Délégués des Ministres
    Documents CM

    CM(2004)227 Addendum 2 17 décembre 2004
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    912 Réunion, 19 janvier 2005
    10 Questions juridiques


    10.5 Comité directeur sur la démocratie locale et régionale (CDLR)

    c. Projet de Recommandation Rec(2005)… du Comité des Ministres aux Etats membres sur l'enseignement des langues voisines en région frontalière

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    Projet de Recommandation Rec(2005)…
    du Comité des Ministres aux Etats membres
    sur l'enseignement des langues du voisin en région frontalière

    (adoptée par le Comité des Ministres le … 2005,
    lors de la …e réunion des Délégués des Ministres)

    Le Comité des Ministres, en vertu de l'article 15.b du Statut du Conseil de l'Europe,

    Vu la Déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement des Etats membres du Conseil de l'Europe adoptée à Vienne le 9 octobre 1993, où il est souligné que: « La création d'une Europe tolérante et prospère ne dépend pas seulement de la coopération entre les Etats. Elle se fonde aussi sur une coopération transfrontalière entre collectivités locales et régionales, respectueuse de la constitution et de l'intégrité territoriale de chaque Etat » ;

    Vu la Déclaration du Comité des Ministres sur la coopération transfrontalière en Europe, adoptée le 6 octobre 1989, à l'occasion du 40e anniversaire du Conseil de l'Europe ;

    Vu la Convention culturelle européenne, ouverte à la signature le 19 décembre 1954 ;

    Vu la Convention-cadre européenne sur la coopération transfrontalière des collectivités ou autorités territoriales ouverte à la signature le 21 mai 1980, son Protocole additionnel du 9 novembre 1995 et son Protocole n° 2 du 5 mai 1998 ;

    Vu la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, ouverte à la signature le 5 novembre 1992, et en particulier l'article 14 de ladite Charte ; 

    Se référant à la Recommandation n° R (98) 6 du Comité des Ministres concernant les langues vivantes, adoptée le 17 mars 1998 ;

    Vu la Résolution 165 (1985) de la Conférence des Pouvoirs Locaux et Régionaux de l'Europe sur la coopération entre les régions frontalières européennes qui appelle notamment à la rédaction d'un accord-modèle de coopération transfrontalière dans le domaine de la culture.

    Vu la Résolution 259 (1994) du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux de l'Europe sur les autorités et collectivités territoriales et la coopération scolaire transnationale et transfrontalière ;

    Estimant que les relations de bon voisinage sont les fondements sur lesquels doit s'édifier une Europe plus libre et plus tolérante, essentielle à la consolidation de la stabilité démocratique ;

    Ayant constaté que, dans beaucoup de régions frontalières, la coopération transfrontalière de tous types se heurte à l'obstacle des différences linguistiques et culturelles ;

    Ayant à l'esprit les bénéfices pour les Etats membres des réalisations du Conseil de l'Europe dans le domaine de l'enseignement des langues ;

    Soulignant l'intérêt politique de développer des stratégies pour la diversification et l'intensification de l'apprentissage des langues en vue de promouvoir le plurilinguisme dans un contexte paneuropéen, de renforcer des liens et échanges, ou encore d'exploiter des technologies nouvelles de l'information et de la communication ;

    Désireux de maintenir et d'approfondir la richesse et la diversité de la vie culturelle européenne par une plus grande connaissance mutuelle des langues nationales, minoritaires ou régionales ;

    Conscient des riches expériences de coopération transfrontalière dans le domaine de l'éducation dans les régions frontalières et de leur valeur d'exemples de bonne pratique pour les approches linguistiques et culturelles qui visent à préparer les citoyens à l'Europe unie,

