dit, dans un discours global de promotion de la santé et non pas être isolée dans une problématique à part.

Cela permet d'intégrer cette approche très tôt dans la vie des jeunes et non après qu'ils aient déjà acquis des habitudes de consommations plus ou moins adéquates pour leur bien-être.

Cela permet également de s'inscrire dans une démarche de dialogue avec les jeunes sur ce qui les aide à vivre, leur estime de soi et leur qualité de vie.

Les adultes qui entourent les jeunes sont les "messagers" les plus crédible de cette prévention.

Il importe donc de les sensibiliser à l'importance de ce rôle et de leur donner les moyens de l'assumer.

Ainsi le rôle des intervenants spécialisés en prévention est d'aider les individus qui apportent au quotidien leur contribution dans ce domaine :

• en les informant sur ces questions particulières de drogues, de leurs usages, des risques, etc.
• en les aidant à mieux comprendre, écouter et accompagner l’individu qui est en demande.
• en les aidant pour qu'ils soient mieux à même de gérer, dans les limites du raisonnable, les situations problématiques qui se présentent à eux.

Face à un phénomène aussi vaste et complexe que sont les usages de drogues, tous les secteurs de la société sont concernés: la famille, l'enseignement, l'aide à la jeunesse, la santé, le monde des loisirs, les communes, etc.

“Il importe alors que chacun, de sa place et à sa place, s’investisse dans la compréhension des phénomènes d’usages de produits psycho actifs et contribue à l'éducation et à la prévention : en écoutant les jeunes, en étant un point de repère pour eux, en les conseillant, en les soutenant, etc.”

Il est nécessaire que les jeunes puissent s'appuyer et se sentir soutenus par des adultes qu'ils connaissent, là où ils sont, et en qui ils ont confiance.

Et ce, avec la conscience que son rôle n'est pas seulement de transmettre un savoir, mais aussi, de donner aux jeunes les meilleures chances de devenir des adultes autonomes, critiques et responsables.

Ainsi, pour tous les adultes qui participent à l’épanouissement personnel de l’adolescent la prévention pourrait se définir comme une relation d'accompagnement qui vise à susciter, faciliter, encourager le choix libre et éclairé d'un comportement toujours à adapter.

C’est promouvoir plutôt que contraindre.

 

Synthèse des discussions du Groupe de Travail 1 (Richard Ives, educari, Royaume-Uni)

Richard Ives fait au Groupe un exposé introductif. Il « plante le décor » en exposant trois visions contrastées de la famille qui ont cours parmi les professionnels de la prévention en matière de drogue. La famille est parfois perçue comme un problème, notamment lorsque les parents sont des usagers de drogue, d’anciens usagers de drogue ou des défenseurs de l’usage de drogue, ou bien lorsqu’ils donnent le mauvais exemple par leur usage d’alcool et de tabac. Elle peut être perçue aussi comme un obstacle. Tel est le cas lorsque les parents font montre d’un des comportements susmentionnés, ou – à titre d’exemple – lorsqu’ils refusent qu’on éduque leurs enfants au sujet de la drogue ou ne soutiennent pas l’éducation prodiguée à cet égard par l’école. Parfois aussi, ils nient que leur enfant prenne de la drogue ; ou bien, s’ils l’admettent, ils en rejettent la responsabilité sur des tiers.

Sous un angle plus positif, la famille est perçue comme une partie de la solution, et les éducateurs collaborent avec elle afin de promouvoir la prévention : par exemple, l’école peut informer les parents de son programme d’éducation relatif à la drogue ou même les inviter à ses cours portant sur ce thème ; quant aux travailleurs de la prévention, ils veillent à ce que les parents soient informés sur la question ou leur donnent des conseils pour dialoguer avec leurs enfants à ce sujet ; ou bien encore, ils organisent des activités auxquelles participent parents et enfants.

Olga Fedorova et Alex Chingin informent ensuite les participants sur un Projet que le Groupe Pompidou réalise en Russie et qui a trait à une série de soutiens aux familles. Ce projet a pour atouts l’attention accordée aux capacités et besoins locaux des trois régions de Russie où il est réalisé, ainsi que la formation et l’appui donnés aux « acteurs-clés » locaux prenant part à sa réalisation. Il se caractérise essentiellement par l’étude approfondie de diverses méthodes de soutien aux familles dans les trois régions concernées, notamment l’expérimentation de nouvelles technologies. Dans les régions de Tcheliabinsk et Kourgan, il consiste actuellement à soutenir des groupes d’auto-assistance pour parents ; dans la région de Kourgan, il a consisté à organiser une « Journée amicale des familles » à laquelle ont pris part des parents et leurs enfants travaillant ensemble à des activités de prévention de la drogue ; dans la région de Hanti-Mansisk, enfin, il a consisté à créer un site Internet pour les parents et les professionnels. (On trouvera des précisions concernant ce projet sur le site www.narkohelp.net).

Au cours de la discussion qui s’ensuit, le Groupe examine de nombreux aspects différents de la famille à l’ère de la mondialisation. La vie de famille subit un rapide changement. Parmi les exemples donnés figurent la réduction de la taille des familles, le déclin des familles nombreuses, l’accroissement du nombre de mères qui travaillent et celui du nombre de familles qui se retrouvent séparées, non pas uniquement par une rupture des liens matrimoniaux, mais aussi par la mobilité de l’emploi, la migration temporaire et d’autres facteurs encore.

La plupart des familles ont assez de ressort pour relever ces nouveaux défis. Par exemple, des familles séparées se servent, pour rester en contact, de nouvelles technologies telles que la messagerie instantanée. Il ne semble pas y avoir de réduction générale de la qualité de la vie de famille ; les participants soulignent qu’il existe divers moyens d’y ménager du « temps de qualité » ; l’un d’eux déclare que cela ne nécessite pas forcément des événements spéciaux, mais qu’il suffit de « vivre ensemble et de rire ensemble ».

Les familles ne vivent pas en apesanteur. Elles subissent l’influence de la communauté où elles se trouvent et de son contexte sociopolitique, y compris l’état de l’économie, la qualité de l’éducation et le rôle des médias. Il faut tenir compte aussi des valeurs, de la mesure dans laquelle elles sont partagées et de la manière dont d’autres valeurs sont tolérées ou même saluées.

Certaines familles ont besoin d’aide pour s’adapter à ces changements. L’aide et le soutien requis varient en fonction des cultures et des sous-cultures. Si les formes classiques d’aide et de soutien professionnels restent valables, des méthodes nouvelles et novatrices (par exemple, l’usage de l’Internet) apparaissent, qui sont à encourager.

L’exposé de Fernando Mendes (Portugal) a pour effet d’animer une partie du débat. Il cite Jean Bergeret : « Une méthode de prévention n’a rien de magique, mais les gens veulent qu’on tire quelque chose de la boîte magique pour résoudre leurs problèmes ». Il signale que les activités de prévention exigent du travail durant une certaine période et que les activités de prévention doivent être ancrées dans une série de dispositifs. La prévention doit être un processus continu et cohérent, intégré à la culture et à la dynamique familiales, et elle doit commencer avant que l’enfant n’atteigne atteint l’adolescence. Certains membres du Groupe Pompidou soutiennent l’appel que l’orateur lance à ce dernier pour l’organisation d’une conférence sur la prévention et les interventions au niveau de la famille.

Le Groupe s’intéresse à l’identification des familles ayant besoin d’un soutien : comment cibler au mieux les familles à risque ? On discute des méthodes permettant d’atteindre de tels groupes. On souligne la nécessité de s’occuper des familles dans une large optique axée principalement sur le souci de la santé, car en règle générale, il n’est guère indiqué d’envisager la prévention de la toxicomanie sous un angle étroit.

Dans son exposé, Olivier Ferreira (France) signale que les jeunes ne prennent pas de la drogue au seul motif qu’« elle est là » ou parce qu’ils ne sont pas assez informés à son sujet, ou simplement à cause de leurs problèmes ; toute une série de raisons complexes et entremêlées peuvent pousser quelqu’un à développer un problème de drogue, et l’on doit y réagir en tenant compte de cette complexité. Un modèle d’usage de drogue qui s’impose fréquemment repose sur l’idée qu’un jeune prend de la drogue parce qu’il lui manque quelque chose, mais il importe de promouvoir un point de vue plus positif, car la solution ne réside pas dans une approche négative et protectrice ; mieux vaut donc dire aux parents : « Si l’eau monte, au lieu de construire un mur autour de votre maison, apprenez à vos enfants à nager ». L’émancipation des jeunes a toutes les chances d’être plus efficace que leur protection et la restriction de leur liberté.

Conclusions

    · Sous ses différentes formes, la famille demeure une institution sociale déterminante pour l’éducation des enfants.

    · Les familles sont donc une cible importante des activités de prévention de la toxicomanie, mais celles-ci ne doivent pas être étroitement ciblées sur les drogues ; il est préférable qu’elles visent à soutenir les aspects positifs de la vie de famille, en particulier le développement de valeurs familiales partagées et la promotion d’attitudes positives en matière de santé.

    · En général, les familles réussissent à faire face et à s’adapter aux grands changements qui affectent la société. De nouvelles formes de vie familiale apparaissent, que les professionnels de la prévention de la toxicomanie et d’autres spécialistes peuvent aider à renforcer leurs protections. Certaines familles ont besoin d’un surcroît de conseils, d’aide et de soutien, mais il peut s’avérer difficile de les identifier et de leur prêter l’appui dont elles ont besoin.

    · La collaboration avec les familles, telle qu’elle est conduite « classiquement » par des professionnels, demeure un mode d’action valable, mais doté de ressources insuffisantes. De nouvelles formes d’intervention auprès des familles – via l’Internet, par exemple – apparaissent, qui semblent utiles et demandent donc à être étudiées plus avant.

    · Le Groupe Pompidou devrait envisager d’organiser et de soutenir une conférence sur le thème de la prévention et du traitement au niveau de la famille.

Signaux

    · Les familles ont un rôle crucial à jouer dans la prévention de la toxicomanie.

    · La plupart des familles réussissent à faire face aux changements sociétaux, mais ont besoin de conseils, d’aide ou de soutien.

    · Lorsque des familles ont besoin d’un soutien, celui-ci doit commencer le plus tôt possible.

    · Il est difficile de cibler les familles ayant le plus besoin d’aide et de soutien, et leur identification précoce représente un problème crucial.

    · L’école est un point de départ obligé du soutien aux familles, mais son rôle varie selon les cultures, et elle n’est pas en contact avec certaines des familles posant le plus problème.

    · La collaboration avec les familles revêt bien des formes et varie en fonction des changements intervenus dans la vie familiale.

    · Dans la collaboration avec une famille, il faut que s’établisse un partenariat et que soient reconnues les valeurs et coutumes de cette famille.

    · La collaboration avec les familles en matière de drogue doit se situer dans des contextes plus vastes, par exemple une large approche des questions de santé.

    · Il convient d’étudier et d’encourager de nouvelles formes de collaboration avec les familles.

     

    Groupe de travail 2: L’usage de drogues vu sous l’angle du mode de vie

     

    « 421 Peer Drugs Education Project » (Melvin Bay, Kilkenny City Drugs Initiative, Irlande)

    But et objectifs

    Le projet a pour but de former des élèves de seconde (âgés de quinze ans) afin qu’ils puissent concevoir et dispenser une éducation sur la drogue aux élèves de sixième (âgés de treize ans). L’objectif ainsi visé est d’introduire à l’école l’éducation par les pairs, conçue comme moyen efficace d’éducation relative à la drogue. Cela nous permettra d’atteindre l’objectif ultime de l’opération, qui est d’éduquer les jeunes au sujet de l’usage de drogue et des pièges qu’il recèle pour rendre les intéressés mieux à même d’éviter ceux-ci.

    Résumé du projet

    En 2003, un aumônier scolaire de Kilkenny préconisa la création d’un programme d’éducation sur la drogue par les pairs dans les écoles locales, car le programme que celles-ci appliquaient en la matière (« Éducation sociale, personnelle et sanitaire ») s’était révélé inefficace en bien des endroits.

    Deux travailleurs spécialisés, issus respectivement d’un service local de jeunesse et de l’équipe spécialisée de la Direction des services sanitaires, s’entendirent pour élaborer un programme. Après maintes réflexions et beaucoup de travail, ils créèrent le « All Stars Peer Drugs Education Programme ». Il fut convenu que la réalisation de ce programme s’étendrait sur une période de deux ans.

    L’idée était qu’un groupe d’élèves de seconde (appelés animateurs) soient formés pour devenir éducateurs sur la drogue par les pairs. Cela devait prendre huit semaines, à raison d’une session par semaine.

