Communiqué de presse - 168(2010)

La Commission anti-racisme du Conseil de l’Europe publie un nouveau rapport sur l’Estonie

Strasbourg, 02.03.2010 – La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) publie aujourd’hui un nouveau rapport sur l’Estonie, dans lequel elle examine la situation en matière de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme et d’intolérance dans ce pays. Le Président de l’ECRI, Nils Muiznieks, a déclaré que certains domaines avaient enregistré des améliorations, mais il a exprimé sa préoccupation notamment s’agissant du nombre élevé d’apatrides, des contacts limités entre les minorités russophones et les Estoniens, du taux de chômage élevé parmi les groupes minoritaires et de la discrimination à l’encontre des Roms.

S’agissant des évolutions positives, la loi de 2008 relative à l’égalité de traitement constitue un cadre solide pour combattre le racisme et les formes de discrimination qui y sont associées dans différents domaines tels que l’emploi, l’éducation, le logement et la protection sociale. Une commissaire pour l’égalité des genres et l’égalité de traitement a été chargée de veiller au respect de cette loi.

La Stratégie d’intégration 2008-2013 adoptée par l’Estonie fixe un certain nombre d’objectifs intéressants visant à résoudre les problèmes des minorités russophones et des personnes apatrides. Ceux-ci incluent de dispenser des cours d’estonien, de lutter contre les inégalités entre Russes et Estoniens dans le secteur de l’emploi, de réduire le nombre d’apatrides et de préserver la culture et l’identité des minorités ethniques.

Les autorités ont également pris des mesures en faveur de l’enseignement et de la mémoire de l’Holocauste, et doté les enseignants d’outils pédagogiques à cet effet.

En revanche, même s’il diminue progressivement, le nombre d’apatrides demeure élevé (8 % de la population). Les critères linguistiques et autres exigences demeurent trop stricts et restent un frein à la naturalisation. Il est important que les autorités et les personnes sans nationalité poursuivent leur dialogue sur les mesures à prendre.

Les contacts entre les minorités russophones et les Estoniens demeurent trop limités et il faudrait développer davantage la composante multiculturelle de l’enseignement afin de rapprocher ces communautés. La transition vers un système éducatif capable de former des personnes parlant couramment l’estonien doit s’accompagner d’une formation supplémentaire des enseignants des écoles de langue russe, ce qui exige une implication continue des enseignants et des associations de parents russophones.

Le taux de chômage des groupes minoritaires reste deux fois plus élevé que celui des Estoniens. Il n’existe toujours pas de contrôle adéquat des prérogatives de l’Inspectorat des langues, qui est chargé d’évaluer les compétences linguistiques des employés des secteurs public et privé.

Les Roms sont particulièrement exposés à la discrimination, aux stéréotypes et aux préjugés. Sur le plan scolaire, les élèves roms courent nettement plus de risques d’abandonner leurs études et ils restent surreprésentés dans les écoles pour enfants handicapés mentaux.

Les juges et les procureurs ne connaissent pas suffisamment les dispositions pénales et civiles concernant le racisme et les formes de discrimination qui y sont associées. Aucun organe indépendant n’est chargé d’enquêter sur les allégations de mauvais traitements policiers. Par ailleurs, des ressources suffisantes devraient être allouées à la Commission pour l’égalité des genres et l’égalité de traitement.

Dans son rapport, l’ECRI fait un certain nombre de recommandations parmi lesquelles les trois suivantes feront l’objet d’un réexamen dans deux ans :

    - dispenser un enseignement de qualité aux enfants russophones, notamment en formant davantage les enseignants des écoles de langue russe ;

    - diminuer le nombre de personnes dépourvues de nationalité ;

    - remédier au problème du placement abusif des enfants roms dans des écoles spécialisées et veiller à ce qu’ils réintègrent des écoles ordinaires.

Le rapport, y compris les observations du gouvernement, est disponible ici.

    L’ECRI, organe indépendant de protection des droits de l'homme du Conseil de l'Europe, est chargée du suivi des problèmes de racisme et d’intolérance ; elle élabore des rapports et adresse des recommandations aux Etats membres dans ce domaine.

Contact presse: Stéphanie Marsal, Tél: +33 (0)3 90 21 43 28, stephanie.marsal@coe.int

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