    Recommande aux gouvernements des Etats membres :

    a. en développant leurs politiques linguistiques éducatives, de mettre en œuvre les principes d'une éducation plurilingue, en créant, en particulier, les conditions qui permettent aux établissements d'enseignement de tous les niveaux, situés dans les régions frontalières, de sauvegarder ou d'introduire le cas échéant l'enseignement et l'utilisation des langues des pays voisins ainsi que l'enseignement de leurs cultures, qui sont indissociables de l'enseignement des langues ;

    b. d'inciter les différents acteurs de la coopération transfrontalière, tels que les collectivités régionales et locales, les groupements transfrontaliers de coopération entre collectivités territoriales, les chambres de commerce, les syndicats, les employeurs et les autres acteurs concernés, à inclure les milieux éducatifs et linguistiques dans les projets de coopération transfrontalière qu'ils organisent ou préparent ;

    c. de rechercher, dans leur coopération avec le(s) pays voisin(s) dans le domaine de l'enseignement de la langue du voisin en région frontalière, la réciprocité linguistique, en donnant une place à leur propre langue nationale et aussi, le cas échéant, aux autres langues parlées dans les régions frontalières concernées, qu'elles soient de moindre diffusion, des langues régionales ou minoritaires ;

    d. de mettre en œuvre, par tous les moyens disponibles, les mesures énoncées à l'annexe de la présente recommandation ;

    e. de rechercher, dans ce domaine, la coopération avec les instances compétentes de l'Union européenne afin d'atteindre une synergie maximale.

    Annexe à la Recommandation Rec(2005)…

    Mesures à mettre en œuvre concernant l'enseignement et la promotion des langues du voisin en région frontalière

    Les mesures recommandées sont destinées aux autorités centrales, dans la mesure où celles-ci sont responsables de la définition du cadre légal et du contrôle de l'activité des collectivités ou autorités territoriales. Dans certains Etats fédéraux, ces compétences appartiennent aux entités fédérées. Dans ce cas de figure, ces mesures leur sont adressées. Les autorités centrales sont invitées à porter ces mesures à leur attention.

    A. Mesures et principes généraux

    i. Désigner un service ou un département dans les ministères qui est l'interlocuteur pour le(s) ministère(s) du/des pays voisin(s), dans le domaine de la coopération en matière d'éducation et d'enseignement des langues du voisin en région frontalière, si cela n'existe pas déjà. Désigner ou créer un organisme national, s'il n'existe pas déjà, ou bien utiliser le service/département du ministère, pour rassembler et diffuser, au niveau national, les savoir-faire dans le domaine de l'enseignement des langues en région frontalière, et encourager cet organisme à coopérer au niveau européen avec d'autres organismes ayant le même rôle.

    ii. Contribuer à la création d'un réseau européen de ces organismes en vue d'échanger le savoir-faire dans le domaine de l'organisation et de la pédagogie, de créer une banque de données d'exemples de bonne pratique, de mener des projets communs et de développer un manuel pour l'organisation de l'enseignement des langues en région frontalière.

    iii. Amorcer ou continuer le dialogue avec le(s) pays voisin(s) pour échanger des informations sur leurs systèmes éducatifs respectifs et sur leurs politiques éducatives; entreprendre le développement de programmes ou politiques communs relatifs à l'enseignement des langues du voisin et à la coopération en matière d'éducation. Ces programmes devront permettre aux établissements d'enseignement de développer des relations transfrontalières durables, d'entamer des projets éducatifs visant l'acquisition des compétences requises pour vivre et travailler dans des régions transfrontalières, de multiplier les échanges et visites transfrontalières, et de développer du matériel didactique spécifique.

    iv. Inviter les services locaux et régionaux de l'éducation, tout en les soutenant dans ces démarches, à communiquer avec leurs homologues de l'autre côté de la frontière, à échanger savoir-faire et expérience, à coopérer ensemble et à surmonter les différences de structures administratives et éducatives.

    v. Si nécessaire, permettre l'inclusion dans les programmes des établissements d'enseignement en région frontalière de l'enseignement de la langue du voisin ainsi que des thèmes liés à l'histoire, à la géographie et à la culture du pays voisin, et développer les outils pédagogiques appropriés.

