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        Convention relative à la conservation de la vie sauvage

        et du milieu naturel de l’Europe

        Comité permanent

    Recommandation n° 143 (2009) du Comité permanent, examinée le 26 novembre 2009, énonçant à l'intention des Parties de nouvelles orientations sur la diversité biologique et le changement climatique

    Le Comité permanent de la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe, agissant en vertu de l'article 14 de la Convention,

    Eu égard aux objectifs de la Convention, qui consistent à préserver la flore et la faune sauvages et leurs habitats naturels;

    Reconnaissant que la flore et la faune sauvages constituent un patrimoine naturel d'une valeur esthétique, scientifique, culturelle, récréative, économique et intrinsèque, qu'il importe de préserver et de transmettre aux générations futures;

    Rappelant que l'article 2 de la Convention impose aux Parties de prendre les mesures nécessaires pour maintenir la population de la flore et de la faune sauvages à un niveau qui corresponde notamment aux exigences écologiques, scientifiques et culturelles, tout en tenant compte des exigences économiques;

    Rappelant que par l'article 3 de la Convention, les Parties s'engagent à prendre en considération la conservation de la flore et de la faune sauvages dans leur politique d'aménagement et de développement et dans leurs mesures de lutte contre la pollution;

    Rappelant que l’article 4 de la Convention impose aux Parties de prendre les mesures nécessaires pour protéger les habitats des espèces sauvages de la flore et de la faune ainsi que les habitats naturels menacés de disparition; et d'accorder une attention particulière à la protection des zones importantes pour les espèces migratrices;

    Reconnaissant également que le changement climatique affecte la diversité biologique sur le territoire couvert par la Convention, y compris des espèces, des habitats et des zones d'intérêt spécial pour la conservation du Réseau Emeraude;

    Reconnaissant la nécessité d'adapter le travail de sauvegarde aux défis du changement climatique afin d'en atténuer les impacts sur les espèces et les habitats naturels protégés en vertu de la Convention;

    Conscient que l'atténuation du changement climatique joue un rôle essentiel dans la réduction des impacts de ce changement sur la biodiversité et du besoin de mesures d'adaptation supplémentaires;

    Gardant à l’esprit que les incertitudes sur la nature précise du changement climatique à venir et de ses impacts sur la biodiversité ne devraient pas inciter à retarder les mesures pratiques de sauvegarde;

    Rappelant la Stratégie européenne de conservation des plantes (2008-2014) et la Stratégie européenne de conservation des invertébrés de 2006;

    Eu égard à d'autres cadres juridiques et stratégiques pertinents du Conseil de l'Europe tels que la Convention européenne du paysage, la Conférence européenne des Ministres responsables de l'aménagement du territoire (CEMAT) et l'accord EUR-OPA Risques Majeurs;

    Vu également la Recommandation 1883 (2009) de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur « Les défis posés par le changement climatique » et la Recommandation 271 (2009) du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe « Le défi global du changement climatique : les réponses locales » ;

    Tenant également compte des recommandations et résolutions pertinentes de l'Assemblée parlementaire et du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe;

    Rappelant également la décision IX/16 de la 9e CdP à la CDB, qui prie instamment les Parties à intensifier l'intégration de la prise en compte des questions de changement climatique liées à la diversité biologique dans leur mise en œuvre de la Convention;

    Rappelant en outre la décision IX/18 de la 9e CdP à la CDB sur le rôle que les zones protégées et leurs interconnexions peuvent jouer dans la lutte contre le changement climatique;

    Rappelant les messages essentiels du Groupe spécial d'experts techniques de la CDB sur la diversité biologique et l'adaptation aux changements climatiques, de juin 2009, concernant le rôle vital de la diversité biologique dans les adaptations aux effets néfastes du changement climatique, et comprenant la contribution importante des activités d'adaptation qui font appel à la biodiversité et aux services des écosystèmes associés;

    Reconnaissant la nécessité de coopérer avec la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et de prendre en compte le programme quinquennal de travail de Nairobi (2005-2010) sur les impacts, la vulnérabilité et l'adaptation au changement climatique;