    Session 1 Introduction
    Session 2 Attitudes vis-à-vis du mésusage des substances
    Session 3 Faits relatifs à la drogue
    Session 4 Signes et symptômes
    Session 5 Schémas de l’usage de drogue
    Session 6 Compétences requises pour pratiquer l’éducation par les pairs
    Session 7 Élaboration d’un programme
    Session 8 Exposé des animateurs

    (pour plus de détails sur chaque session, voir les documents d’accompagnement)

    Les élèves de seconde (appelés animateurs) élaborent ensuite leur propre programme d’éducation sur la drogue par les pairs, d’une durée de six semaines, et dispensent cette éducation à toute la classe de sixième de leur école. Puis, ils travaillent par deux, chacun parlant devant une moitié de la classe (soit une quinzaine d’élèves de sixième).

    Au début de l’année scolaire suivante, les élèves de seconde, qui sont passés en première entre-temps, assurent la formation d’un groupe de nouveaux élèves de seconde durant une période de huit semaines. Puis, à leur tour, les nouveaux élèves de seconde élaborent un programme d’éducation sur la drogue par les pairs d’une durée de six semaines et dispensent cette éducation aux nouveaux élèves de sixième. Et ainsi de suite. Le programme est censé être cyclique (voir diagramme dans les documents d’accompagnement, 421 Starter Manual, page 5) et permettre à chaque nouvel élève de l’école de recevoir une bonne éducation sur la drogue. Au bout de quatre ans, les élèves de sixième du premier groupe ayant reçu cette éducation auront à leur tour la possibilité, une fois passés en seconde, d’éduquer de la même manière leurs camarades de sixième.

    Dans chaque école, un membre du personnel enseignant est chargé de coordonner le programme. Il a pour rôle de travailler avec les élèves de seconde en leur donnant au besoin une aide relative à des questions telles que la réservation d’une salle de classe, les équipements (ordinateurs, photocopieuses, imprimantes et autres), les relations avec les autres membres du personnel enseignant, etc.

    Le premier établissement à avoir mis cette idée en pratique fut l’école de garçons de la ville de Kilkenny. Douze élèves de seconde y prirent part et dispensèrent, en tant que pairs, une éducation sur la drogue à environ 120 élèves de sixième. L’évaluation devait démontrer que cette opération avait été un succès la première année.

    La deuxième année, il fut décidé d’appliquer l’idée en question dans deux autres établissements. L’un était l’école de filles de Kilkenny, l’autre une école mixte du comté rural de Kilkenny.

    Ces deux nouveaux établissements appliquèrent ladite méthode et enregistrèrent le même succès que le premier. Les mêmes nombres d’élèves de seconde et sixième y prirent part. C’est ainsi que la deuxième année, à peu près trente-six élèves de seconde s’adressèrent à environ 360 élèves de sixième. Des problèmes se posèrent cependant dans la première école de garçons concernée, lorsque les anciens élèves de seconde formèrent les nouveaux élèves de seconde. Il y eut aussi des complications du fait d’un changement de personnel enseignant à cause duquel les élèves de seconde ne reçurent pas tout le soutien escompté.

    En raison de cela, et aussi des difficultés rencontrées dans toutes les écoles concernées, il fut décidé de donner la préférence à une formation bloquée. Au lieu que les élèves de seconde soient formées en huit semaines par des travailleurs spécialisés ou par le précédent groupe d’élèves de seconde, ils devaient maintenant recevoir une formation intensive de trois jours dispensée par des travailleurs spécialisés. Comme auparavant, ils étaient censés élaborer ensuite leur programme d’éducation sur la drogue de six semaines et dispenser cette éducation aux élèves de sixième de leur établissement.

    En novembre 2005, une nouvelle école fut admise dans le projet. Il s’agissait d’un autre établissement mixte de la partie rurale du comté. Les deux écoles citadines et les deux écoles rurales devaient être formées ensemble. Le projet pilote prit alors fin en totalité, et ses résultats furent évalués en décembre 2005. Les élèves de seconde devaient encore élaborer leur propre programme et, six semaines durant, dispenser l’éducation correspondante à leurs pairs de sixième au début de l’année 2006. On espérait qu’en cas d’évaluation positive, le programme serait amélioré, développé et introduit dans d’autres établissements.

    Participation active des jeunes au projet

    Les élèves de seconde reçoivent une formation initiale portant sur la drogue, les services s’occupant d’usage de drogue et autres, l’aptitude à faire un exposé, la prise de parole en public, l’organisation des sessions d’éducation, etc. Puis, ils organisent leurs propres sessions et décident de la manière dont ils vont dispenser l’éducation correspondante à tous les élèves de sixième de leur établissement. Ils sont également encouragés à évaluer les sessions après-coup et à rendre compte de celles-ci au coordinateur de l’établissement, lequel fait rapport ensuite à l’équipe du Projet 421, c’est-à-dire aux travailleurs spécialisés dans la jeunesse et les problèmes de drogue.

     

    Rusfri Dill (Kjetil Vesteraas, Norvège)

    Introduction

    Pourquoi ne pas boire ? Pourquoi ne pas prendre de drogue ? Nous pourrions répondre en énumérant les effets négatifs, en soulignant le danger pour la santé, le prix, l’absence de contrôle, les aspects juridiques etc. Mais tous ces arguments tomberont à l’eau s’ils vont à l’encontre de ce qu’est notre interlocuteur, de son identité, son style de vie. Le débat sur la drogue et l’alcool n’est pas seulement une histoire de faits et de connaissances. Il tient surtout à l’identité et au mode de vie, car ce sont ces éléments qui font que l’alcool ou la drogue ont un sens pour quelqu’un. Si le facteur décisif était la composition du produit ou l’état actuel de la recherche, aucune personne saine d’esprit ne se mettrait à boire. C’est un choix que les jeunes font à l’âge où ils décident qui ils veulent être. Nous devons viser à ce que le choix de vivre sans alcool ni drogue ne soit pas le choix de ne pas faire, mais celui de faire. On ne renonce à rien : on choisit autre chose. Cette idée n’est pas révolutionnaire, mais c’est elle qui forme la clé de voûte du projet Rusfri Diil, en Norvège, que je vais vous présenter brièvement.

    Qui sommes-nous et quelles sont nos actions ? (Présence, champ d’action, stratégie)

      · Rusfri Diil est un projet associatif norvégien visant à prévenir l’abus de drogue et d’alcool.

      · Il est indépendant de toute religion et parti politique.

      · Rusfri Diil est mené par Juvente (organisation gestionnaire) en coopération avec Blå Kors Ungdom (Croix Bleue jeunesse) et MA-Ungdom (une association de conseils aux jeunes conducteurs). Le projet est donc entièrement porté par des organisations de jeunesse, si bien que les jeunes y sont étroitement associés d’un point de vue administratif. Encouragé par le gouvernement, il est à but non lucratif et financé par la Direction de la Santé et des Affaires sociales.

    Le programme compte environ 12 000 membres. Plus de 55 000 jeunes ont signé notre « pacte » (diil) à ce jour. Nous avons deux salariés (âgés de 29 et 22 ans), plus de jeunes bénévoles et des partenaires locaux.

    Rusfri Diil est orienté vers la prévention primaire. Sa principale stratégie consiste à renforcer le sentiment de rejet déjà existant chez les jeunes envers la drogue ou l’alcool afin d’éviter que plus tard, la drogue ne fasse partie de leur quotidien. Notre but n’est donc pas de réduire la demande ou la consommation. Nous choisissons d’intervenir auprès des jeunes de 13 ans, car en général (en Norvège, du moins), ils ne boivent pas mais arrivent à un âge où ils pourraient bientôt commencer. Ils ont une mauvaise image de l’alcool, mais ce dernier fait partie des nouvelles réalités qu’ils vont rencontrer à l’école.

    Nos membres

    Environ 70 % de nos membres sont des filles. Bien que Rusfri Diil ne cible pas spécifiquement les jeunes à risques, il semble qu’en étant le plus ouvert possible et en s’adressant à un très large public, notre projet attire une proportion importante de jeunes issus de minorités ethniques. En quelque sorte, nous suivons les tendances de la consommation de drogue et d’alcool chez les jeunes en Norvège, puisque les filles et les jeunes appartenant à des minorités ethniques sont les deux groupes où la consommation augmente le plus. Leur façon de consommer de l’alcool se rapproche de plus en plus de celle des Norvégiens de souche de sexe masculin.

    Qui sommes-nous ? DESCRIPTION DU PROJET

    Objectifs : - Objectif principal : retarder la première prise d’alcool et autres drogues

            - atténuer les attentes positives au regard des drogues et de l’alcool
            - renforcer les normes sociales favorables à un mode de vie sans drogue
            - conforter les jeunes dans leur choix de ne pas consommer de drogue ni d’alcool
            - encourager les jeunes à rester fidèles à ce choix et à s’y identifier
            - leur transmettre des informations sur l’alcool et la drogue et sur leurs effets.

    Les recherches montrent qu’il existe une très forte corrélation entre l’âge de la première consommation d’alcool et de drogue et la consommation ultérieure. Devant cette corrélation étonnamment élevée, certains chercheurs avancent que ce facteur pourrait même expliquer la consommation à l’âge adulte. C’est pourquoi nous cherchons à repousser l’âge de la première consommation : il s’agit d’une stratégie de prévention efficace (si elle est bien menée).

    Rusfri Diil vise les jeunes de 13 à 18 ans, et plus particulièrement de 13 à 16 ans. Notre but principal est de retarder la première prise de drogue ou d’alcool en renforçant la mauvaise image que les jeunes ont déjà de ces substances, tout en leur apportant un soutien social et affectif et en leur fournissant des informations pour les encourager à garder leurs distances avec ces produits pendant toute l’adolescence.

    L’âge de la première consommation d’alcool en Norvège est d’environ 14 ans et demi. Cependant, très de peu de jeunes commencent à boire avant 13 ans. La plupart des moins de 13 ans ont une mauvaise opinion de la drogue. De plus, certaines données montrent que l’une de leurs peurs à l’entrée au collège est de ne pas savoir résister aux pressions des camarades qui cherchent à leur faire essayer l’alcool ou la cigarette.

    Rusfri Diil travaille à renforcer cette opinion négative sur les drogues et l’alcool afin de la faire perdurer, de préférence pendant toute l’adolescence et au-delà. Le projet en lui-même n’a pas pour but que les participants s’abstiennent totalement de boire une fois devenus adultes. Mais si c’est le cas, c’est bien sûr une bonne nouvelle pour nous !

    Quelles sont nos actions ? STRUCTURE

    Rusfri Diil aborde la prévention de l’abus de drogue et d’alcool sous de multiples angles. Il englobe plusieurs fonctions et activités différentes. Très souple par sa structure, il est organisé autour du « pacte » (le diil). Les autres éléments sont définis en fonction de la stratégie du projet et peuvent être supprimés, remplacés ou modifiés selon les informations disponibles. Je présenterai brièvement les éléments qui constituent Rusfri Diil à l’heure actuelle.

    La principale composante de Rusfri Diil est un pacte (deal, « diil » comme on l’écrit en norvégien) par lequel un jeune de 13 à 18 ans s’engage à ne consommer ni drogue ni alcool pendant un an. Ce pacte peut être renouvelé chaque année jusqu’à ce que la personne arrive à ses 21 ans.

    Les journaux scolaires sont très populaires en Norvège et jouent depuis longtemps un important rôle d’affirmation de l’identité, en particulier pour les élèves les plus jeunes. Le journal scolaire Rusfri Diil est distribué gratuitement à presque trois quarts de tous les élèves de 8e du pays (qui ont environ 13 ans). Il est rédigé en étroite coopération avec un groupe de jeunes, qui s’occupe aussi bien de sa conception générale que du contenu et de la mise en page. Le journal est donc en lien direct avec les centres d’intérêts des jeunes et malgré son caractère non commercial, il s’est imposé comme un titre viable sur le marché norvégien. Dans le dernier numéro, nous avons commencé à publier une bande dessinée créée en exclusivité pour nous par un auteur de renom. Les retours ont été très positifs. Nous avons aussi mis en ligne cette année un guide du journal destiné aux enseignants, pour qu’ils puissent s’en servir comme support en classe. Cette démarche peut aider à ancrer les jeunes dans leur choix de rester à l’écart de la drogue et de l’alcool. Le prochain numéro va être publié à plus de 50 000 exemplaires, ce qui en fera le plus fort tirage de tous les journaux scolaires norvégiens.

    Rusfri Diil publie son propre magazine "Magazin Big Diil" qui se veut une alternative aux innombrables magazines de jeunesse commerciaux et orientés vers le sexe qu’on trouve sur le marché. Big Diil insiste sur des activités motivantes et sur un mode de vie sain plutôt que sur les effets nocifs de la drogue. Il sort quatre fois par an et nous l’envoyons gratuitement à tous les membres de Rusfri Diil, plus à quelques abonnés payants (bibliothèques, institutions). Les membres de Rusfri Diil y contribuent en proposant idées, articles, messages ou illustrations. La bande dessinée du journal scolaire Rusfri Diil est aussi reprise dans le magazine.