    vi. Gardant à l'esprit les opportunités offertes par les programmes européens existants, renforcer ou créer les conditions juridiques qui permettent la mobilité éducative dans la région frontalière (échanges d'élèves, d'étudiants, visites des pays voisins), en réduisant les procédures administratives au minimum, de sorte qu'elles ne freinent ni ne découragent cette mobilité.

    vii. Lever les obstacles juridiques et autres qui empêchent les enseignants qualifiés dans leurs pays d'exercer leur profession, en partie ou entièrement, dans une école partenaire de l'autre côté de la frontière, tout en gardant leurs propres statuts et droits professionnels.

    viii. Créer les conditions pour que les autorités compétentes et/ou les établissements d'enseignement puissent reconnaître officiellement les parties de scolarité ou d'études que des élèves ou des étudiants ont accomplies dans une école ou université partenaire de l'autre côté de la frontière.

    ix. Encourager les acteurs locaux et régionaux à promouvoir une prise de conscience, auprès du grand public, de l'importance et de la richesse de la connaissance de la langue, de la culture et de la société de la région voisine.

    B. Mesures ciblées sur les acteurs dans les régions frontalières

    i. Faire connaître aux organismes compétents et aux établissements d'enseignement, les documents sur les politiques linguistiques éducatives, développés par la Division des politiques linguistiques du Conseil de l'Europe à Strasbourg et les documents développés, dans le cadre du projet 1.1.4 (L'enseignement des langues du voisin en région frontalière) du Centre européen pour les langues vivantes du Conseil de l'Europe à Graz.

    ii. Encourager des formes souples et variées de l'enseignement des langues et cultures des pays voisins, qui profitent au maximum de la présence du pays voisin et des contacts directs avec celui-ci, pour permettre ainsi au plus grand nombre de vivre un apprentissage authentique et motivant, y compris des apprentissages autonomes (en «tandem» où les élèves des deux pays s'apprennent mutuellement les langues), des cours raccourcis/intensifs, des séjours individuels prolongés dans un établissement de l'autre côté de la frontière, des formations bilingues (immersion proposée par des enseignants provenant du pays voisin), des utilisations des technologies de l'information et de la communication prolongeant et renforçant les contacts et échanges directs avec le pays voisin.
    iii. Inciter les établissements d'enseignement à créer des partenariats durables où ceux-ci puissent profiter de l'infrastructure, de l'outillage et des capacités humaines de l'établissement partenaire, tout en améliorant leur connaissance et leur appréciation de la culture et des particularités locales, de manière à favoriser une meilleure compréhension. Ces partenariats pourraient mener, par la suite, à l'adaptation ou à la création de formations dont les diplômes seraient reconnus dans les deux pays.

    iv. Encourager la reconnaissance et l'utilisation du «Portfolio européen des langues» tout en permettant la prise en compte des besoins spécifiques des régions frontalières, en vue de la cohérence et de la transparence de l'évaluation des compétences linguistiques et culturelles, ainsi que de la mobilité des citoyens.

    B.1. Mesures ciblées sur l'enseignement supérieur et universitaire

    i. Encourager les universités et les instituts de recherche à analyser plus en profondeur la situation sociale, culturelle, économique et politique des régions frontalières partout en Europe et à étudier son impact éventuel sur l'enseignement et sur les phénomènes du bilinguisme, du biculturalisme et de l'identité transfrontalière. Inciter ces universités à créer un réseau de coopération scientifique.

    ii. Soutenir la formation des professeurs, notamment dans les régions frontalières, de manière à y inclure les langues et les cultures du pays voisin ainsi que la didactique des projets internationaux en région frontalière. La forme que revêtent ces parties du programme est de préférence une coopération avec un institut de formation de professeurs dans la région voisine. Ces instituts créeront la possibilité de stages dans le pays voisin. Ces mêmes contenus seront aussi proposés dans les programmes de formation continue des professeurs.