    Reconnaissant la nécessité de coopérer avec la Convention sur la diversité biologique, la Convention sur la conservation des espèces migratrices et ses accords apparentés (la Résolution 9.7 sur l'impact du changement climatique sur les espèces migratrices) et la Convention de Ramsar sur les zones humides (Résolution X.24 sur le changement climatique et les zones humides);

    Reconnaissant les travaux actuellement menés sur la vulnérabilité et les impacts du changement climatique sur la diversité biologique de la mer Méditerranée dans le cadre de la Convention de Barcelone;

    Rappelant la “Carta di Siracusa” sur la biodiversité, approuvée par les Ministres de l'Environnement du G-8 en avril 2009, qui énonce sept actions sur la biodiversité et le climat, dont celle de mettre en place des actions “en faveur de l'adaptation au changement climatique des écosystèmes naturels et gérés, leurs capacités d'adaptation spontanée n'apparaissant pas suffisantes pour limiter l'impact de ce changement à tous les niveaux de la biodiversité, sur les écosystèmes les plus vulnérables ou sur le bien-être de l'humanité à plus long terme”.

    Rappelant le Livre blanc de la Commission européenne “Adaptation au changement climatique: vers un cadre d'action européen”, d'avril 2009, qui préconise des mesures pour lutter tant contre la perte de biodiversité que contre le changement climatique, dans le cadre d'une approche intégrée, afin de tirer parti des bénéfices dans ces deux domaines, et des lignes directrices sur la prise en considération des effets du changement climatique dans la gestion des sites Natura 2000;

    Rappelant le “Message d'Athènes” proclamé à l'issue d'une conférence organisée les 27-28 avril 2009 par la Commission européenne, qui reprend les principales questions soulevées par les parties prenantes et une série de priorités pour l'action future de l'UE, y compris la reconnaissance du fait que les politiques du climat doivent être pleinement complémentaires avec les mesures en faveur de la biodiversité, et que ces deux domaines d'action des pouvoirs publics doivent être administrés de manière intégrée;

    Reconnaissant les réalisations du Groupe de travail ad hoc d’experts de l'UE sur la Biodiversité et le Changement climatique, et rappelant le document de discussion “Vers une stratégie pour le changement climatique, les services des écosystèmes et la diversité biologique”;

    Reconnaissant l'importance des travaux de l'Agence européenne pour l'environnement sur les indicateurs de biodiversité et de changement climatique, et saluant le lancement du projet "European Ecosystem Assessment" (EURECA);

    Reconnaissant l'importance d'une amélioration de la gouvernance et des synergies entre les conventions et organisations mondiales et régionales actives dans les domaines de la diversité biologique et du changement climatique en Europe;

    Rappelant la Recommandation n° 122 (2006) du Comité permanent, sur la sauvegarde de la diversité biologique dans le contexte du changement climatique, adoptée le 30 novembre 2006;

    Rappelant la Recommandation n° 135 (2008) du Comité permanent “sur la lutte contre les impacts du changement climatique sur la biodiversité”, adoptée le 27 novembre 2008;

    Saluant et gardant à l'esprit les rapports d'experts suivants: « Les impacts du changement climatique sur les invertébrés en Europe », par R. Wilson [doc.T-PVS/Inf (2009) 8 rev]; « Les impacts du changement climatique sur les plantes en Europe” par V. Heywood [doc.T-PVS/Inf (2009) 9 rev]; et “Zones protégées et changement climatique en Europe” par M. B. Araújo [doc.T-PVS/Inf (2009) 10 rev].