    Le projet a son site Internet, qui a été revu récemment : www.diil.no. Son but est d’offrir à nos membres une interface de mise en réseau en leur permettant de contacter d’autres membres via l’espace privé. Le site a été refondu en concertation avec une équipe de jeunes pour englober aujourd’hui des fonctions de contact, comme des forums et un service de messagerie directe, une galerie de photos en ligne, un blog, des contenus à télécharger, un calendrier d’activités, des articles etc. Un espace jeu est en construction et deux jeux reprenant les personnages de la bande dessinée du journal scolaire sont déjà en place. Le site va encore être retravaillé pour intégrer tous les nouveaux éléments et la nouvelle version sera en ligne avant la rentrée scolaire de cet automne.

    Il existe aussi un système de recrutement, Diil Påints. Nos membres peuvent cumuler des points en faisant adhérer des amis à Rusfri Diil et en participant à des activités, comme des concours. Les points peuvent ensuite être échangés contre différents produits. Le système repose sur l’engagement de nos membres et a trois grands objectifs :

    1) encourager les membres à agir, et donc à s’engager davantage ;
    2) augmenter le nombre de participants (en incitant les membres à recruter des adhérents) ;
    3) renforcer le modèle de communication « entre pairs ».

    Des activités locales sont menées par les différentes branches de Rusfri Diil. Avec d’autres partenaires locaux, elles permettent aux membres de participer à des activités « diil » dans toute la Norvège. Les activités varient en fonction de la situation locale et Rusfri Diil les soutient en apportant des informations et une aide matérielle et financière. Ces actions ne sont pas là que pour « occuper » les participants, mais aussi pour les engager activement dans un environnement social constitué d’autres jeunes qui, comme eux, ne consomment ni drogue ni alcool. Cela confirme encore leur décision, tout en contribuant à normaliser le choix de vivre sans drogue ni alcool.

    Un « week-end Diil » a été organisé fin mars, consistant à offrir toute une série d’activités culturelles à une centaine de jeunes de tout le Sud de la Norvège. Les responsables des groupes étaient des professionnels de différents domaines : direction musicale, danse, théâtre, sport, rap, design de vêtements, techniques oratoires etc.

    Rusfri Diil propose également plusieurs produits exclusifs porteurs de l’identité du projet. Ils sont soit vendus, soit offerts comme prix aux jeunes qui recrutent de nouveaux membres ou gagnent un concours organisé par le magazine ou par le site Internet. Ces produits sont très variés : sacs à dos, T-shirts, porte-clés, bracelets, pin’s, bandeaux réfléchissants, frisbees etc. Tous les produits sont choisis et développés en collaboration avec un groupe de référence composé de jeunes, en plus de « consultations » informelles avec nos internautes. Nous faisons en sorte qu’ils soient assez bon marché et souvent utilisés d’une manière qui les rende visibles.

    Depuis l’automne 2005, Rusfri Diil travaille aussi en partenariat avec l’une des radios les plus importantes de Norvège, Kanal 24. Rusfri Diil propose une émission hebdomadaire, intitulée « Jång » (orthographe norvégienne pour « young »), enregistrée et montée par des membres de RD âgés de 14 à 18 ans. Les thèmes abordés vont des hobbies inhabituels aux différents choix qui se posent aux jeunes, dont celui de consommer ou non de la drogue.

    Rusfri Diil dispose aussi de services de SMS et MMS, utilisés en plus du courrier électronique pour transmettre des informations ou annoncer des concours. Les communications par portable tiennent une place énorme en Norvège et pratiquement tous les jeunes ont un téléphone portable. Cet aspect est en train d’être développé et nous espérons proposer davantage de services d’ici l’automne. Nous essayons par exemple de proposer les fonds d’écran téléchargeables sur notre site dans un format pour téléphone portable.

    Rusfri Diil insiste sur un niveau de qualité élevé dans toutes ses actions pour rendre ces dernières « concurrentielles », autant que possible dans la limite de nos budgets. Les positions que nous défendons sont « difficiles à vendre » et il faut que nous réussissions à séduire notre public, qui est particulièrement exigeant. Cela correspond à ce que nous disent nos jeunes participants (car nous leur demandons leur avis !).

    L’engagement des jeunes

    Rusfri Diil travaille avec les jeunes à plusieurs niveaux. Comme je l’ai dit plus haut, ils sont associés à tous les aspects et à toutes les activités du projet.

    Les jeunes jouent un rôle actif dans les décisions en matière de stratégie, de structure et de fonctionnement. Différents groupes de référence participent au développement et à l’évaluation du projet, ainsi qu’à des aspects plus spécifiques comme la mise au point d’actions ou de produits. En bref, les jeunes décident à la fois de la couleur des T-shirts et de la stratégie du projet.

    Enfin, notre stratégie de communication fait que les jeunes sont associés au volet le plus crucial du projet. La recherche montre que l’opinion des pairs et les valeurs qu’ils défendent sont extrêmement importantes, en particulier pour les jeunes adolescents. Nous avons donc fait de la communication entre pairs notre tout premier outil. Cette stratégie est mise en œuvre de très nombreuses façons : le journal scolaire est distribué aux élèves de 8e par des élèves un peu plus âgés, de 9e et de 10e (pour renforcer l’effet de modèle et contrer le poids des « idées majoritaires »), un système de recrutement a été mis en place (Diil Påints) et des activités sont menées par les jeunes au niveau local.

    Pour finir…

    Il n’est jamais facile, pour un projet de prévention, d’entrer vraiment dans la culture des jeunes. En les associant à tous les aspects de notre projet, même si nous ne pouvons pas devenir nous-mêmes un facteur de construction de leur identité, nous pouvons les aider dans ce sens. La partie n’est pas gagnée, mais nous sommes bien décidés à y arriver.

    Nous pensons qu’il faut prendre au sérieux les efforts des jeunes pour se construire une identité et nous souhaitons les aider à rester fidèles à des décisions dont ils savent qu’elles sont justes. Nous mettons en avant ce qu’ils gagnent, pas ce qu’ils abandonnent. Les jeunes qui choisissent cette attitude profitent plus de leur temps et de leur argent, et ils le savent. Ils ne ratent absolument rien. Beaucoup de nos membres ont construit leur façon de vivre sur ce choix, entre beaucoup d’autres. La drogue et l’alcool ne sont qu’un des éléments. Notre défi est de rendre le bon choix face à la drogue et à l’alcool compatible avec tous les modes de vie possibles. En restant sobre, on ne se ferme aucune porte !

    Comme le dit l’un de nos jeunes : « Si la réponse, c’est boire et se défoncer, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche sérieusement dans la question. »

    Merci de votre attention !

     

    Groupe de travail 3: Drogues et médias

Ulla Jarvi – journaliste médicale, Finlande

La situation telle qu’elle est

En Europe les enfants scolarisés ne vivent pas dans un désert – ils baignent dans les cultures de leurs pays. Même lorsqu’ils boivent de l’alcool, fument et se droguent.

L’ESPAD (Projet d’enquête dans les écoles européennes sur l’alcool et autres drogues) a montré que dans les régions d’Europe où les adultes boivent une quantité d’alcool supérieure à la moyenne, les adolescents le font aussi.

Dans les pays d’Europe occidentale (les Iles britanniques, les Pays-Bas, la Belgique, l’Autriche, Malte) et en République tchèque, il est plus courant de boire fréquemment que dans les pays d’Europe septentrionale.

En Bulgarie, au Danemark, aux Pays-Bas et en Pologne les adolescents boivent en général de la bière alors qu’en Autriche, République tchèque, Grèce, Italie, Malte et Slovénie ils boivent plutôt du vin.

Dans les pays d’Europe occidentale, les élèves s’enivrent plus souvent que ceux des pays méditerranéens.

Les usagers qui consomment fréquemment des drogues vivent principalement en Europe centrale et occidentale, où plus d’un tiers des étudiants ont consommé des drogues illicites. Les pays à haute prévalence sont la République tchèque, la France, l’Irlande, l’Ile de Man, la Suisse et le Royaume-Uni. Les pays à basse prévalence se trouvent aussi bien au nord qu’au sud de l’Europe.

Les statistiques en rapport avec la drogue nous sont bien mieux connues que les raisons pour lesquelles les adolescents (ou les adultes) consomment des drogues illicites.

Il existe très peu de travaux de recherche sur les influences des médias. A mon avis ce n’est pas parce qu’ils ont vu des stupéfiants à la télévision, au cinéma ou sur MTV que les adolescents en consomment.

Mais ils pourraient être entraînés à en consommer s’ils ont de bons amis qui le font – et s’ils ont assez d’argent pour les acheter.

Les films, les vidéos musicales et d’autres médias peuvent fournir des modèles montrant à quel point il est cool de consommer du haschisch ou de la marijuana. Mais le plus souvent, les histoires qu’ils diffusent sur les adolescents qui consomment des stupéfiants sont des histoires tristes.

La situation telle qu’elle pourrait être

Les journaux présentent en général les stupéfiants comme une affaire de police. Les manchettes sont réservées aux trafiquants (quand la police les attrape) et aux décès pour cause de drogue (quand il s’agit d’un jeune).

Le vrai phénomène de la drogue en soi fait rarement les grands titres dans les journaux et magazines sérieux. On n’écrit guère par exemple sur les causes de la consommation de stupéfiants.

Les journaux du soir et les médias à sensation adorent les histoires lamentables de toxicomanes – pour autant que ceux-ci y condamnent leur vie passée (quel enfer j’ai vécu) et promettent d’abandonner la drogue (avec l’aide de Dieu/des parents/de nouveaux amis /des médecins).

La drogue étant illégale dans la plupart des pays d’Europe, les journalistes ont de la peine à traiter ce sujet avec impartialité. Nos informations nous viennent en général de la police et il nous arrive souvent d’écrire sur des affaires arrivées devant les tribunaux. Il est fréquent aussi que les journalistes considèrent les problèmes de drogue comme une question médicale.

Il semble très difficile d’écrire sur les milieux sociaux et les cultures des adolescents.

Il existe une quantité d’autres médias. Les jeunes passent entre cinq et huit heures quotidiennement en compagnie de différentes sortes de médias.

Peut-on voir la consommation de drogue sur les chaînes musicales ?

Dans les feuilletons télévisés, la drogue fait-elle partie de la vie de tous les jours ?

Et les modèles psychologiques ?

A l’époque de ma jeunesse les adultes disaient que tous les artistes de heavy metal consommaient des drogues. Vraiment ?

C’est vrai que beaucoup d’entre eux en sont morts…

Dans le monde de la mode nous voyons des jeunes femmes squelettiques dans les défilés. Beaucoup de mannequins disent qu’elles recourent à la drogue pour rester minces – et capables de travailler jusqu’à la fin de leurs interminables journées.

Combien d’histoires pouvons-nous lire ou voir sur le monde réel des drogues ? Savons-nous où vont vraiment les grosses sommes d’argent ?

Je crois que beaucoup de jeunes considèrent les drogues illicites simplement comme un jeu amusant, excitant, qui leur procure de bons moments. Pourraient-ils changer d’attitude s’ils en savaient davantage sur le commerce dans son ensemble, le commerce d’êtres humains et la violence qui entourent les drogues ?

En tout cas, des histoires pour effrayer les jeunes ne sont pas la bonne manière de leur parler des drogues. L’information, les faits réels sont la seule solution. Mais comment faire passer le message à ceux qui ne veulent pas le recevoir ?

Nous avons davantage de questions que de réponses.

 

Oksana Zhukova et Alexey Terekhov - Service fédéral de contrôle des drogues, Fédération de Russie

Le commerce criminel de la drogue et sa conséquence, la narcotisation de la société, sont un problème public mondial. Global, ce problème est aussi multidimensionnel et inclut des aspects médicaux, sociaux, économiques et, bien entendu, policiers. Par ailleurs, il concerne les relations internationales et interdénominationnelles et affecte la formation de subcultures, surtout celles des jeunes.

La narcotisation est devenu un réel problème pour notre pays car la consommation abusive de drogue est proche de l’épidémie. Le trafic illicite et la consommation non médicale de stupéfiants et de substances psychotropes ont amplifié au point de représenter une grave menace pour la santé de la nation, la stabilité sociopolitique et économique et, d’une manière générale, la sécurité de l’Etat.

Selon les données officielles, le nombre de toxicomanes en Russie a augmenté de plus de neuf fois au cours de la dernière décennie. Par rapport à 2005, ce sont maintenant environ 500 000 toxicomanes qui sont enregistrés dans les centres de traitement nationaux et le nombre de consommateurs de drogues se chiffrerait par millions. La diffusion du narcotisme parmi les jeunes est préoccupante : selon les travaux de recherche sociologique, les deux tiers des consommateurs de drogue sont des jeunes de moins de trente ans. La toxicomanie est devenue une calamité qui peut enter dans chaque maison et que personne ne peut abattre seul.