    B.2. Mesures ciblées sur l'enseignement secondaire

    i. Favoriser toutes sortes de projets communs entre les établissements d'enseignement de tous niveaux et de tous types, où les langues du voisin sont le moyen de communication pour échanger des informations relatives à d'autres disciplines, pour travailler en groupes d'élèves mixtes à l'élaboration de documents et de produits concrets.

    ii. Inciter les écoles secondaires à introduire dans leur partenariat existant ou futur, l'orientation professionnelle à l'échelle transfrontalière, qui permette à l'élève de prendre connaissance et, si possible, de visiter des établissements d'enseignement où il puisse continuer ses études et qui lui permette aussi de s'orienter vers le monde du travail de l'autre côté de la frontière.

    B.3. Mesures ciblées sur l'enseignement primaire et sur l'éducation préscolaire

    i. Créer les conditions pour organiser l'enseignement précoce des langues du voisin, dès le début de l'enseignement primaire, qui permette au jeune enfant de connaître et de vivre une autre culture, d'apprendre et d'utiliser ces langues dans un contexte de rencontre, de proximité et de vécu.

    ii. Encourager et soutenir l'apprentissage de la langue du voisin dès le plus jeune âge, dans le cadre préscolaire ou associatif.

    B.4. Mesures ciblées sur l'enseignement aux adultes

    i. Aider les institutions vouées à la formation d'adultes à créer des pédagogies adaptées à leurs besoins et à leurs possibilités, comme des cours ciblés sur des compétences partielles, par exemple la compréhension à l'audition ou sur l'alternance modique (l'utilisation par un seul locuteur de deux langues).

    ii. Encourager les organismes chargés de, ou actifs dans la formation professionnelle des adultes, aux niveaux local et régional, comme les Chambres de commerce et d'industrie ou les associations professionnelles, à prendre des mesures pour inciter les cadres et les employés à participer à des formations de langue et de culture du pays voisin, afin d'augmenter la coopération professionnelle transfrontalière et de renforcer le poids économique de la région frontalière.

    iii. Inciter les collectivités locales et régionales à organiser des formations pour leurs fonctionnaires travaillant dans des domaines où la coopération transfrontalière est, ou sera sous peu, nécessaire, afin qu'ils développent des compétences linguistiques et interculturelles, des connaissances de la société et du domaine professionnel dans le pays voisin, ainsi qu'une motivation intrinsèque pour mener à bien la coopération transfrontalière et pour motiver leurs collègues à faire de même. En faire de même pour les fonctionnaires des administrations centrales et délocalisées de l'Etat, impliqués dans la coopération transfrontalière.

    B.5. Mesures ciblées sur des acteurs socioculturels dans les régions frontalières

    i. Inciter les organismes concernés à coopérer avec les organismes homologues dans les régions voisines dans le domaine des études portant sur le marché de l'emploi et à préparer ensemble des stratégies et des programmes de formation.

    ii. Prendre des mesures qui permettent aux médias des pays voisins de diffuser leurs produits (presse écrite, émissions radio, programmes de télévision) également de l'autre côté de la frontière.

    iii. Promouvoir la coopération entre les médias des deux côtés d'une frontière commune (par exemple échanges et formation des journalistes, publication d'articles ou diffusion de programmes dans la langue du voisin).

    iv. Inciter les organismes comme les syndicats d'initiative ou les offices du tourisme à diffuser, dans la région voisine, les informations concernant les activités culturelles, sportives et autres, y compris les événements spécifiques pour les jeunes comme la musique et la danse.

    v. Promouvoir la coopération transfrontalière entre les organismes et les associations dans le domaine de la jeunesse, de la culture et des sports afin d'organiser des activités communes, profitant de leurs connaissances, infrastructures et moyens respectifs.


    Exposé des motifs

    Cadre de la Recommandation

    Dans les régions frontalières, la coopération transfrontalière, sous toutes ses formes, prend un essor qui parfois dépasse même l'imagination des optimistes. Pour réaliser cette coopération et la circulation des personnes, une bonne communication est indispensable. Étant donné que, dans la plupart des cas, les frontières sont en même temps des frontières linguistiques et/ou culturelles, il est évident que le besoin de bonnes compétences dans la langue voisine et de connaissances de la culture et de la société du pays voisin, augmente sensiblement.

