Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe - Comité permanent

Recommandation n° 94 (2002) concernant des mesures urgentes pour la conservation du lynx ibérique (Lynx pardinus), adoptée par le Comité permanent le 5 décembre 2002

Le Comité permanent de la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe, agissant conformément à l’article 14 de la convention,

Tenant compte des objectifs de la convention visant à la conservation de la faune sauvage et de ses habitats naturels ;

Rappelant que l’article 1, paragraphe 2 de la convention exige des Parties de mettre un accent particulier sur la conservation des espèces menacées ou vulnérables ;

Considérant que le Lynx ibérique (Lynx pardinus) est un élément fondamental du patrimoine naturel européen et qu’il figure à l’Annexe II de la convention ;

Notant que la population du lynx ibérique a fortement diminué depuis dix ans, principalement à la suite de la pneumonie virale hémorrhagique qui a affecté le lapin, sa principale proie ;

Conscient que d’autres facteurs (modification des paysages ibériques pour des réserves de gibier, construction de nouvelles infrastructures de transport, de nouveaux barrages, etc.) ont pu eux aussi avoir un effet négatif sur la survie du lynx ;

Notant avec inquiétude que cette espèce court peut-être un sérieux risque d’extinction à moins que des mesures de conservation urgentes et décisives ne soient prises ;

Désireux d’éviter un nouvel appauvrissement de la diversité biologique en Europe ;

Conscient qu’une coopération internationale et une coordination améliorée entre les autorités régionales et nationales chargées de la conservation en Espagne sont des éléments essentiels pour l’efficacité des mesures de conservation proposées ;

Rappelant qu’un des buts de la convention est de conserver la faune sauvage et ses habitats, et en particulier les espèces dont la conservation exige la coopération de plusieurs États, et d’encourager pareille coopération ;

Rappelant sa Recommandation n° 59 (1997) sur l’élaboration et la mise en oeuvre de plans d’action relatifs aux espèces de faune sauvage ;

Rappelant ses Recommandations n° 19 (1991) sur la protection du Lynx pardel (Lynx pardinus) dans la péninsule Ibérique, n° 74 sur la conservation des grands carnivores, et n° 82 (2000) sur les mesures urgentes concernant la mise en oeuvre de plans d’action pour les grands carnivores en Europe ;

Se référant au Plan d’action pour la conservation du lynx ibérique en Europe présenté par l’Initiative pour les grands carnivores en Europe (LCIE) soutenue par le WWF (série Nature et Environnement, n° 111) ;

Rappelant la Stratégie espagnole pour la conservation du lynx ibérique et reconnaissant les efforts importants déployés à tous les niveaux par les autorités espagnoles chargées de la conservation pour inverser le déclin de cette espèce ;

Reconnaissant le soutien apporté par l’Union européenne à la conservation du lynx ibérique, notamment au travers de projets LIFE correctement ciblés ;

Sérieusement préoccupé par les retards apportés à la mise en oeuvre du programme agréé d’élevage en captivité,

Recommande que l’Espagne et le Portugal :

1. conservent et améliorent d’urgence l’habitat du lynx à l’intérieur de son aire de répartition actuelle en évitant toute nouvelle fragmentation de l’habitat et l’édification de nouvelles infrastructures ; veillent à ce que les autres activités soient compatibles avec la conservation de cette espèce ; adaptent les routes dans les zones à lynx en y ménageant des passages leur permettant de traverser sans danger ; prennent des mesures pour réduire efficacement la mortalité non naturelle dans les zones à lynx ;

2. maintiennent en bon état de conservation toutes les zones occupées par le lynx ibérique en 1980 (subséquemment désignées dans les présentes recommandations comme « zones à lynx »), afin de permettre leur future recolonisation par l’espèce, puisqu’elles seront vitales pour sa conservation à long terme ;

3. adaptent la politique forestière, la chasse, la gestion hydrographique et l’utilisation des zones alluviales de façon à favoriser la conservation du lynx ; encouragent des mesures agro-environnementales spécialement ciblées sur la conservation du lynx, en instituant des procédures d’évaluation appropriées ; donnent la priorité, dans ce contexte, aux zones NATURA 2000 ; encouragent l’harmonisation des méthodes de gestion pour les populations de lapins, en adoptant également des protocoles visant à un repeuplement efficace ;