Face à cette terrible menace, les dirigeants de notre pays ont pris en mars 2003 la décision de créer une institution spécialisée pour contrer cette agression – le Service fédéral de la Fédération russe pour le contrôle de la drogue (FDCS).

L’une des directions prioritaires de la politique de l’Etat conduite par le FDCS de la Fédération russe dans le domaine du contrôle du trafic de stupéfiants et de substances psychotropes est de prévenir la toxicomanie et les délits en relations avec la drogue en coordonnant les activités menées par les autorités exécutives fédérales, les autorités exécutives des constituants de la Fédération, les associations publiques et les mass media.
Le lancement de cette action de prévention de la consommation illégale et du trafic de drogues a pour but de créer un système d’interaction interdépartementale pour identifier les raisons et les conditions de la diffusion de la toxicomanie et du développement des délits en relation avec la drogue, les contenir et les éliminer, développer des mesures efficaces pour réduire la demande de stupéfiants et de substances psychotropes et susciter une attitude négative de la société face à la consommation illégale et au trafic de stupéfiants et de substances psychotropes.

Depuis 2005, le FDCS de la Fédération russe a coordonné la réalisation du programme cible fédéral intitulé « Ensemble de mesures de lutte contre l’abus et le trafic de drogue pour la période 2005-2009 » (ci-après désigné comme le programme). Ce programme prévoit des actions visant à la prévention de la diffusion de la toxicomanie y compris parmi les mineurs. Les méthodes du programme permettent d’unifier les efforts de l’Etat, des organisations non gouvernementales et des institutions qui se proposent de réduire le niveau de narcotisation de la population.

En 2010, selon nos prévisions, le programme devrait avoir touché par son action préventive quelque 25 % des adolescents et des jeunes âgés de 11 à 24 ans.

Pour diriger le programme, une commission gouvernementale est actuellement en cours de formation ; ses membres seront des dirigeants de toutes les autorités fédérales exécutives impliquées dans l’exécution de ce programme.

D’autres programmes régionaux appropriés à cette lutte contre les stupéfiants sont actuellement développés et mis en œuvre dans les constituants de la Fédération russe.

Un mécanisme efficace de solution du problème pour l’organisation des interactions interdépartementales dans le domaine de la prévention de la consommation illégale et du trafic de drogues est aussi fourni par les commissions interdépartementales, établies avec les plénipotentiaires du Président de la Fédération russe dans les districts fédéraux, dans les constituants de la Fédération russe ainsi que dans les grandes administrations locales. Les directeurs des autorités législatives et exécutives, les organismes chargés de l’application de la loi, les services sociaux, les institutions de santé publique, les établissements d’enseignement, les représentants des mass media, les organisations publiques et les églises font parties de telles commissions.

La formation d’un système de prévention de la consommation illégale de drogues est actuellement en cours en Russie, basé sur le programme cible fédéral et les programmes cible de lutte contre les stupéfiants des constituants de la Fédération russe et des autorités locales.

Les actions de prévention suivantes peuvent être citées en exemple. Le programme intitulé « Les enfants sont le fonds de prévoyance de la Fédération russe », lancé en 2005, se déroule avec succès : des activités récréatives d’été et d’hiver pour les enfants faisant partie de groupes à risque sont organisées, en collaboration avec les organismes de protection sociale, dans le cadre de camps de sport pour enfants et jeunes gens.

Durant ces activités récréatives, les enfants participent à un jeu de rôle censé réorienter leur perception du monde. Au cours de ce jeu, les enfants se voient offrir la possibilité de prendre la place de policiers luttant contre la délinquance liée à la drogue dans le but de leur faire découvrir les avantages de vivre dans une société où la loi est appliquée et où règnent l’ordre et la discipline contrastant avec leurs antécédents criminels.

De plus, pendant le temps consacré au repos, ces enfants sont soumis à une série d’actions de prévention visant au rétablissement de leur santé, à leur développement physique et moral, ainsi qu’à celui d’une perception négative du mode de vie associé à la consommation de drogues et d’alcool. De tels camps de sport pour enfants et jeunes gens sont mis sur pied dans tous les districts fédéraux. En été 2006 leurs activités récréatives seront suivies par plus de 5 000 enfants et adolescents. (Diapositives).

Un concours d’œuvres réalisées par les enfants et les jeunes, dans le domaine de la prévention de la toxicomanie, est organisé annuellement en coopération avec le ministère de l’Education et de la Science de la Fédération russe. Les auteurs des meilleurs dessins, posters, poèmes et travaux scientifiques sont récompensés par des prix au nom du FDCS de la Fédération russe. (Diapositive).

L’action annuelle « École sans drogues », qui a débuté en avril 2005, est organisée dans le cadre de l’Action de lutte contre la drogue sur tout le territoire russe dans les écoles et les établissements d’enseignement spécialisés secondaires et supérieurs de la Fédération russe. L’examen des données de l’action de 2005 nous permet d’affirmer l’efficacité de telles actions : les enfants jouent un rôle actif dans des activités de prévention qui leur donnent une occasion enrichissante de s’exprimer et de comprendre leur importance dans la société et leur permettront d’acquérir une attitude active envers la vie ; un comportement jugé responsable étant en effet une condition préalable à l’immunité psychologique aux phénomènes sociaux nuisibles.

A l’initiative de mouvements de jeunesse et d’experts en matière de prévention de la toxicomanie, un travail d’information sur les stupéfiants et de rencontres a été mis sur pied dans les différentes régions, qui recourt à diverses structures, méthodes et moyens pour montrer la nocivité pour la santé de la consommation non médicale de stupéfiants et de substances psychotropes. Les projets les plus importants qu’il met en œuvre sont le programme « La région Baïkal contre les drogues » et le programme social global de prévention active de la toxicomanie et de désintoxication de la jeunesse par le sport et un mode de vie sain, réalisé par l’organisation publique Alternative (les moyens mis en pratique dans ce projet sont des clips vidéo et de la publicité électronique et sur les habits (Diapositives).

Des projets spéciaux de théâtre amateur visant à mettre en évidence les maux causés par la consommation illégale de drogues et à stimuler la motivation des jeunes à adopter un mode de vie sain ont également été créés dans le pays. Citons par exemple la troupe de théâtre « Poupées et Personnes », qui donne dans les écoles un programme intitulé « Inoculation contre les drogues », et l’exposition de figures de cire « Au bord du gouffre » qui s’inspire de la vie réelle de toxicomanes et met en garde les enfants et adolescents contre la consommation illégale de drogue (illustration).

Divers mouvements de jeunesse jouent un rôle crucial dans la prévention de la toxicomanie ; ils aident à créer un environnement d’intolérance publique à la consommation de drogues en luttant contre le trafic illicite, en propageant l’idée d’un mode de vie sain et en organisant les loisirs de la jeunesse. Un autre mouvement mérite qu’on lui accorde de l’attention, celui de volontaires utilisant des techniques de pédagogie « de rue » selon le principe de l’entraide entre jeunes. Le développement de ce mouvement est l’un des objectifs de prévention de la toxicomanie parmi les jeunes.

Merci de votre attention.

 

Groupe de travail 4: Perception des drogues dans différents groupes sociaux

« Impliquer les jeunes dans la prévention de la toxicomanie : un modèle de ressource sociale » (Colin Cripps, In-volve, Royaume-Uni)

Lorsqu’on envisage d’impliquer les jeunes dans la prévention de la toxicomanie, il convient d’abord de se demander pourquoi. Est-ce parce que cela nous paraît être fondamentalement une bonne chose ou parce que nous pensons que c’est une démarche démocratique ? Ou encore, parce que nous sentons que la prévention sans les jeunes est vouée à l’échec et que ce sont eux qui détiennent la clé de la réussite ?

Ces questions émanent d’une personne qui dirige des services destinés aux jeunes et dans lesquels les jeunes apportent leur concours à divers niveaux. Je viens d’un pays dont le gouvernement a intégré la participation des jeunes dans sa politique nationale relative aux services qui leur sont destinés. Je suis attaché à cette participation sur le plan des principes et sur le plan pratique, tout en admettant qu’il ne faut pas y voir la solution miracle, une réponse facile qui nous mettra automatiquement l’action de prévention sur la bonne voie – bien évidemment, la réalité est plus complexe.

Le premier facteur qui vient compliquer la situation est qu’il n’existe pas vraiment de culture de la jeunesse, mais des subcultures connexes ou contradictoires. L’intérêt de travailler avec les jeunes est qu’ils peuvent nous aider à être attentifs et à comprendre les fondements de ces subcultures. L’écoute et la compréhension sont donc mon point de départ. En effet, il nous est impossible de communiquer avec des personnes que nous ne comprenons pas.

Notre problématique se résume ainsi : à quels jeunes devons-nous nous adresser pour mieux comprendre ? Comment choisir et recruter ceux qui permettront de mener à bien ce dialogue ? Les jeunes élus aux conseils d’établissement sont probablement capables d’apporter leur concours dans le domaine scolaire, mais ne nous aideront probablement pas à comprendre le problème de la toxicomanie du point de vue des minorités ethniques qui vivent dans les grands ensembles de banlieue. Lorsque nous créons des comités de jeunesse suivant les conceptions traditionnelles, nous attirons généralement des jeunes qui sont motivés, socialement intégrés et qui n’ont jamais commis de délit ni vraiment consommé de drogue. Ils ne peuvent donc nous donner qu’une idée limitée de la situation. La structure même des « comités » de jeunesse met des barrières entre nous et ceux que nous voulons atteindre, parce que ce n’est pas dans ce genre de structure que les jeunes sont les plus communicatifs et les plus inventifs. Les parlements de la jeunesse sont très vite peuplés de jeunes politiciens.

Nous devons penser à des façons moins formelles, plus souples et accommodantes d’impliquer les jeunes. La difficulté que cette approche pose à des professionnels du secteur public est qu’ils sont censés s’appuyer sur des vérités empiriques. Comment prouver que les jeunes auxquels nous nous adressons reflètent les points de vue de groupes spécifiques et comment démontrer cela quantitativement ? Nos méthodes de recherche quasi-scientifiques sont souvent trop rigides pour analyser une situation en perpétuel mouvement.

Laissez-moi vous donner un exemple. Au début des années 90, mon organisation travaillait avec de jeunes bénévoles des minorités ethniques de l’est londonien. A l’époque, les jeunes afro-caribéens et les jeunes asiatiques partageaient essentiellement la même subculture, fondée sur la musique des Caraïbes comme le reggae et la mode vestimentaire associée, la défense de la légalisation du cannabis et la généralisation de sa consommation, une attitude calquée sur la disposition traditionnelle des Blancs de l’est londonien à l’égard de la petite délinquance et une vision des femmes, au moins en apparence, basée sur l’hédonisme.

En moins de six mois, tous ces jeunes gens, quelle que soit leur origine ethnique, avaient découvert l’islam, portaient des vêtements musulmans traditionnels, rejetaient toute consommation de drogues et avaient une attitude totalement différente envers les femmes. Toute recherche menée six mois plus tôt aurait été vide de sens et les initiatives s’appuyant sur une telle étude formelle, inadaptées.

Il importe donc d’identifier les nombreux fragments connexes qui composent la culture des jeunes et d’adopter des stratégies souples pour y accéder. Abandonnons d’abord l’idée que les relations entre les pairs se fondent uniquement sur l’âge. Nos pairs sont ceux avec qui nous partageons les mêmes centres d’intérêt et les mêmes activités, qui sont peut-être issus d’un milieu et d’une culture similaires et que nous identifions comme étant nos semblables. Les recherches que nous avons menées sur ce que les jeunes pensent des actions éducatives en matière de toxicomanie (en l’occurrence, à la fin des années 80 et au début des années 90), nous ont permis de constater qu’ils ne tiennent compte que des messages transmis par des personnes jugées crédibles.

Cette crédibilité ne repose pas seulement sur l’âge. Dans l’ensemble, les jeunes n’ajoutent pas foi aux propos des gens de leur âge sur la drogue, parce qu’ils ne croient pas que ceux-ci en sachent davantage qu’eux-mêmes. Ils se fient plutôt à ceux qui ont quelques années de plus. S’il est vrai qu’au-delà d’un certain âge leurs interlocuteurs leur paraissent trop coupés des jeunes pour savoir quoi que ce soit sur la drogue, au moins dans le contexte actuel, et sont donc perçus comme des moralisateurs, la crédibilité dépend de plusieurs autres facteurs. En particulier, il est préférable que la personne qui parle de drogue en ait consommé à un moment donné, surtout lorsqu’elle s’adresse à de jeunes toxicomanes. Pour ces derniers, seuls les propos de ceux qui ont eux-mêmes consommé de la drogue présentent un intérêt.

En outre, pour être crédible, l’intervenant doit avoir étudié le sujet en profondeur et donner l’impression d’être une sorte d’expert. Travailler pour un organisme reconnu par tous, lui-même considéré comme fiable et adapté aux besoins des jeunes est un plus, de même que connaître la zone concernée et savoir ce qui se passe dans la rue.