    Dans le même temps, une autre tendance consistant à privilégier l'apprentissage de l'anglais, devenu une lingua franca permettant la communication au niveau mondial, peut être constatée. Un nouvel élan pour la langue et la culture du voisin est donc indispensable.

    Nature des recommandations

    Les mesures préconisées dans la Recommandation ont presque toutes un caractère incitatif et laissent ainsi beaucoup de liberté aux autorités centrales, régionales ou locales, ainsi qu'aux établissements d'enseignement. Les systèmes éducatifs des Etats membres varient fortement, même s'ils présentent des similitudes, et il faut donc offrir la possibilité de donner aux mesures proposées, une forme qui soit en harmonie avec le système éducatif. Pour la même raison, les mesures proposées pour les établissements d'enseignement se rapportent souvent à des projets éducatifs et ne requièrent pas de changements profonds du système éducatif ni des programmes scolaires. Ainsi, l'autonomie grandissante des établissements dans quasiment tous les pays membres du Conseil de l'Europe est respectée.

    Les recommandations globales

    La première recommandation (a) reflète bien le caractère incitatif dont il est question dans le paragraphe précédent. Elle s'inscrit dans la politique linguistique du Conseil de l'Europe, qui veut promouvoir le plurilinguisme à grande échelle (Recommandation No R (98) 6 du Comité des Ministres concernant les langues vivantes, adoptée le 17 mars 1998).

    La recommandation suivante (b) souligne le fait que l'apprentissage des langues est une activité qui concerne tous les domaines de notre société impliqués dans la coopération transfrontalière et pas uniquement le monde de l'éducation. Elle insiste aussi sur la forme de projets, d'activités bien déterminées qui mènent à des résultats concrets.

    La réciprocité dont parle la recommandation (c) est essentielle pour pouvoir créer des projets valables et durables, puisque les activités qui ne concernent qu'une seule région ou une seule langue, risquent d'échouer. La réciprocité exprime aussi le respect mutuel, même si les langues voisines ont des statuts très différents. Ainsi, des langues de moindre diffusion côtoient celles qui sont beaucoup plus répandues. La réciprocité ne veut pas dire que les mesures des deux côtés de la frontière soient identiques. Elles seront précisément plus efficaces si elles cadrent avec les caractères spécifiques de chaque langue.

    La dernière recommandation (e) qui vise la coopération du Conseil de l'Europe avec l'Union européenne peut paraître évidente, mais elle mérite toute l'attention. Les politiques linguistiques des deux institutions européennes ont beaucoup de choses en commun, ce qui permet en principe une coopération qui soit beaucoup plus efficace que deux politiques parallèles. Certains projets, comme l'organisation de l'Année européenne des Langues (en 2001), ont montré la plus-value de cette coopération.

    Pour l'Union européenne, l'apprentissage de la langue du voisin ainsi que la coopération éducative en région frontalière sont des priorités. Elle a développé des programmes qui pourraient, en principe, faciliter les mesures mentionnées en annexe à la Recommandation, tels que Lingua (promotion des langues), Comenius (coopération entre établissements d'enseignement), Erasmus (coopération entre universités et mobilité des enseignants et des étudiants) et Grundwig (projets pour adultes et dans le cadre de la formation professionnelle). Ces programmes permettent la réalisation de projets concrets. De même, le programme Interreg propose des cofinancements pour des projets de formation dans les régions frontalières.

    L'avis du Comité de l'Education du Conseil de l'Europe sur la présente Recommandation a été demandé et reçu.

    Mesures et principes généraux

    Un réseau européen de centres d'expertise nationaux (A ii) devrait mener à une augmentation de la qualité de l'apprentissage des langues du voisin. Il permettra en même temps de faciliter l'établissement de contacts entre les différents Etats membres et le développement de projets communs. Dans certains Etats fédéraux, où ces compétences appartiennent aux entités fédérées, les agences régionales pourraient exécuter les fonctions d'un centre d'expertise national. L'expérience a montré qu'une approche européenne de la matière permet, dans les cas de régions frontalières avec un passé difficile, de faire abstraction de certaines sensibilités et de réaliser une coopération éducative concrète.