4. proposent aux propriétaires terriens dans les zones à lynx des mesures propres à les inciter à adopter des modalités de gestion qui soient favorables à l’espèce ; pareilles mesures peuvent prendre la forme de déductions fiscales, d’une meilleure reconnaissance du rôle des propriétaires dans la conservation du lynx et d’autres mesures destinées à améliorer leur image, telles que des labels de qualité pour des produits provenant des zones à lynx ;

5. gèrent en tant que métapopulation unique tous les lynx restants, y compris ceux en captivité ; évaluent la faisabilité d’une translocation des animaux entre les deux populations reproductrices afin de prévenir ou de minimiser les risques possibles associés à la dérive génétique ;

6. veillent à ce que le programme d’élevage en captivité vise à la conservation de la plus grande variabilité génétique possible, en incorporant au programme des lynx des populations marginales, en plus des captures prévues d’individus issus des populations de Doñana et de Cardeña-Andújar ; créent une banque de ressources génomique en tant qu’activité complémentaire ;

7. mettent d’urgence en application le programme agréé d’élevage en captivité ; capturent sans tarder les animaux prévus par le plan ; prennent les décisions politiques et mesures techniques requises, afin que puissent être capturés des animaux se dispersant en automne et en hiver 2002 ; soutiennent le groupe pour l’élevage en captivité et en renforcent les activités ; révisent le programme d’élevage en captivité pour le rendre plus ambitieux.

8. effectuent des recensements des lynx et pratiquent une surveillance des populations en consacrant plus d’efforts aux zones de reproduction actuelles ; le recensement et la surveillance devraient englober toutes les zones à lynx et être d’intensité variable selon que la zone est une aire de reproduction, une zone où la présence du lynx a été récemment signalée ou une autre zone de la répartition des années 1980 ; encouragent la mise en place de procédures de suivi communes au sein du groupe de travail sur les lynx et veillent à ce qu’elles soient utilisées de manière coordonnée ;

9. encouragent la recherche dans les domaines suivants, qui relèvent de la conservation du lynx :

– expression de la consanguinité et mesures correctives (translocation, repeuplement)

– pathologies du lynx et du lapin ; utilisation des vaccins

– rapport entre la densité de population des lapins et le taux de reproduction des lynx

– répartition, densité et cartographie des populations de lapins dans la Péninsule ibérique

– mortalité non naturelle

– efficacité des projets de conservation ;

10. encouragent l’inclusion, dans tous les projets relatifs à la conservation du lynx, d’objectifs clairs et mesurables ; évaluent le succès des projets sur la base de leur effet sur l’accroissement des populations de lynx ;

11. encouragent la sensibilisation et l’implication accrue dans la conservation du lynx de toutes les parties prenantes concernées, en particulier, les autorités de gestion hydrologique, les propriétaires terriens, les chasseurs, les organisations non gouvernementales, la communauté du monde des affaires et d’autres groupes sociaux appropriés ; associent ces parties prenantes à l’élaboration et à la mise en oeuvre de plans et de projets de conservation ; suscitent une reconnaissance publique appropriée de l’implication des propriétaires terriens et de leur rôle significatif dans la survie du lynx ;

12. organisent la promotion d’une image positive du lynx au travers de campagnes spéciales où sont reconnus la valeur symbolique de l’espèce pour la conservation ibérique tout comme l’intérêt biologique et écologique de sa conservation ;

13. améliorent la coordination et la coopération entre les différentes instances administratives impliquées dans la conservation du lynx, en visant à une efficacité accrue ; assurent la coopération avec les organisations internationales concernées et avec la société civile ; veillent à l’intégration dans les politiques sectorielles des préoccupations liées à la conservation du lynx ;

14. améliorent l’efficacité des procédures d’Étude d’impact sur l’environnement (EIE) en veillant à leur fiabilité et à leur indépendance ;

15. soutiennent la constitution, dans le cadre de la Convention, d’un groupe international destiné à surveiller et évaluer les actions en matière de conservation du lynx ;

Recommande que le Portugal :

16. approuve et mette en oeuvre un plan d’action national pour le Lynx ibérique

Recommande que l’Espagne :

17. procède à une amélioration de l’habitat du lynx dans les zones de Doñana et de Cardeña-Andújar qui puisse permettre une augmentation significative du nombre des lynx avant 2010, en particulier grâce au rétablissement des populations de lapins ;

18. adopte et mette en oeuvre des plans de rétablissement du Lynx ibérique en Andalousie, Castille-Manche, Castille et León, Estrémadure, et dans la région de Madrid.

Recommande que l’Union européenne :

19. encourage la création, dans le cadre des politiques européennes, d’instruments visant spécifiquement à la conservation des forêts méditerranéennes.



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