    Recommande aux Parties contractantes à la Convention de, et invite les Etats observateurs à:

    1. intensifier les efforts visant à améliorer la compréhension des liens entre la diversité biologique le changement climatique (conformément à la Recommandation 135 (2008));

    2. exploiter au mieux le potentiel important des synergies et des avantages concomitants des mesures de sauvegarde de la biodiversité et d'atténuation ou d'adaptation au changement climatique, y compris des approches1 fondées sur les écosystèmes;

    3. veiller à ce que les questions de diversité biologique, y compris les impacts négatifs potentiels, soient pleinement pris en compte dans les politiques et mesures d'adaptation aux changements climatiques et d'atténuation à ceux-ci;

    4. élaborer des activités d'adaptation au changement climatique pour la biodiversité, en tenant pleinement compte des orientations proposées et reprises à l'annexe à la présente Recommandation; et

    5. continuer de s'investir dans l'élaboration et dans la mise en œuvre de nouvelles lignes directrices en faveur de l'application de la Convention;

    ***

    ANNEXE

    Lignes directrices

    Les présentes lignes directrices s'inspirent des rapports d'experts commandités par le Conseil de l'Europe et discutés par le Groupe d'experts de la diversité biologique et du changement climatique à sa réunion de 2009. Les conclusions et recommandations ci-dessous émanent de trois rapports d'experts ainsi que des discussions du Groupe d'experts. Elles s'inscrivent en complément des suggestions de mesures approuvées par le Comité permanent en 2008 (Recommandation n° 135), et devraient à leur tour être complétées et actualisées à l'avenir, notamment par une éventuelle révision des recommandations proposées.

    Les mesures qui pourraient convenir à la lutte contre les impacts du changement climatique sur la diversité biologique, aux fins de la mise en œuvre de la Convention, sont énumérées à l'attention des Parties contractantes. Ces mesures sont proposées à titre d'exemples de celles que pourraient prendre les autorités à tous les niveaux du pouvoir. Les gouvernements pourront également définir des mesures complémentaires qui leur sembleront tout aussi adaptées à leurs circonstances et préoccupations spécifiques. Indépendamment de ces mesures d'adaptation, il faut d'urgence prendre des mesures d'atténuation des effets du changement climatique aux niveaux local, régional, national et mondial. Des mesures d'atténuation probantes sont indispensables pour limiter les changements climatiques à des niveaux auxquels l'on pourra encore réalistement espérer réussir une adaptation efficace. L'organisation de telles mesures d'atténuation sort toutefois du cadre des présentes recommandations.

    Les retombées du changement climatique sur les écosystèmes et sur leurs communautés biologiques sont complexes. Les impacts de l'évolution du climat sur les espèces et milieux protégés par la Convention de Berne varient fortement suivant les espèces, leurs interactions avec d'autres espèces et/ou milieux et l'endroit où elles se trouvent. L'impact sur les espèces et les habitats des mesures d'atténuation et d'adaptation prises dans d'autres secteurs doit également être pris en compte afin d'éviter des retombées négatives.

    I. Les invertébrés et le changement climatique

Des changements dans l'histoire naturelle, la dynamique des populations, la répartition et la diversité des invertébrés ont été observés suite aux récents changements climatiques. Afin de limiter les pertes de biodiversité invertébrée résultant de ces changements, les politiques et pratiques en matière de sauvegarde de la nature doivent viser une augmentation du pouvoir d'adaptation des systèmes naturels ou aménagés.

    Les espèces endémiques dont l'aire de répartition est restreinte sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques et peuvent difficilement, par des moyens naturels, décaler leur aire de répartition afin de conserver les conditions climatiques qui leur conviennent. Il est indispensable de documenter et de protéger l'aire de répartition et les habitats actuels de ces espèces pour qu'elles aient une chance de survivre au changement climatique. Parmi les régions qui accueillent des populations de nombreuses espèces endémiques à répartition exiguë et d'autres espèces qui ont peu de chances de déménager naturellement en réaction changement climatique, citons les îles de l'Atlantique et de la Méditerranée ainsi que les massifs montagneux d'Europe méridionale et centrale.