Si ces jeunes peuvent nous faire accéder aux coins reculés de leur subculture, en particulier aux exclus du courant dominant de la société, il faudra déployer beaucoup d’énergie, d’efforts, de compétence et de tolérance pour les trouver et les enrôler.

Les personnes qui travaillent avec des jeunes savent reconnaître les plus influents au sein d’un groupe, qui sont en général les plus rebelles de la société. Les personnes de poids reflètent les valeurs fondamentales de la subculture en question. L’un des desseins de toute subculture est de garder les autres, non adeptes ou aspirant à en faire partie, à distance. Dans tout contact, on peut déceler des milliers de signaux qui témoignent du degré d’intégration de l’intéressé et de sa place au sein du groupe. Les jeunes que nous souhaitons amener à nous aider doivent être au cœur de leur groupe. Mais qu’est-ce que cela peut leur apporter  A jouer notre jeu, n’en sortiront-ils pas perdants 

La recette du succès comprend trois ingrédients essentiels.

Le premier est de veiller à ce que notre jeu ne porte pas de jugement sur leur subculture, mais plutôt qu’il soutienne les individus qui en font partie. Ne nous attendons pas à ce que quiconque nous aide à agiter le doigt en signe de reproche, tant littéralement que métaphoriquement. Même si certains croyaient en cette approche, nous leur rendrions un mauvais service. Les jeunes perdraient toute crédibilité auprès de leurs pairs et du même coup leur intérêt à nos yeux et se trouveraient dans une impasse sociale. Trop de tentatives pour construire des ressources sociales ont fait des victimes inutiles. Nous avons une responsabilité envers les jeunes que nous voulons rallier à notre entreprise.

Le deuxième ingrédient est de leur donner l’envie de participer à des activités divertissantes, comme des ateliers de D.J., de musique assistée par ordinateur, des concours de graffiti, des cours de danse, la réalisation de films. Présentons notre action d’une manière positive et non comme une réponse aux problèmes réels ou potentiels des jeunes. Je ne voudrais pas écouter quelqu’un qui me considère comme un problème.

Le troisième ingrédient est d’identifier ce que les jeunes peuvent retirer de leur participation. Qu’ont-ils à y gagner ? Que pouvons-nous leur offrir qui leur donnera envie de participer à notre action ? Quel est le bénéfice, par exemple, pour un jeune qui vit dans une cité où le chômage atteint des taux record et qui gagne beaucoup d’argent grâce au commerce de la drogue ? De prime abord, cette question n’a pas de réponse.

En réalité, il suffit pourtant de gratter la surface pour savoir quels bénéfices ils retireront de leur coopération. Pour bon nombre d’entre eux, peut-être les plus réfractaires, il s’agit d’appartenir à une famille (sentiment qu’ils peut-être jamais éprouvé auparavant) ; de se sentir accepté, apprécié, écouté ; et de savoir que leur souffrance est comprise et n’est pas considérée comme une faiblesse à exploiter. Ils ont également besoin d’être assurés que nous ne nous engageons pas à court terme et que nous ne les abandonnerons pas dès le premier faux pas ou dès que leurs vieilles habitudes reprendront le dessus. Pour d’autres, il s’agit de sentir qu’ils ont une chance d’avoir un avenir, c’est-à-dire d’apprendre et éventuellement de trouver un emploi. Tous nos programmes doivent proposer une formation aux jeunes. Je reviendrai sur ce point dans un instant. D’après mon expérience, tous les jeunes ont besoin de voir qu’ils ont les moyens de remodeler leur identité dans un sens positif et prometteur. Nous aimons tous à penser que nous avons du potentiel, des talents et que nous sommes appréciés, plutôt que de nous imaginer comme des ratés, des exclus méprisés par tous.

Il convient de recourir à des moyens divers et variés pour identifier et recruter ces jeunes. On peut les trouver parmi ceux qui font appel à nos services, ont eu affaire à la justice pénale, ou encore font partie de la scène musicale locale. Lançons-leur un défi : lequel d’entre vous est assez courageux pour tenir bon dans ce nouveau programme ? A titre d’exemple, proposons aux jeunes de la communauté noire un programme qui évoque avec fierté leur histoire et leur permette de comprendre en profondeur quelles répercussions ont l’esclavage et ses séquelles sur leur identité et la toxicomanie dans leur communauté, et comment ils peuvent dépasser ces effets. Après un certain temps, nous pourrons envoyer leur pairs, ceux que nous avons recrutés antérieurement, pour entamer le dialogue. Cette démarche aura un effet boule de neige.

Tout le monde est gagnant dans ce système : le jeune volontaire a une image positive de lui-même et se prépare à une vie plus productive ; la société tire profit de l’abandon de ses activités anti-sociales et de leur impact négatif sur ses pairs ; le jeune qui reçoit le message de ses pairs risque moins de devenir toxicomane ou d’être impliqué dans des activités liées à la drogue.

Nous devons beaucoup investir dans ces personnes, puisqu’il est crucial pour la société qu’ils accomplissent leur mission du mieux possible. Formons-les, pas seulement pour leur offrir la possibilité d’un meilleur avenir, bien que cela soit essentiel, mais également pour deux grandes raisons relatives à la prévention de la toxicomanie.

Tout d’abord, les jeunes ne peuvent faire passer des messages dignes d’intérêt et qui changeront véritablement les choses s’ils ne disposent pas des connaissances et de la compréhension nécessaires pour étayer leurs propos. Si un message est délivré sans formation préalable, nous parviendrons, au mieux, à un résultat sans guère d’utilité pratique en termes d’efficacité des actions de prévention et, au pire, à des considérations convenues. Les jeunes savent ce que nous voulons entendre de leur bouche sur la toxicomanie et ils sont très doués pour nous le dire, afin que nous les laissions tranquilles. En outre, ils ne sont pas forcément bien documentés sur la drogue ou sur qui leur est possible de dire à ce propos, des points de vue social et politique.

En Angleterre, nous disposons pour la première fois d’un Commissaire chargé de la jeunesse, dont le rôle consiste à représenter leurs intérêts et à les porter à la connaissance du parlement. Sa première déclaration fut que les jeunes ne souhaitaient pas être consultés, qu’ils en avaient assez que les adultes leur demandent leur avis pour ne plus y donner suite et ne parvenir à aucun changement. Les jeunes veulent qu’on les fasse participer. Le Commissaire a tout à fait raison. Nous manifestons trop souvent un attachement de pure forme à la participation des jeunes : nous recueillons leurs opinions spontanées, puis les écartons sous prétexte qu’elles ne sont ni réalistes, ni exploitables, et souvent sans même nous donner la peine d’expliquer pourquoi. D’où des désillusions bien difficiles à surmonter par la suite.

C’est grâce à ce processus de dialogue, d’éducation continue et de débat, tant avec nos jeunes pairs animateurs qu’avec les groupes auprès desquels ils œuvrent, que naissent les idées vraiment dignes d’intérêt et que les attitudes commencent à changer durablement. C’est parce qu’il s’agit d’une démarche honnête. La vérité est que l’on ne peut accepter aveuglément les avis des jeunes sur la façon dont nous devons travailler, et donc sur ce qu’ils doivent dire aux autres jeunes. Nous ne pouvons accepter qu’ils se rendent dans les écoles pour dire qu’il faut légaliser le cannabis : il s’agit simplement d’une question de bon sens politique, quelle que soit la validité de l’argumentation. Les jeunes sont assez avisés pour comprendre le contexte. Débattez de la légalisation au cours des sessions de formation, mais ne la prêchez pas auprès des autres. Ces jeunes sont dans une relation dynamique avec nous : leurs idées doivent contribuer de façon continue à l’élaboration de nos programmes d’éducation en matière de drogue, mais en tant qu’adultes, nous faisons aussi partie de la dynamique. N’abdiquons pas nos responsabilités et veillons à ce que les programmes résultant de nos travaux soient clairement structurés et mis en œuvre de manière cohérente.

C’est cette autre raison qui joue en faveur des programmes de formation intensifs. Le travail mené par les pairs ne doit en aucun cas être axé sur les opinions des pairs animateurs, mais viser à recueillir et analyser les opinions et les connaissances des jeunes à qui il s’adresse. Un bon éducateur ne révèle pas son avis personnel, mais pose les questions qui inciteront son auditoire à poursuivre la réflexion et à en débattre sous des angles qu’il n’avait jamais envisagé auparavant. Pour la plupart, cette démarche consistant à susciter la réflexion n’est pas innée, il convient donc de l’enseigner. Si nous voulons que les jeunes prennent part à l’éducation en matière de drogue, alors formons-les au rôle d’éducateur. J’ai vu beaucoup trop de programmes mis en œuvre par des jeunes échouer parce que le travail de formation en amont n’était pas assez solide. Livrés à eux-mêmes, les jeunes devaient se débattre dans des programmes manquant de structure et de rigueur, élaborés par des adultes convaincus qu’il suffit de réunir un groupe à qui l’on a transmis des connaissances sur la drogue et un groupe n’ayant pas reçu ces connaissances pour obtenir un résultat comme par magie.

En résumé, je veux dire par là que pour impliquer les jeunes dans nos actions, le mieux est de s’appuyer sur les modèles d’engagement au sein de la communauté et d’investir constamment dans les ressources sociales. Faute de quoi, j’en ai peur, nous courrons droit à l’échec.

 

Les groupes sociaux nécessitent des interventions sociales (Matthijs Blankers, Fondation Jellinek, Pays-Bas)

Comme nous l’a dit Colin Cripps au cours de l’intervention qui a marqué le début de la réunion, avant de parler de groupes sociaux, il convient d’identifier certaines caractéristiques universelles qui, d’un groupe social, font une entité. Aucun groupe social n’est parfaitement homogène. Il est extrêmement important de garder ceci à l’esprit lorsque l’on parle de provenances et de consommation de drogues. Il n’existe pas deux personnes semblables.

Cela dit, certains groupes sociaux sont identifiables dans chaque pays. La Norvège par exemple fait état de jeunes étrangers sans travail qui vendent et fument du cannabis pour passer le temps. Le Royaume-Uni a ses Somaliens, aux perspectives sociétales médiocres, alors qu’au Portugal on se préoccupe des étudiants qui boivent de l’alcool en quantité malsaine. Les Pays-Bas distinguent les homosexuels, la scène urbaine multiculturelle, les jeunes professionnels urbains, les junkies, les étudiants, les amateurs de fête/amateurs de rave, chacun ayant ses propres substances de prédilection.

La Turquie et notre respecté pays hôte la Lituanie, qui n’est pas le moins important même si je le cite en dernier, en ont cependant dit davantage, à mon avis, concernant l’usage de drogues dans certains groupes sociaux. En Turquie, des enfants sans foyer, abandonnés par leurs parents qui, pour l’une ou l’autre raison, ne pouvaient s’occuper d’eux, sniffent de la colle et portent atteinte à d’autres gens ainsi à qu’eux-mêmes. En Lituanie, de jeunes enfants dont les parents sont des alcooliques dépendants, grandissent dans certains villages sans surveillance de la part des adultes ni des écoles, mais avec du cannabis, de la colle, et des drogues préparées par eux-mêmes. 15 000 enfants lituaniens n’iraient pas à l’école. Au lieu de cela, certains d’entre eux se droguent. Et comme l’ont souligné hier nos deux principaux orateurs, Marius Sjømæling et Colin Cripps, qui sont tombés d’accord sur ce point, la situation socioculturelle contribue davantage à leurs habitudes pathologiques que les drogues elles-mêmes.

C’est pourquoi nous avons cherché des moyens d’influencer la situation de certains groupes sociaux nécessiteux pendant la session B. Selon la méthodologie norvégienne des pairs, les interventions basées sur des témoignages et les politiques qui appliquent la loi de la consommation d’alcool sont les plus importantes. Le Portugal plaide pour une méthode de travail basée davantage sur la communauté et pour une meilleure coopération entre les projets de prévention, ainsi qu’entre les institutions gouvernementales. La Lituanie souhaite améliorer la perception et la responsabilité parentales et créer un environnement sain pour les petits villageois qui viennent d’être évoqués. La Turquie suggère même de garantir les droits des toxicomanes.

Le Royaume-Uni fait remarquer qu’en ce moment il n’y a pas assez d’argent pour tout le travail qui devrait être fait. Les grandes firmes devraient assumer leur responsabilité envers la société qui leur a permis de devenir si grandes, et contribuer davantage à la prévention en matière de drogue.

Cependant, beaucoup de travail peut être fait par ou avec l’aide de volontaires. Les premiers pas dans la création d’un projet de prévention peuvent être faits sans argent du tout. Des personnes enthousiastes, en Lituanie et partout ailleurs, devraient attirer des volontaires, imaginer ce qui pourrait marcher pour leur groupe cible, fréquenter les réunions de jeunes et établir le contact avec eux. Ils ne devraient pas essayer de changer leur culture, mais au contraire prendre note de ses besoins.

