DD(2006)260

Déclaration de Saint-Marin

Déclaration finale de la Conférence européenne
 « La dimension religieuse du dialogue interculturel »

Saint-Marin, 23 et 24 avril 2007

1. La conférence européenne sur « La dimension religieuse du dialogue interculturel », qui s’est tenue les 23 et 24 avril 2007 dans le cadre de la présidence saint-marinaise du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, a marqué une étape importante dans les efforts déployés pour promouvoir, stimuler et développer le dialogue interculturel en Europe, notamment dans sa dimension religieuse. Rassemblés à Saint-Marin, des représentants des organes du Conseil de l’Europe, des gouvernements de ses Etats membres, des religions traditionnellement présentes sur le continent européen et de la société civile, assistés par des experts, ont débattu des implications de la diversité culturelle et religieuse sur notre continent pour le renforcement d’une coopération européenne fondée sur des valeurs communes.

2. L’accentuation de la diversité culturelle, qui résulte à la fois de l’élargissement de l’espace de coopération européenne et de son ouverture accrue, a engendré des défis et opportunités qu’il convient de prendre en compte à la faveur d’un dialogue plus étoffé avec et entre les cultures. La République de Saint-Marin qui préside actuellement le Comité des Ministres a fait de ce sujet sa priorité principale. Le Conseil de l’Europe dans son ensemble, s’emploie activement depuis le Troisième Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement (Varsovie, Pologne, mai 2005) et la conférence des ministres européens responsables des affaires culturelles (Faro, Portugal, octobre 2005) à promouvoir une gestion démocratique de la diversité. La conférence est à ce titre, une contribution supplémentaire à la mise en œuvre du Plan d’Action décidé lors de ce sommet.

3. La conférence s’est inscrite dans la continuité des travaux et conclusions des conférences internationales ''Dialogue, tolérance, enseignement : l’action concertée du Conseil de l’Europe et des Communautés religieuses'' (Kazan, 22-23 février 2006) et « Dialogue entre les cultures et coopération interreligieuse » (Nizhniy Novgorod, 7-8 septembre 2006). La « Déclaration du Forum de la Volga », adoptée lors de cette dernière conférence, a tout particulièrement inspiré les réflexions menées à Saint-Marin. Des nombreuses références ont aussi été faites aux séminaires organisés par le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe depuis 2000, aux initiatives prises par l’Assemblée parlementaire, le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux et la Conférence des OINGs du Conseil de l’Europe au cours des dernières années. Les participants ont salué la campagne européenne pour la diversité, les droits de l’homme et la participation « Tous différents – tous égaux ».

4. Les participants ont réaffirmé leur engagement envers les valeurs partagées qui constituent le fondement même du Conseil de l’Europe, à savoir : les droits de l’homme universels, inaliénables et indivisibles, la démocratie et l’état de droit. Ils ont été nombreux à noter que ces valeurs étaient enracinées dans le patrimoine culturel, religieux et humaniste de l’Europe. Les participants ont en outre souhaité marquer leur attachement au développement en Europe de sociétés plus inclusives et solidaires.

5. Les participants se sont déclarés convaincus de la nécessité de promouvoir le dialogue interculturel et sa dimension religieuse avec toutes les parties intéressées et ont mis en relief l’importance de la coopération des communautés religieuses, ensemble avec les autorités publiques et les autres acteurs sociaux, à la création de conditions favorables pour la vie en commun des collectivités humaines en Europe. Ils ont néanmoins exprimé leurs préoccupations face aux actes de violence à connotation d’intolérance religieuse qui se sont produits récemment.

6. Ils ont noté, par-delà la diversité considérable des situations nationales, s’agissant notamment de l’impact social des religions ou de l’apparition de nouvelles formes de religiosité, une tendance dans un certain nombre d’Etats membres à l’approfondissement des interactions entre les autorités publiques, les institutions et/ou communautés religieuses et la société civile. S’il vise d’abord à mieux inscrire dans une société démocratique la garantie effective du droit à la liberté de religion ou de conception du monde, y compris dans ses dimensions de pratique collective, le dialogue ainsi noué s’efforce souvent aussi d’améliorer le vivre ensemble. Les participants ont recommandé une large dissémination des exemples de bonnes pratiques présentés à ce sujet au cours de la conférence, notamment au niveau local.

7. Les représentants des religions et de la société civile se sont réjouis de l’intérêt manifesté par le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe en vue d’engager lui-même un dialogue ouvert et transparent avec les communautés religieuses et la société civile fondé sur les valeurs de l’Organisation. Ils ont exprimé leur intérêt d’être associés à cet exercice et leur volonté de contribuer par leurs réflexions à sa réussite. Ils ont noté que, dans cette démarche, le Conseil de l’Europe entendait conserver à l’égard des religions et courants de pensée une attitude de neutralité et tenir pleinement compte des trois exigences suivantes : (1) la liberté de pensée, de conscience et de religion telle que garantie par l’Article 9 de la CEDH, (2) l’égalité des droits et des devoirs de tous les citoyens quelle que soit leur appartenance religieuse, (3) l’autonomie respective de l’Etat et des religions. Le Conseil de l’Europe tiendra également compte du rôle et du statut spécifique des communautés religieuses dans chacun des pays de l’Europe.