    ACTIONS PROPOSEES2:

    Préserver voire, si possible, augmenter l'hétérogénéité

    I.1. Préserver et, si possible et approprié d'un point de vue écologique, ajouter de vastes espaces ou réseaux de milieux hétérogènes afin: (i) de protéger les grandes populations d'invertébrés à faible risque d'extinction locale; (ii) de se préparer aux changements pouvant intervenir dans l'association des espèces avec les milieux suite à l'évolution du climat; et (iii) de se donner de la marge contre l'impact de phénomènes extrêmes de nature climatique ou liés au climat (ex: incendies).

    Sauvegarder les populations existantes

    I.2 Sauvegarder les populations existantes d'invertébrés menacés dans un éventail d'habitats et de sites répartis sur leur aire de répartition géographique. Concentrer les efforts sur la protection des populations existantes d'espèces au sein des zones à forte diversité biologique et des réseaux de zones protégées, tels que les sites des réseaux Emeraude et Natura 2000 en Europe.

    I.2 bis développer la compréhension et la mise en œuvre pratique de la gestion des conditions au sein des micro-habitats et des microclimats au service de la conservation des invertébrés dans leurs sites actuels, afin d'augmenter la résilience face aux changements climatiques.

    Atténuer les menaces qui pèsent sur la biodiversité invertébrée

    I.3. Atténuer les menaces qui se conjuguent aux changements climatiques pour menacer la biodiversité invertébrée, y compris l'exploitation intensive des terres, l'abandon des pratiques agricoles et forestières traditionnelles, l'assèchement des zones humides, l'urbanisation, la pollution et la dissémination d'espèces exotiques envahissantes. Veiller prioritairement à atténuer ces menaces dans les systèmes qui accueillent les invertébrés les plus vulnérables, et notamment:

      · les montagnes, les herbages naturels et semi-naturels, les forêts anciennes, le biome méditerranéen, les zones humides (y compris les tourbières, les lacs d'eau douce, les étangs et les rivières) et les systèmes benthiques marins;

      · les îles de l'Atlantique et de la Méditerranée et les massifs montagneux d'Europe méridionale et centrale.

    Faciliter les décalages dans l'aire de répartition

    I.4. Créer ou préserver des réseaux d'habitats naturels ou semi-naturels à l'échelle des paysages afin d'augmenter les chances pour les espèces de décaler naturellement leur aire de répartition, car de nombreux invertébrés devront étendre leur répartition vers des latitudes ou des altitudes plus élevées pour survivre au changement climatique.

    I.5. Réaliser des réseaux écologiques à l'échelle des paysages par des mesures comme la protection et la gestion active des milieux existants, la restauration écologique des habitats dégradés et la gestion durable des espaces séparant les zones protégées existantes.

    I.6. envisager une colonisation assistée par des interventions planifiées de sauvegarde d'espèces dont l'aire de répartition actuelle risque de ne pas pouvoir continuer à les accueillir à long terme, et qui ont peu de chances d'atteindre des habitats adaptés et identifiables, avec des conditions climatiques appropriées, à l'extérieur de leur aire actuelle, en tenant pleinement compte de l'impact potentiel des activités de transfert sur les espèces et les habitats des zones d'arrivée envisagées.

    Surveillance et recherche

    I.7. Intensifier la surveillance et la recherche en matière de réponses des invertébrés et des systèmes écologiques aux changements climatiques, ce qui est essentiel afin de fournir une approche basée sur les évidences sur lesquelles pourront se fonder les décisions politiques et de gestion, en veillant à couvrir les domaines suivants:

    · documenter la répartition, les exigences en matière d'habitat et les associations climatiques des espèces d'invertébrés et régions méconnues, pour réunir des données de référence en vue de prédire les réactions probables au changement climatique et à d'autres paramètres de l'environnement, et de permettre la formulation de recommandations en vue de leur sauvegarde;

    · déterminer les rôles indépendants et interactifs du changement climatique et d'autres menaces dans les changements observés dans la dynamique démographique et la répartition géographique d'espèces d'invertébrés en vue d'aider à identifier les causes premières, à prédire les réactions futures de l'environnement et à définir des priorités pour les mécanismes et les approches de la gestion adaptative;

    · étudier les réactions des invertébrés au changement climatique afin de déceler une évolution dans la vulnérabilité relative de différentes espèces et de veiller à ce que les ressources soient consacrées aux espèces et systèmes prioritaires.