Quelques remarques pour conclure : la culture n’est pas elle-même cause de consommation de drogues mais peut en être affectée. Les écoles devraient travailler à l’octroi de droits aux jeunes, pour apprendre aux enfants à prendre les bonnes décisions. Les bonnes décisions, comme celles de ne consommer ni alcool, ni tabac ni aucune autre drogue. De bonnes décisions, rester à l’école. De bonnes décisions, rester en bonne santé.

Education et prévention : comment les réaliser ?

Dans la première partie de la session C, nous avons discuté des interventions dans le cadre des écoles et examiné différentes structures, conceptions et méthodes de travail. Certaines écoles utilisent des techniques de jeu de rôle pour entraîner les élèves à effectuer des choix raisonnables. D’autres préfèrent leur donner des informations claires ou recourir à des méthodes axées sur l’influence des pairs pour faciliter l’identification du groupe cible. Toutes ces méthodes ont été passées en revue par les membres, originaires de différents pays, de notre groupe de travail.

La manière dont les projets sont mis en œuvre a fait l’objet de quelques commentaires. La Norvège a fait remarquer que les enseignants devraient aborder les problèmes d’abus de substances de manière plus poussée. Etant donné que les écoles créent leurs propres programmes de prévention, ce sont eux qui doivent jouer un rôle important dans le choix du contenu. Lorsqu’un enseignant n’éprouve lui-même guère d’intérêt pour la prévention en matière de drogue, il se peut que ce sujet ne trouve même pas place dans le programme de son enseignement. Il serait d’ailleurs peut-être préférable qu’un centre de spécialisé dans les dépendances participe à la mise en œuvre du programme.

En Lituanie le travail de prévention scolaire en est encore à ses débuts. Des volontaires, des étudiants pour la plupart, font des exposés qui, trop souvent, restent très théoriques et ne présentent que peu d’utilité dans la vie quotidienne. Mises en discussion, ces considérations nous ont conduits à nous demander si ce travail dans le cadre des écoles est réellement efficace. La majorité d’entre nous pensaient que c’est bien le cas, mais qu’il ne faut toutefois pas trop en attendre. Nous nous sommes accordés sur l’importance :

- d’une excellente formation des pairs ou des enseignants
- du travail en petits groupes
- de faire en sorte que ce sujet soit discuté dans les écoles par les enfants.

La Turquie a ensuite suggéré de prévoir un peu de temps, chaque semaine par exemple, pour discuter des informations liées à l’usage de substances en classe. Il n’y en a pas assez actuellement dans le programme scolaire pour parler de ce sujet de façon appropriée. La question de savoir s’il serait possible d’introduire une éducation en matière de drogue dans tous les programmes scolaires a bien entendu été débattue.

Pendant notre discussion, nous sommes toujours mieux entendus sur l’importance d’une éducation convenable dans ce domaine. Dans tous les pays, la somme d’attention accordée à la prévention en matière de drogue dépend trop du bon vouloir de l’enseignant et des écoliers eux-mêmes. Ceci, bien entendu, n’est pas une situation favorable. Dans certaines écoles, c’est déjà une chance si ce sujet est vraiment débattu. Dans d’autres il ne le sera pas. Cette observation nous a conduits à trois importantes constatations, qui sont autant de souhaits :

- Les programmes de prévention dans les écoles devraient constituer une partie obligatoire des programmes éducatifs dans tous les pays membres du Conseil de l’Europe
- La prévention en matière de drogues devrait faire partie de la formation des enseignants
- Des prospectus d’information sur les drogues devraient être mis à disposition dans toutes les écoles.

Dans la seconde session d’aujourd’hui, nous avons tenté de créer un programme de prévention qui soit véritablement susceptible d’être mis en oeuvre. Nous avons tout d’abord décidé d’axer notre intervention sur les personnes ayant abandonné l’école, vu qu’il s’agit là tout particulièrement d’un groupe à risque. Nous avons ensuite réfléchi en commun aux éléments à inclure dans le programme, qui sont, entre autres, les suivants :

- échange de connaissances
- création de relations
- créativité
- sports ou activités
- participation de l’enfant
- jeu de rôle/drame/musique
- socialisation
- mise en place d’une évaluation

Nous espérons qu’il sera possible d’utiliser ces éléments dans le processus de création d’un nouveau projet de prévention du Groupe Pompidou. Ce serait là une belle conclusion à apporter à ce second forum européen de prévention en matière de drogue.

*****

Points clés du Forum (Richard Ives)

Les points suivants sont ressortis des quatre groupes de travail (sur la base de leurs présentations en plénière) :

Familles et drogues

Ce groupe a examiné un grand nombre d’aspects différents de la famille à l’époque de la globalisation. La vie familiale a subi des transformations rapides et certaines familles ont eu besoin d’aide pour s’adapter à cette évolution. Différentes sortes d’aide et de soutien ont été nécessaires ; ceci variait selon la culture et la subculture. Alors que les formes traditionnelles d’aide et de soutien professionnels restaient valables, des méthodes nouvelles et novatrices (telle que l’utilisation de l’Internet, par exemple) sont apparues et devraient être encouragées.

La consommation de drogue, du point de vue du style de vie

Il a été nécessaire de respecter différents styles de vie. Tous avaient de la valeur et il s’est révélé possible de leur adresser à tous des messages de prévention. Il existait un rapport étroit entre certains styles de vie et la consommation de certaines drogues ; les messages de prévention devaient être formulés avec les nuances appropriées.

Drogues et médias

Les membres de ce groupe ont souligné la nécessité d’un engagement auprès des médias. Ils ont eu l’impression qu’il serait possible d’exercer davantage d’influence sur les jeunes journalistes que sur leurs collègues plus âgés. Ils ont par conséquent proposé un projet visant à informer les jeunes journalistes et à leur donner les connaissances nécessaires sur les drogues et la prévention en matière de drogue, et ont recommandé au Groupe Pompidou de retenir cette idée.

Perception de la drogue dans différents groupes sociaux

Les membres de ce groupe ont examiné plusieurs groupes sociaux différents ; considérant le rôle de l’éducation en matière de drogue dans les écoles comme crucial, ils ont cependant reconnu ses limites pour certains groupes sociaux. Ils en ont conclu que de tels projets étaient importants et qu’il fallait les intégrer dans la vie scolaire normale avec des enseignants ayant reçu une bonne formation dans ce domaine. Les participants ont ensuite discuté le cas de ceux qui refusent d’aller à l’école – un groupe manifestement difficile à toucher par le biais des écoles – et ont proposé d’élaborer un projet en relation avec ce groupe.

Conclusions

Le forum a montré une nouvelle fois l’importance et la valeur de l’implication des jeunes dans la prévention au niveau international – leur enthousiasme, leurs idées nouvelles, et les défis qu’ils proposaient ont insufflé une nouvelle vigueur aux professionnels qui ont travaillé avec eux. Les jeunes eux-mêmes se sont montrés heureux de participer et ont déclaré que cette expérience les avait beaucoup enrichis. Ils ont manifesté un soutien presque unanime à la poursuite d’autres activités de ce genre.

Les structures du forum n’ont pas toujours facilité les échanges d’idées. Il faudrait réfléchir à ce point à l’avenir, ainsi qu’à l’organisation des ateliers, etc., afin de développer au maximum la participation, l’engagement et l’échange d’idées entre les participants de tous âges.

La journée de préparation qui a facilité la participation des jeunes s’est révélée un élément important du processus ; il a été suggéré que les professionnels adultes bénéficient eux aussi d’une journée de préparation qui permettrait notamment de les former à des techniques de travail pour la réunion mieux adaptées aux besoins des jeunes.

Dans le domaine de la prévention en matière de drogue avec les jeunes, établir la crédibilité s’est révélé crucial et l’élément clé pour y parvenir était l’honnêteté. Les professionnels avaient besoin de mieux connaître les subcultures de jeunes et de travailler avec eux.

Annexe I - Programme

Intervenants

Ms Audronė ASTRAUSKIENĖ

Directeur du Département de Contrôle des Stupéfiants - Gouvernement de la République de Lituanie

Mr Melvin BAY

421 Peer Drugs Education Programme, Irlande

Mr Alex CHINGIN

Coordinateur du Projet de Réseau de soutien, Fédération de Russie

Mr Colin CRIPPS

Responsable Adjoint de In-volve, Royaume-Uni

Mr Gabriel DENVIR

Chef de la Section Internationale, Service d’application de la loi en matière de drogues, Home Office, Royaume-Uni

Mr Tony DRONFIELD

european playwork association (e.p.a.), Consultant du Groupe Pompidou

Ms Olga FEDOROVA

Centre de Réinsertion OTRADA, Ekaterinbourg, Fédération de Russie

Mr Olivier FERREIRA

France, Consultant du Groupe Pompidou

Ms Selin HATIPOGLU

Université Bilgi d’Istanbul, Turquie, Consultant du Groupe Pompidou

Mr Richard IVES

educari, Royaume-Uni, Consultant du Groupe Pompidou

Ms Vilma JANULYTĖ

Département de Contrôle des Stupéfiants - Gouvernement de la République de Lituanie

Ms Ulla JARVI

The Finnish Medical Journal, Finlande

Mr Fernando MENDES

Institut National de l’Abus de Drogues, Portugal

Mrs Lena O’CONNELL

Merseyside Development Foundation, Royaume-Uni

Mr Žilvinas PADAIGA

Ministre de la Santé, Lituanie

Ms Jurgita POŠKEVIČIŪTĖ

Open Society Fund, Lituanie

Mr Alvydas PUODŽIUKAS

Secrétaire d’Etat – Ministère de l’Education et des Sciences, Lituanie

Mr Romualdas SABALIAUSKAS

Secrétaire d’Etat – Ministère de la Santé de la République de Lituanie,

Mr Domas SAVICKAS

Département du Contrôle des Stupéfiants - Gouvernement de la République de Lituanie

Ms Rima VAITKIENĖ

Secrétaire d’Etat – Ministère de la Santé de la République de Lituanie,

Mr Kjetil VESTERAAS

Projet Rusfri Diil, Norvège

Ms Ramunė VISOCKYTĖ

Président de la Commission Parlementaire lituanienne sur la prévention des drogues, Lituanie

Mr Oleg VOTINTSEV

Spécialiste en prévention, Département de la Jeunesse, Fédération de Russie

Prix Européen de la Prévention - Membres du Jury

Ms Glainess ADELY
Mr Rendo BOT
Mr Gunes HATIPOGLU (Excusé)
Mr Marius SJØMÆLING
Ms Anastasiya SYCHEVA
Ms Rose TABASSUM

Jeudi 18 Mai 2006

9:30 Session Plénière Salle Plénière Sapphire B

        · Discours d’ouverture d’Audrone Astrauskiene, Directrice du Département de Contrôle des Stupéfiants, Lituanie
        · Discours d’ouverture du Dr Bob Keizer, Présidence du Groupe Pompidou
        · Discours d’ouverture de Ramunė Visockytė, Président de la Commission Parlementaire lituanienne sur la prévention des drogues
        · Discours d’ouverture de Žilvinas Padaiga, Ministre de la Santé, Lituanie
        · Discours d’ouverture d’Alvydas Puodžiukas, Secrétaire d’Etat, Ministère de l’Education et des Sciences, Lituanie
        · Présentation des thèmes des groupes de travail (GT) :

        GT 1 Les familles et la drogue (Salle Plénière Sapphire B)
        GT 2 La toxicomanie du point de vue du style de vie (Salle Sapphire A)
        GT 3 Les drogues et les media (Salle Coral A)
        GT 4 La perception des drogues dans les différents groupes sociaux (Salle Sapphire C)

11:00 Pause Café

11:30 Session Plénière Salle Plénière Sapphire B

        · “Pourquoi ils ne doivent pas consommer de drogues”, Colin Cripps
        · “Pourquoi nous ne devrions pas consommer de drogues”, Marius Sjømæling
        · Discussion

12:30 Pause Déjeuner

14:30 Groupes de travail

    Session A : L’environnement social et les drogues – tel qu’il est

16:00 Pause Café

16:30 Groupes de travail

    Session B : L’environnement social et les drogues – tel qu’il pourrait être

18:00 Fin des travaux de la journée

18:30 Réception à l’intention des participants au Forum

vendredi, 19 mai 2006

9:30 Session Plénière Salle Plénière Sapphire B

    Résumé de la journée précédente

10:00 Groupes de travail Session C : Education à la santé et prévention

11:00 Pause Café

11:30 Groupes de travail Session C (suite)

12:30 Pause Déjeuner

14:30 Session Plénière Salle Plénière Sapphire B

    Documentaire présentant des entretiens avec les participants au Forum

    · Comptes-rendus des groupes de travail par les Rapporteurs
    · Discussion
    · Evaluation