8. La Conférence a examiné le rôle de la dimension religieuse du dialogue interculturel. Les religions peuvent en effet élever ou enrichir les objectifs du dialogue et contribuer à ce que celui-ci s’établisse dans le respect de conditions essentielles, à savoir une ambition partagée de protéger la dignité de chaque être humain, par la promotion des droits de l’homme y compris l’égalité entre les femmes et les hommes, de renforcer la cohésion sociale et de favoriser la compréhension et l’harmonie entre les cultures présentes sur notre continent. Dans cette perspective, il est souhaitable que la dimension religieuse de nos cultures soit reflétée d’une manière adéquate dans les systèmes éducatifs et dans les débats publics, y compris dans les médias, au sein de sociétés respectueuses de la liberté d’expression garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme.  

9. Les débats ont aussi mis en exergue le rôle des croyances et des convictions dans l’affirmation de l’identité individuelle, ainsi que la place des religions dans la culture contemporaine et le patrimoine culturel. Les participants ont souligné l’importance de la promotion de la citoyenneté démocratique, de la connaissance mutuelle des cultures et de l’enseignement du fait religieux.

10. Les participants ont pris note de l’intention du Conseil de l’Europe de publier pour la fin de l’année 2007 un « Livre blanc sur le dialogue interculturel » qui formulera les orientations politiques de l’Organisation dans ce domaine et fournira des lignes directrices et outils analytiques et méthodologiques pour promouvoir le dialogue interculturel aux décideurs et praticiens aux niveaux national, régional et local. Il sera élaboré suite à un processus ouvert et inclusif de consultation avec toutes les parties prenantes du dialogue interculturel, à savoir : les gouvernements des Etats membres du Conseil de l’Europe, les membres de l’Assemblée parlementaire, les autorités locales et régionales, les communautés religieuses et la société civile. Ils se sont réjouis de l’opportunité qui leur a été donnée lors de la conférence de soumettre leurs points de vues sur un tel exercice et ont exprimé le souhait d’être associés aux suites données aux conclusions de ce document, dans lequel la dimension religieuse tiendra une place importante.

11. Au terme de leurs travaux, les participants ont estimé que, compte tenu de ses acquis normatifs et compétences dans le domaine des droits de l’homme, de la démocratie et de l’état de droit, le Conseil de l’Europe, était un cadre particulièrement approprié pour promouvoir le dialogue interculturel et pour en valoriser la dimension religieuse. Ils ont noté que le Conseil de l’Europe attache beaucoup d’importance à la participation des femmes dans ce processus.

12. Les représentants des religions et de la société civile ont félicité le Conseil de l’Europe d’avoir pris l’initiative d’entamer une réflexion approfondie sur le dialogue avec les communautés religieuses et la société civile et d’avoir apporté une proposition constructive relative à l’organisation de rencontres annuelles sur la dimension religieuse du dialogue interculturel. Ils ont souhaité que ce dialogue ouvert et transparent fondé sur les valeurs du Conseil de l’Europe soit mis en place, dans un esprit de concertation, à partir de 2008. Ils ont estimé aussi que les ONGs actives dans les regroupements des droits de l’homme et de l’éducation de la Conférence des OINGs prennent toute leur place dans cet exercice. A cet égard, ils ont considéré que ces rencontres pourraient à l’avenir, après une évaluation positive de leur utilité, servir de plateformes d’échanges sur la mise en œuvre des recommandations du Livre blanc, notamment celles relatives à la dimension religieuse du dialogue interculturel.

13. Ils ont accueilli très favorablement la publication prochaine d’un Livre blanc sur le dialogue interculturel et la procédure de très large consultation retenue. Ils y ont vu la volonté du Conseil de l’Europe de développer une politique à long terme en faveur d’un tel dialogue. Le Livre blanc permettra de mettre en relief les réponses constructives que doivent apporter les sociétés démocratiques aux défis de la diversité culturelle. La conférence a permis de recueillir un grand nombre de suggestions. La proposition a été faite que le Conseil de l’Europe élabore un texte normatif sur l’éducation aux droits de l’homme et l’apprentissage de la citoyenneté démocratique.

14. Les participants ont adressé leurs remerciements à la Présidence saint-marinaise du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe pour l’initiative et l’organisation de la conférence, qui a donné une nouvelle et importante impulsion aux efforts communs de promotion du dialogue interculturel et de sa dimension religieuse sur notre continent.


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