    II. Plantes et changement climatique

    Tous les faits dont nous disposons démontrent qu'il est hautement probable que, tant à l'échelle des paysages qu'à celle des écosystèmes, et pour les populations comme pour les espèces, la diversité végétale en Europe sera durement affectée par les changements climatiques qui se produiront au cours du siècle et se combineront à d'autres changements mondiaux tels que la croissance démographique et les déplacements et l'évolution des régimes de perturbations.

    Les impacts ne seront pas uniformes. Certaines régions connaîtront des changements limités de leur climat et des espèces, tandis que d'autres peuvent s'attendre à des bouleversements considérables de leurs écosystèmes et à leur remplacement par de nouvelles associations d'espèces, en perdant au passage un nombre considérable d'espèces actuellement rares ou menacées d'extinction, présentes dans des habitats spécialisés comme les hautes montagnes.

    De nombreuses espèces qui aujourd'hui ne sont ni menacées, ni inscrites dans des Listes rouges nationales, seront mises en danger par le changement climatique ou menacées d'extinction par manque de niches adaptées vers lesquelles émigrer. Nous avons certes élaboré des outils et des modèles de prévision de plus en plus sophistiqués, mais une grande incertitude subsiste quant aux migrations des espèces et aux modifications des milieux au plan local. L'on assistera très probablement à une forte augmentation des invasions par des espèces exotiques, avec des graves conséquences sur certains habitats.

    Tout en reconnaissant que les efforts de la Convention de Berne, de la Directive Habitats et des divers pays concernés ont permis de réaliser des progrès considérables dans la détermination des espèces prioritaires pour bénéficier de mesures de sauvegarde de l'habitat et de création de réseaux écologiques, la mise en œuvre n'est pas encore complète, notamment des points de vue de la gestion des sites et de la conservation à l'échelle des espèces.

    Etant donné que les données de référence sont encore très incomplètes, il est difficile de déterminer quels objectifs sont appropriés pour les mesures à prendre. Il faut développer considérablement les systèmes de surveillance afin de préserver l'efficacité des réseaux Emeraude et Natura 2000, et d'assurer une surveillance et une révision permanentes du statut de menace des espèces inscrites sur les listes. La Stratégie européenne de conservation des plantes (SECP), qui est un outil très complet pour la sauvegarde des plantes, constitue un cadre adapté pour traiter le problème de la conservation des plantes face au changement climatique.

    ACTIONS PROPOSEES3:

    Conservation in situ des espèces

    II.1. Réaliser de toute urgence un inventaire des besoins de conservation in situ de toutes les espèces européennes menacées, et pas uniquement de celles inscrites sur les listes de la Convention de Berne ou de la Directive Habitats.

    II.1 bis Intégrer les impacts probables du changement climatique à l'évaluation du statut de menace des espèces inscrites dans les livres ou listes rouges nationaux.

    II.2. Préparer une fiche de conservation pour toutes les espèces menacées et agir afin d'accélérer l'élaboration et la mise en œuvre des plans d'action, de gestion ou de rétablissement, selon les cas.

    II.3. Faire le point sur l'état d'avancement des plans de rétablissement nationaux pour les espèces inscrites sur les listes, et formuler des plans de gestion ou de rétablissement pour celles qui ne sont pas encore couvertes par de tels plans.

    II. 3 bis Mettre en place un dispositif supranational de surveillance afin de suivre l'évolution de la chorologie des espèces par-delà les frontières.

    II.4. Envisager des interventions de gestion afin de faciliter la dispersion des espèces vers des zones propices, notamment pour celles confinées à des micro habitats spécifiques comme les plantes des falaises et rupicoles.

    II.5. Evaluer le besoin, dans le contexte mondial des stratégies de sauvegarde, d'un renforcement de population par transfert inter situs ou assisté par l'homme, pour les espèces qui sont menacées d'extinction et qui ne survivront probablement pas au changement climatique dans leur aire actuelle de répartition, et établir une liste d'espèces candidates après évaluation minutieuse des risques et avantages potentiels.