16:00 Pause Café

16:30 Cérémonie de clôture Salle Plénière Sapphire B

    Synthèse et conclusions

    Cérémonie de remise du Prix Européen de la Prévention

18:00 Clôture du Forum

19:00 Visite guidée de Vilnius

Groupes de travail

Groupe de travail 1 : Les familles et la drogue

      Salle plénière Sapphire B

Présidentes : Rima Vaitkienė, Jurgita Poškevičiūtė Session A Animateur : Richard Ives

Rapporteur : Richard Ives Session B Animateur : Olivier Ferreira

    Session C Animateur : Fernando Mendes

Groupe de travail 2 : La toxicomanie du point de vue du style de vie

      Salle Sapphire A

Présidente : Selin Hatipoglu Session A Animateur : Vilma Janulyte

Rapporteur : Rose Tabassum Session B Animateur : Melvin Bay

    Session C Animateur : Kjetil Vesteraas

Groupe de travail 3 : Les drogues et les media (Salle Coral A)

Président : Marius Sjomaeling Modératrice des sessions : Ulla Jarvi

Rapporteur : Rendo Bot

Groupe de travail 4:

La perception des drogues dans les différents groupes sociaux (Salle Sapphire C)

Présidente : Glainess Adely Modérateur des sessions : Colin Cripps

Annexe II

LISTE DES PARTICIPANTS 

Autriche

Mr. Christoph Lagemann, Director, Institute of Addiction Prevention, Email : info@praevention.at

Mr. Andreas Mair Member in the team of the "Barfuss"-project, Email : info@praevention.at

Mrs. Bianca Maria Pappenreiter, Member in the team of the "Barfuss"-project, Email : info@praevention.at

Belgique

Mlle Natalie De Leenheer, Staff - Flemisch Youth Council, Email : Natalie.deleenheer@vlaamsejeugdraad.be

Prof. Dr. Isidore Pelc, Professeur, médecin, psychiatre, CHU Brugmann, Email : Isidore.pelc@chu-brugmann.be

Ms. Natascha Samyn, Email : straathoekwerk@oostende.be

Mlle Tina Van Havere, Researcher in nightlife and prevention worker for youth work, Email : Tina.vanhavere@vad.be

Croatie

Dr. Dijana Mayer, Croatian Institute of Public Health, Email : dijana.mayer@hzjz.hr

Ms. Jelena Rajilic, Email : jelena.rajilic@ck.t-com.hr

Chypre

Ms. Soulla Pappoutti, Email : soula@youthboard.org.cy

Ms. Christia Yiasiti, Email : christiayiasiti@yahoo.gr

Ms. Christofora Yiatrou, Email : ch.yiatrou@yahoo.com

Finlande

Ms Heini Aalto, Email : heini.aalto@lahdensivu.hamk.fi

Mr. Heikki Bothas, A-Clinic Foundation, Email : Heikki.bothas@a-klinikka.fi

Mr. Toivo Hurme, Ministry of Social Affairs & Health, Email : Toivo.Hurme@stm.fi

Mrs. Ulla Jarvi, Journalist, Email : ulla.jarvi@fimnet.fi

Mr. Emir Rebiai, Email : jyvaskyla@yad.fi

France

M. Guillaume Ageorges, Email : guillaume.ageorges@free.fr

Mme Monique Baudry, MILDT, Email : monique.baudry@mildt.premier-ministre.gouv.fr

M. Thibault Cecconi, Email : thibault.cecconi@club-internet.fr

M. Olivier Ferreira, Email : olivier.ferreira@neuf.fr

Mlle Loïsa Somarriba, Email : loicassis@hotmail.com

Georgie

Mr. George Paniashvili, Head of Division of International Relations, Ministry of Justice, Email : gpaniashvili@justice.gov.ge

Irlande

Ms. Susan Barnes, Kikenny City Drugs Initiative, Ossory Youth, Email : mbay@ossoryyouth.com

Mr. Melvin Bay, Kikenny City Drugs Initiative, Ossory Youth, Email : mbay@ossoryyouth.com

Ms. Marian Hearn, Kikenny City Drugs Initiative, Ossory Youth, Email : mbay@ossoryyouth.com

Ms. Rachel Walsch, Kikenny City Drugs Initiative, Ossory Youth, Email : mbay@ossoryyouth.com

Italie

Dr. Maria-Teresa Bellucci, Email : bellucci@modavi.it

Dr. Massimo Canu, Email : canumassimo@virgilio.it

Dr. Lucia Ducci, National Department for Drug Policy, Email : l.ducci@palazzochigi.it

Dr. Andrea Fantoma, General Director of National Department for Drug policy, Email : a.fantoma@palazzochigi.it

Lituanie

Mrs. Audronė Astrauskienė, Director of Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : audrone.astrauskiene@nkd.lt

Ms. Milda Bagdonaite, Youth organizations union of Rokiskis "Apvalus stalas", Email : mio2mim@yahoo.com

Mr. Audrius Batisa, Director, Association of Lithuanian communities for rehabilitation from dependent illnesses, Email : info@narkomanija.lt

Mr. Rimantas Čėpla, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : rimantas.cepla@nkd.lt

Ms. Vida Marija Cigriejiene, Seimas of the Republic of Lithuania,

Mr. Kazdailis Daumantas, President "TAVO DRUGYS", Email : mail@daumantas.com

Ms. Gerda Drutyte, Student (Public Health), Faculty of Medicine of Vilnius University, Email : gerdadrutyte@yahoo.com

Mr. Vytautas Gasperas, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : vytautas.gasperas@nkd.lt

Ms. Ona Grimalauskiene, Drug Control Department under the Government of Lithuania, Division of Drug Control Policy Analysis and Strategy, Email : ona.grimalauskiene@nkd.lt

Mrs. Tania Griškienė, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : tania.griskiene@nkd.lt

Mr. Mantas Gurevičius, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : mantas.gurevičius@nkd.lt

Ms. Vilma Janulytė, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : vilma.janulyte@nkd.lt

Mr. Oleg Jasin, Puples policy, Lithuanian Puples Parliament, Email : olegjasin@yahoo.com

Mrs. Prané Juozauskiene, Palanga Municipality, Email : sveikata@palanga.lt

Mr. Andrius Kavaliunas, Student (Public Health Master studies), Faculty of Medicine of Vilnius University, Email : Andrius.Kavaliunas@mf.vu.lt

Mr. Vitalijus Kitinas, Administration Member, Temparanel society "Baltu ainiai", Email : v.kitinas@one.lt

Mrs. Gelena Kriveliene, Chief Specialist of Public Health Division, Ministry of Health of Lithuania, Email : gelena.kriveliene@sam.lt

Mrs. Andromeda Makseliene, Education Department of Akmene local authority, Email : andromeda@akmene.lt

Mrs. Renata Malakauskiene, Master Student, Vytautas Magnus University

Mrs. Vida Matulioniene, Mental Health Centre of Kaunas Centre Policlinic, Email : psichikos@centras.lt

Ms. Irena Mediuta, Volunteer, LKJB "Lietuvos Krikšcioniškojo Jaunimo Blaivybes sajunga "Žingsnis, Email : medinta@one.lt

Mr. Raimundas Mockeliunas, Viceminister of science and education, Ministry of science and education of the Republic of Lithuania

Mr. Žilvinas Padaiga, Minister of Health

Ms. Rugile Pauryte, Public Health Student, Email : pajuryte@gmail.com

Mrs. Roze Perminiené, Municipality of Klaipéda, Email : sveikata@klaipeda.lt

Mrs. Ina Pilkauskiene, Associated Professor, Vytautas Magnus University, Email : i.pilkauskiene@smf.vdu.lt

Ms. Jurgita Poškevičiūtė, Open Society Fund Lithuania, Email: jurgap@osf.lt

Ms. Evelina Presegovaviciute, Medical Student, Kaunas University of Medicine, Email : evelinaprei@gmail.com

Mr. Povilas Radzevičius, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : povilas.radzevicius@nkd.lt

Ms. Odeta Rimkevičiūtė, Minister's Spokesperson for the Press, Ministry of Health of the Republic of Lithuania

Mr. Taurintas Rudys, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : taurintas.rudys@nkd.lt

Mr. Romualdas Sabaliauskas, Secretary of the Ministry, Ministry of Health of the Republic of Lithuania

Mr. Domas Savickas, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : domas.savickas@nkd.lt

Mrs. Laura Šebekiene, Public Relations Division, Ministry of Health of Lithuania, Email : laura.sebekiene@sam.lt

Mr. Virginija Semsiene, Chief Specialist of Information Analysis Division, Drug control Dept Under the Government of the Republic of Lithuania, Email : virginija.semsiene@nkd.lt

Mr. Evaldas Siuskus, Lawyer, Association of Lithuanian communities for rehabilitation from dependent illnesses, Email : evaldas@narkomanija.lt

Mr. Viktor Skriabin, Member of "TAVO DRUGYS", Email : vilnius@drugys.lt

Mrs. Anzela Slusniene, Ministry of Health of Lithuania, Email : anzela.slusniene@sam.lt

Ms. Aurelija Urbonienė, Adviser, Government of the Republic of Lithuania

Ms. Daiva Vainauskaite, PhD Student, Kaunas University of Medicine, Email : daiva.vainauskaite@bmti.kmu.lt

Mrs. Irma Vasiliauskiene, Government of Kaunas Municipality, Education Department, Email : irmav@kaunas.sav.lt

Mr. Aurelijus Veryga, Lecturer, Researcher, Kaunas University of medicine, Email : aurel@centras.lt

Mrs. Ramune Visockyte, Chairman of Drug Addiction Prevention Commission, Seimas of the Republic of Lithuania, Email: ramune.visockyte@lrs.lt

Mrs. Danute Vyšniauskiene, Government of Kaunas Municipality, Education Department, Email : danutev@kaunas.sav.lt

Mrs. Kristina Žardeckaite-Matulaitiene, Doctoral student, Vytautas Magnus University, Department of Psychology, Email : k.matulaitiene@smf.vdu.lt

Ms. Renata Žibaitytė, Drug Control Department under the Government of the Republic of Lithuania, Email : renata.zibaityte@nkd.lt

Pays-Bas

Ms Glainess Adely, Email : G_Adely@hotmail.com

Mr. Matthijs Blankers, Peer Educator, Stichting Jellineck Verslavingszorg, Email : matthijsblankers@xs4all.nl

Mr Jaap Jamin, Jellinek, Email : jjamin@jellinek.nl

Mr. Bob (Adrianus) Keizer, Presidency of the Pompidou Group, Trimbos institute, Email : bkeizer@trimbos.nl

Norvège

Mr. Jens J. Guslund, Director, Directorate for Health & Social Affairs, Email : nps@shdir.no

Mr Marius Sjømæling, Email : leder@umn.no

Mr. Njål Peter Svenson, Senior Advisor, Directorate for Health and Social Affairs, Email : nps@shdir.no

Mr. Kjetil Vesteraas, Email : 'kjetil@diil.no'

Pologne

Mr. Jan Dawid Chojecki, Junior Specialist in Prevention & Rehabilitation, National Bureau for Drug Prevention, Email : dawid.chojecki@kbpn.gov.pl

Portugal

Mme Filomena Frazao de Aguiar, Fundação Portuguesa "A Comunidade Contra a Sida", Email : f.p.c.c.sida@mail.telepac.pt

Mr. Pedro Filipe Pereira Gouveia, Fundação Portuguesa "A Comunidade Contra a Sida", Email : f.p.c.c.sida@mail.telepac.pt

Mr. Fernando Joaquim Mendes Ferreira, IDT - Institute for Drugs and Drug Addiction, Email : irefrea@netcabo.pt

Mlle Rita Alexandra Mosca, Fundação Portuguesa "A Comunidade Contra a Sida", Email : f.p.c.c.sida@mail.telepac.pt

Mlle Marcia Noélia Pestana dos Santos, Peer Education, (In) Dependências - Escola Superior de Enfermagem Dr Angelo da Fonseca, Email : marcia_p_santos@hotmail.com

Roumanie

Mr Rendo Bot, Email : rendobot@gmail.com

Ms. Andreea Popescu, Romanian Anti-Drug Angency, Email : andreea.popescu@ana.gov.ro

Fédération de Russie

Mr. Alex Chingin, Email : staart@etel.ru

Ms Olga Fedorova, OTRADA Social Centre, Email : olgafedorova4u@yahoo.co.uk

Ms. Madina Odinayeva, E-mail: madinagirl1988@yahoo.com

Ms Anastasia Sycheva, Email : nasycheva@yandex.ru

Mr. Alexey Terekhov, Expert in international cooperation, Federal Drug Control Service of the Russian Federation, Email : ums@gnk.gov.ru

Dr. Oleg Votintsev, Department for Youth Affairs, Specialist on Prevention (Youth Programme), Email : votintsev@yandex.ru

Mrs. Oksana Zhukova, Expert in prevention, Federal Drug Control Service of the Russian Federation