    La mobilité des élèves, des étudiants et des enseignants (A vi, A vii et A viii) est l'une des chances majeures pour l'enseignement de la langue du voisin. Cette mobilité est le plus souvent relativement facile à réaliser et a des effets très positifs. La rencontre directe avec des locuteurs natifs augmente, en général, considérablement la motivation pour l'apprentissage de cette langue. De plus, la communication directe oblige l'enseignement à être pratique, c'est-à-dire à préparer cette communication et à abandonner des approches qui visent l'apprentissage de la grammaire et de mots isolés. La présence d'enseignants du pays voisin est importante pour la qualité de l'enseignement des langues (sans préjuger évidemment de la compétence des professeurs de langue du pays) et aussi pour la présence d'une autre culture, d'une autre approche pédagogique.

    L'enseignement des langues en général et celui de la langue du voisin en particulier n'ont pas attendu ces recommandations pour évoluer. En particulier, au sein de la Division des Politiques Linguistiques du Conseil de l'Europe ainsi qu'au Centre européen pour les Langues Vivantes (CELV) à Graz un savoir-faire impressionnant a été développé, dont ces recommandations ne doivent pas être dissociées (B i). La Division des Politiques Linguistiques dispose de beaucoup de documents intéressants, parmi lesquels on peut citer :

    - un Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) qui permet d'établir des curricula avec des objectifs bien définis pour les différentes étapes de l'apprentissage ; c'est aussi un instrument permettant la comparabilité internationale des diplômes. Les six niveaux de compétences en langues qui y sont décrites sont valables pour toutes les langues. Le document a déjà été traduit dans plus de vingt langues et est largement utilisé dans les Etats membres ;

    - un Portfolio européen des langues (PEL) (voir aussi B iv) : des modèles pour les différents secteurs de l'éducation ont été développés (ou sont en cours) dans la plupart des pays membres. Le PEL est la propriété de l'apprenant, qui y consigne ses connaissances linguistiques et ses expériences culturelles. Le PEL est constitué de trois parties : le Passeport de langues, qui donne une vue d'ensemble des capacités de l'apprenant en différentes langues décrites en fonction des niveaux de compétences du CECR ; une Biographie langagière, dans laquelle l'apprenant fait une analyse approfondie de l'apprentissage de chaque langue, toujours en fonction des niveaux du CECR ; cet exercice lui permet également de planifier les prochaines étapes d'apprentissage et de mesurer, par la suite, les progrès accomplis ; un Dossier, qui rassemble des travaux personnels attestant des performances atteintes, ainsi que d'éventuels diplômes ou certificats.

    - un Guide pour l'élaboration des politiques linguistiques éducatives dont la finalité est de proposer un instrument d'analyse qui serve de document de référence à l'analyse, à l'élaboration ou à la réorganisation des enseignements de langue dans les Etats membres. Ce Guide s'accompagne d'une vingtaine d'études approfondissant des thèmes abordés dans le Guide tels que la place de l'anglais, la diversité linguistique ou la dimension interculturelle.

    Le Centre de Graz dispose de plusieurs documents intéressants concernant l'apprentissage de la langue du voisin qui ont été développés dans le cadre du projet Cicero, financé aussi par l'Union européenne. Le projet a réuni un grand nombre de spécialistes dans le domaine des langues en région frontalière. Dans le cadre de ce projet, son coordinateur, l'Académie des Langues (Maastricht), a organisé en étroite coopération avec les établissements partenaires, une série de séminaires et de colloques autour de ce thème dans plusieurs régions frontalières.

    Les résultats de ce projet sont, entre autres:

    - un instrument d'analyse linguistique/sociale d'une région frontalière
    - des critères de qualité pour les projets éducatifs ciblés sur la langue du voisin
    - un premier manuel de la didactique pour la langue du voisin en région frontalière.