    II.6. Evaluer l'efficacité et la durabilité des micro-réserves végétales à moyen et à long terme.

    II.7. Envisager des mesures de sauvegarde en dehors des zones protégées, notamment dans les zones importantes pour la conservation des plantes telles que définies dans la SMCP, ainsi qu'un développement notable des mesures extérieures aux espaces protégés comme les servitudes, le gel de terres, les mesures incitatives, les stratégies locales de conservation et la collaboration entre les secteurs public et privé pour la conservation.

    Conservation ex situ d'espèces

    II.8. Faire le bilan de la couverture et de la qualité des banques de semences et des collections des jardins botaniques qui existent pour les adapter aux besoins de la sauvegarde, prendre des mesures pour renforcer et améliorer leur réseau et assurer une diversité génétique suffisante à l'intérieur des collections disponibles de semences et de plantes.

    II.9. Agir sans tarder pour collecter et entreposer des propagules de la plupart des espèces protégées par la Convention de Berne et des espèces européennes les plus menacées et qui ne sont pas encore couvertes par les collections, sous la forme soit de collections vivantes, soit de semences, et améliorer la qualité des échantillons existants.

    Prédire les impacts du changement climatique

    II.10. Soumettre aux modélisations bioclimatiques au moins la totalité des espèces inscrites sur les listes de la Convention de Berne et des pays membres de cette dernière, et compléter les informations issues d'études de modélisation publiées, afin que les résultats permettent de réaliser facilement des recherches par espèces.

    II.11. Compléter les modélisations bioclimatiques par l'application d'autres critères par lesquels les taxons vulnérables au changement climatique peuvent être identifiés.

    Espèces envahissantes

    II.12. Consentir des efforts considérables de prévention de l'introduction et de l'installation de nouvelles espèces envahissantes, en couvrant notamment les vecteurs et les voies d'invasion responsables de l'installation d'espèces envahissantes, en procédant à des évaluations de risques, des analyses de risque, des prévisions pour détecter de nouveaux envahisseurs potentiels, et en mettant en place des systèmes d'alerte précoce, des codes de conduite et des stratégies de lutte.

    II.13 Encourager l'adoption généralisée du Code de conduite sur l'horticulture et les plantes exotiques envahissantes adopté en 2008 par la Convention de Berne, l'horticulture s'avérant être la principale source d'invasion.

      III. Zones protégées et changement climatique

    Les zones protégées d'Europe et les réseaux européens d'espaces protégés sont gravement menacés par le changement climatique. Jusqu'à 52%±12,1 des vertébrés et des plantes d'Europe devraient perdre les conditions climatiques qui leur conviennent dans les zones protégées existantes d'ici à 2080.

    Traditionnellement, l'on considère qu'une bonne conservation des zones protégées est obtenue en préservant les espaces protégés contre les phénomènes qui menacent leur existence. Il est toutefois évident que les stratégies de sauvegarde devront, pour rester efficaces, atténuer les impacts du changement climatique en plus de veiller à une gestion durable des habitats et des écosystèmes.

    La classification des sites des réseaux Emeraude et Natura 2000 repose sur la présence d'espèces et d'habitats d'importance européenne. Avec le changement climatique, ces espèces quitteront sans doute certains de ces sites, mais l'on s'attend plus fondamentalement à ce que les priorités concernant les espèces évoluent. Face à l'évolution de la répartition des espèces et à celle de la liste des espèces d'importance européenne, il faudra mettre en œuvre à intervalles réguliers des méthodes intégrées et d’approches basées sur des évidences.

    ACTIONS PROPOSEES4:

    III.1. Assurer une gestion et une surveillance adéquates des espaces protégés existants, afin qu'ils soient aussi sains que possible avant que les changements climatiques et autres ne s'intensifient.