Suisse

Mr. Bernhard Meili, Head of Prevention & Health Promotion Section, Swiss Federal Office of Public Health, Email : bernhard.meili@bag.admin.ch

Mr. Dominik Rohrer, Email : dominik.rohrer@bluewin.ch

Mr. Jürg Wrubel, Jump-In, Kinder-u. Jugendarbeit Rappersvwil, Email : jwrubel@jump-in.ch

Turquie

Dr. Bilal Aytac, Ministry of Health, Head of Department of Health Services, Email : bilal.aytac@saglik.gov.tr

Ms. Birgul Gulen, Istanbul Bilgi University, Email : selinm@bilgi.edu.tr

Mrs Selin Hatipoglu, Istanbul Bilgi Universitesi, Email : selinm@bilgi.edu.tr

Ms. Ece Kirik, Istanbul Bilgi University, Email : selinm@bilgi.edu.tr

Mr. Mesud Yilmaz, Deputy Director of Tubim, TADOC/TUBIM Yucetepe Mah, Email : myilmaz@tadoc.gov.tr

Ukraine

Ms Kateryna Chernivskaya, Email : santis_optimist@ukr.net

M. Oleg Filatov, Fund Charitable "Santis", Email : santis_optimist@ukr.net

Royaume-Uni

Mr. Colin Cripps, In-Volve, Email : cripps@in-volve.org.uk

Mr. Gabriel Denvir, Head of International Section, Drug Legislation and Enforcement Unit, Home Office, Email : gabriel.denvir@homeoffice.gsi.gov.uk

Ms Rose Tabassum, Email : rosetabassum11@msn.com

Mr Steve Tippell, Treatment & Young People, Drugs Strategy Directorate, Email : steve.tippell@homeoffice.gsi.gov.uk

CONSULTANTS DU GROUPE POMPIDOU

Mr Tony Dronfield, european playwork association (e.p.a.), Email : epa@go-epa.org

Mr. Richard Ives, educari, Email : richard@educari.com

Mrs Elena Mikhayolava-O'Connell, Merseyside Development Foundation, Email : Lenamdf@aol.com

SECRETARIAT DU GROUPE POMPIDOU

Conseil de l’Europe , F – 67075 Strasbourg Cedex, Fax : +333 88 41 27 85, Email: pompidou.group@coe.int – Web Site : www.coe.int\pompidou

Dr. Thomas Kattau, Administrateur Principal, Tel: +333 88 41 22 84 – Email : thomas.kattau@coe.int

Mr Sergei Bazarya, Administrateur, Tel: +333 90 21 53 19 – Email: sergei.bazarya@coe.int

Mlle Nathalie Bargellini, Assistante administrative, Tel : +333 88 41 22 82 – Email : nathalie.bargellini@coe.int

Mme Florence Mansons, Assistante, Tel : +333 88 41 38 42 - Email : florence.mansons@coe.int

Annexe III – Liste des publications du Groupe Pompidou

Les publications suivantes (ISBN) sont publiées par les Editions du Conseil de l’Europe et peuvent être commandées à la Division des publications :

publishing@coe.int - http://book.coe.int

Demandes de traitement des consommateurs de drogues :  influence sur les politiques et les pratiques Hamish SINCLAIR, [ISBN-10 92-871-6086-4, ISBN-13 978-92-871-6086-7] novembre 2006.

La recherche en psychologie sur les drogues : questions actuelles et perspectives, par Jorge NEGREIROS [ISBN-10 :92-871-6032-5/ISBN :13 :978-92-871-6032-4] septembre 2006.

La recherche biomédicale dans le domaine des drogues, par Richard MUSCAT [ISBN-10 :92-871-6017-1/ISBN-13 :978-92-871-6017-1], juillet 2006.

Drogues et alcool : violence et insécurité ? Guide – Projet intégré 2 – réponses à la violence quotidienne dans une société démocratique par Dirk J. KORF et al. [P-PG/CJ (2004)7] septembre 2005

Polyconsommation de drogues : combiner différentes drogues – nouvelles tendances dans les cultures des jeunes – 1er Forum européen sur la prévention des toxicomanies, Actes, Ekaterinbourg, Fédération de Russie, 6-7 octobre 2004 [P-PG/Prev-CF (2005)1]

Drogues et dépendances aux drogues : comment rapprocher la recherche, les politiques et les pratiques de terrain ? Acquis et perspectives – Document de base de Richard HARTNOLL, Conférence stratégique, Strasbourg, 6-7 avril 2004 [ISBN 92-871-5489-9] octobre 2004

Comment rapprocher la recherche, les politiques et les pratiques de terrain – Acquis et perspectives – Actes, conférence stratégique, Strasbourg, 6 – 7 avril 2004 [92-871-5534-8] août 2004

Follow-up project on treatment demand : tracking long-term trends – Final report by Michael STAUFFACHER et al. [P-PG/Epid (2003)37] (anglais uniquement)

Circulation routière et substances psychoactives – Actes, séminaire, Strasbourg, 18-20 juin 2003 [ISBN 92-871-5501-1] juillet 2004

Ethics and drug use – Seminar on Ethics, professional standards and drug addiction, February 2003 [P-PG/Ethics (2003) 4] November 2003 (anglais uniquement)

Les tribunaux de toxicomanie: développements internationaux, modèles et résultats, par Prof. Paul MOYLE [P-PG/DrugCourts (2003) 3] Septembre 2003

Outreach work with young people, young drug users and young people at risk – Emphasis on secondary prevention by Njål Petter SVENSSON [P-PG/Prev (2003) 6] September 2003 (anglais uniquement)

The general Potential of Police Prevention in the area of illicit drugs, by Prof. Dr. Lorenz BÖLLINGER [P-PG/Prev (2003) 2] September 2003 (anglais uniquement)

The Impact of the ESPAD Project – The opinion of ESPAD Researchers by Björn HIBELL and Barbro ANDERSSON [P-PG/Epid (2003)31 E] (anglais uniquement)

Réseau méditerranéen: Projet méditerranéen d’enquête scolaire sur l’alcool et les autres drogues (MedSPAD) – Etude pilote 1 – Maroc par Richard MUSCAT [P-PG/Med(2003)12]

Estimating the social cost of illicit drugs in Poland [P-PG/Cost (2003) 2 E] (anglais uniquement)

Targeted Drug Prevention – How to reach young people in the community ? Report of the Conference in Helsinki, November 2002 (anglais uniquement)

Etude multi-villes du Groupe Pompidou, mise à jour 1999-2000, par Ruud BLESS, coordinateur, mai 2002 [P-PG/Epid (2002)11]

Réduction des risques liés à l'usage de substances autres que par injection – Actes, Séminaire, Strasbourg, février 2002 [ISBN 92-871-5329-9]

Prisons, drogues et société – Actes, Séminaire, Berne (Suisse), septembre 2001 [ISBN 92-871-5089-3]

Prisons, drogues et société : Déclaration de consensus sur les principes, la politique et les pratiques - Publié par l’OMS (Bureau de l’Europe) en partenariat avec le Groupe Pompidou, septembre 2002

Benzodiazepine Use : A report of a survey of benzodiazepine consumption in the member countries of the Pompidou Group by Gary STILLWELL and Jane FOUNTAIN [P-PG/Benzo (2002) 1] février 2002 (anglais uniquement)

Développement et amélioration des programmes de substitution – Actes, Séminaire, Strasbourg, octobre 2001 [ISBN 92-871-4806-6]

Comment calculer le coût social des drogues illicites : démarches et outils pour l’estimation du coût social lié à la consommation de substances psychotropes par Pierre KOPP [ISBN 92-871-4733-7] novembre 2001 (également disponible en russe, décembre 2003)

Contribution à l’usage raisonné des benzodiazépines – Acte, Séminaire, Strasbourg, janvier 2001 [ISBN 92-871-4750-7]

Missing Pieces: Developing drug information systems in Central and Eastern Europe / Technical reports by Michael STAUFFACHER, coordinateur (joint PG / UNDCP Project: extension of the Multi-city network to Central and Eastern European Europe) (anglais uniquement) septembre 2001

3ème Etude multi-villes : évolution des tendances de l’usage de drogues dans les villes européennes au cours des années 90, par Ruud BLESS, coordinateur [ISBN 92-871-4458-3] août 2001

The 1999 ESPAD Report : Alcohol and other drug use among students in 30 European countries, 2000 - Joint publication Pompidou Group / CAN [ISBN 91-7278-080-0], to order from CAN -The Swedish Council for Information on Alcohol and other Drugs, fax : +46 8 10 46 41 or e-mail : barbro.andersson@can.se (anglais uniquement)

Joint Pompidou Group - EMCDDA Scientific Report 2000 - Treatment demand indicator : Standard protocol 2.0 and Technical annex - 2 parts available for download at : http://www.emcdda.org (anglais uniquement)

L’usage de drogues en milieu carcéral - Projet du Groupe d’experts en épidémiologie des problèmes de drogues : rapport final par Richard MUSCAT, coordinateur [ISBN 92-871-4520-2] décembre 2000

Développement et test d’un formulaire de sortie de traitement pour des patients traités pour consommation abusive de drogues - Projet du Groupe d’experts en épidémiologie des problèmes de drogues : rapport final par Anna KOKKEVI, coordinateur [ISBN 92-871-4522-9] décembre 2000

Grossesse et toxicomanies : Etat des lieux en l’an 2000 – Actes, Séminaire, Strasbourg, mai 2000 [ISBN 92-871-4502-4]

Réinsertion professionnelle des toxicomanes en Europe – Actes, Séminaire, Bratislava, janvier 2000 [ISBN 92-871- 4405-2]

Réinsertion professionnelle des toxicomanes (Projet EUREHA) : Etat des lieux et résultats d’une étude sur tous les Etats membres du Groupe Pompidou, par Ambros UCHTENHAGEN, Susanne SCHAAF & Christa BERGER (Addiction Research Institute at Zurich University), [P-PG/Rehab(2000)1] 2000

Les femmes et la consommation problématique de drogues : accent sur les interventions axées sur la collectivité, par Dagmar HEDRICH [P-PG/Treatment(2000) 3]

Troubles déficitaires de l’attention / troubles hyperkinétiques : diagnostic et traitement par des stimulants – Actes, Séminaire, Strasbourg, décembre 1999 [ISBN 92-871-4239-4]

Les délinquants usagers de drogues en prison et après libération – Actes, Séminaire, Strasbourg, octobre 1999 [ISBN 92-871-4241-6]

Circulation routière et drogues – Actes, Séminaire, Strasbourg, avril 1999 [ISBN 92-871-4144-4]

Usagers de drogues en traitement dans 23 villes européennes - Données 1997 - Tendances 1996-97 - Projet du Groupe Pompidou sur les demandes de traitement : rapport final par Michael STAUFFACHER, coordinateur [ISBN 92-871-4143-6] novembre 1999

Manuel européen sur la prévention : Alcool, drogues et tabac (1998)

Les délinquants usagers de drogues et le système pénal : Période qui court du premier contact avec la police jusqu'au jugement inclus – Actes, Séminaire, Strasbourg, octobre 1998 [ISBN 92-871-3789-7]

Groupe de travail “Minorités et usage de drogues” - Rapport final de consultant par G.F.van de WIJNGAART et F. LEENDERS [P-PG/ Minorities (98) 1] 1998

Multi-city Network Eastern Europe - Joint Pompidou Group / UNDCP project: extension of the multi-city network to Central and Eastern Europe. First city reports from: Bratislava, Budapest, Gdansk, Ljubljana, Prague, Sofia, Szeged, Varna, Warsaw [ISBN 92-871-3509-6] 1997 (anglais uniquement)

Pregnancy and drug misuse – Proceedings, Symposium, Strasbourg, mars 1997 [ISBN 92-871-4502-2] (anglais uniquement)

Besoins particuliers des enfants de parents usagers de drogues - Rapport final des consultantes par Beate LEOPOLD & Elfriede STEFFAN [ISBN 92-871-3487-1] 1997

L'abus de substances volatiles chez les jeunes en Pologne, par Richard IVES [ISBN 92-871-3182-1] 1996

Approche et rencontre des usagers de drogues : principes et pratique, par Tim RHODES [ISBN 92-871- 3109-0] 1996

Les femmes et les drogues : Accent sur la prévention – Actes, Symposium, Bonn, octobre 1995 [ISBN 92-871-3506-1]

Etude multi-villes : tendances de l'abus de drogue dans treize villes européennes [ISBN 92-871-2391-8] 1994

L'abus de substances volatiles – Actes, Séminaire, Bratislava, novembre 1993 [ISBN 92-871-2569-4]

Les femmes et les drogues – Actes, Symposium, Prague, novembre 1993 [ISBN 92-871-2837-5]

Approche et rencontre des usagers de drogues – Actes, Symposium, Bergen, février 1993 [ISBN 92-871-2600-3]

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