    III.2 Assurer une gestion des zones protégées afin d'augmenter leur résistance face au changement climatique. Il peut s'agir tant de mesures à l'intérieur des sites que d'une gestion du paysage dans son ensemble afin de préserver les processus et les fonctions des écosystèmes.

    III.3 Adopter une vision à long terme dans les plans de gestion des zones protégées, en y prévoyant des mesures d'adaptation au changement climatique (sur des périodes allant de 20 à 50 ans, selon la vitesse à laquelle les écosystèmes risquent d'évoluer). Recourir à des stratégies de gestion adaptative et éviter d'entretenir des habitats inadaptés.

    III.4. Veiller à la mise en place d'un réseau de zones protégées suffisamment représentatif et interconnecté pour autoriser la dispersion des espèces et leur installation dans de nouveaux sites appropriés en réponse au changement climatique. Face aux incertitudes actuelles, un tel réseau constituerait une police d'assurance au bénéfice des espèces et des habitats les plus menacés.

      Améliorer les réseaux de zones protégées à la lumière des conclusions des travaux de recherche et de surveillance permanents, afin de prendre en compte les évolutions que le changement climatique induit dans la répartition des espèces et la qualité des habitats, et les modifications qui en résultent dans la composition des communautés.

    III.5. Relier les zones protégées en réseaux écologiques fonctionnels afin de permettre aux espèces de circuler entre celles-ci. Recourir pour ce faire à des techniques telles que les zones tampon, les biotopes relais, les couloirs écologiques et diverses mesures susceptibles d'atténuer le morcellement des habitats.

    III.6. Assurer une gestion intégrée des terres afin d'alléger la pression globale sur la diversité biologique et de faciliter le déplacement d'espèces entre les diverses zones protégées, car la dispersion devrait constituer le principal mécanisme d'adaptation des espèces au changement climatique.

    III.7 Envisager les mécanismes suivants pour assurer la mise en œuvre d'une gestion à l'extérieur des zones protégées:

      · inscrire les interdictions et les exigences dans la réglementation;

      · encourager la sauvegarde sur des terres privées par des mesures incitatives directes;

      · créer et améliorer des marchés;

      · élaborer des instruments d'information et d'éducation.

    III.8 Concevoir et mettre en œuvre une surveillance efficace de l'impact du changement climatique sur les zones protégées, tant au niveau des sites que des réseaux dans leur ensemble. Organiser également la recherche et la surveillance afin de permettre une conception et une évaluation efficaces des mesures d'adaptation pour l'intérêt biologique des zones protégées et des réseaux.

    III.9. Suivre attentivement les expériences menées par des pays d'Europe ou d'autres parties du monde dans la mise en œuvre de mesures spécifiques d'adaptation en faveur de la diversité biologique.

1 L’adaptation fondée sur les écosystèmes utilise la biodiversité et les services écosystémiques dans une stratégie d’adaptation globale. Elle inclut la gestion, la conservation et la restauration durables des écosystèmes pour fournir des services qui aident les populations à s’adapter aux effets négatifs du changement climatique. Elle est différente de l’approche écosystémique, qui comprend douze étapes pour la gestion intégrée des terres, de l’eau et des ressources biologiques visant à promouvoir la conservation et l’utilisation durable, de manière équitable. Source : Rapport du Deuxième Groupe spécial d’experts techniques sur la diversité biologique et les changements climatiques « Connecting Biodiversity and Climate Change Mitigation and Adaptation» (CBD Technical Series No. 41, publié en 2009).

2 Ces actions recommandées émanent du rapport de R. Wilson “Impacts of climate change on European invertebrates”, document T-PVS/Inf (2009) 8.

3 Ces actions recommandées émanent du rapport de V. Heywood “The impacts of climate change on plant species in Europe”, document T-PVS/Inf (2009) 9.

4 Ces actions recommandées émanent du rapport de M. Araújo “Protected areas and climate change in Europe”, document T-PVS/Inf (2009) 10, et du rapport de V. Heywood “The impacts of climate change on plant species in Europe”, document T-PVS/Inf (2009) 9.



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