    Les documents les plus importants ont été publiés sur un cd-rom et peuvent être consultés aussi sur Internet : www.cicero-net.nl

    Dans toutes les activités qui devraient être menées pour améliorer l'apprentissage de la langue du voisin, existe le risque de perte de la qualité. C'est pour cela qu'un soutien scientifique (B 1 i) est nécessaire pour garantir le bien fondé des actions, en combinaison avec le réseau de centres d'expertise nationaux mentionné sous A ii.

    L'enseignement est et reste finalement avant tout le travail de l'enseignant. Pour cette raison, il est crucial d'intégrer dans les formations initiales et continues des professeurs, la langue et la culture du voisin ainsi que la pédagogie de la coopération transfrontalière (B 1 ii). Cela concerne autant les maîtres de l'enseignement primaire que les professeurs de l'enseignement secondaire.

    Parmi les actions proposées, celles qui veulent promouvoir l'apprentissage dès le plus jeune âge (B 3 i et ii) soulèvent toujours des discussions. Certains pédagogues croient qu'il faut d'abord maîtriser complètement sa propre langue avant d'en apprendre une autre. Les cas d'enfants de mariages mixtes ainsi que de nombreux projets menés à plusieurs endroits, notamment au Canada, ont démontré que le jeune enfant apprend facilement une deuxième langue ou même une troisième. D'autres experts tiennent un plaidoyer pour l'anglais comme première langue à apprendre. L'importance de cette langue est alors souvent mentionnée comme argument décisif. Or, le jeune enfant est justement ouvert aux langues et motivé pour les apprendre ; il faudrait en profiter et ce serait peut-être plus logique de proposer l'anglais plus tard, à l'âge où les adolescents sont davantage motivés pour apprendre cette langue (en relation avec leurs loisirs, voyages, etc.) que les autres langues. Dans les régions frontalières, la langue du voisin est souvent la langue à laquelle le jeune enfant est confronté régulièrement.

    L'enseignement aux adultes (B 4 i et ii) a, dans la plupart des cas, des objectifs très concrets, puisque ces adultes ont souvent une motivation spécifique pour apprendre la langue du voisin (métier, relations familiales, etc.) L'apprentissage peut donc être adapté à ces besoins spécifiques, comme les « cours de conversations ».

    Le rôle des fonctionnaires au niveau local et régional (B 4 iii) ne doit pas être sous-estimé. Beaucoup d'actions proposées dans ces recommandations-ci devront être soutenues et préparées par ces fonctionnaires. Leurs compétences linguistiques et interculturelles sont donc des conditions essentielles. La pratique montre que, parfois, ces fonctionnaires ne montrent pas beaucoup d'intérêt pour la coopération transfrontalière, ce qui peut freiner la réalisation des actions mentionnées. Il ne s'agira donc pas seulement d'améliorer leurs compétences, mais aussi de sensibiliser ces fonctionnaires et de créer chez eux une empathie pour les voisins.

    Glossaire

    Bilinguisme : compétences en deux langues (voir « plurilinguisme »).Les formules bilingues ont un succès énorme, ces dernières années, notamment pour l'anglais. Ces formules appelées parfois aussi « immersion » ou CLIL (Content and Language Integrated Learning) partent du principe que la langue vivante peut être utilisée comme langue de communication dans d'autres cours comme la géographie, les mathématiques. Ainsi les élèves ou étudiants apprennent deux choses en même temps. En plus, la langue cible est utilisée pour la communication (et pas comme matière dont il faut étudier la grammaire).

    Cours intensifs : l'enseignement de la langue du voisin connaît dans certains cas une autre organisation, par exemple dans l'emploi du temps. Au lieu de cours qui sont donnés à raison de deux heures par semaine tout au long d'une série d'années, l'établissement peut proposer des cours intensifs: par exemple deux fois des périodes de deux mois, où les élèves ont trois après-midi entières de cours de langue.

    Compétences partielles : c'est une formule qui existe depuis très longtemps dans les cours de langue donnés pour des raisons spécifiques. Ce sont le plus souvent des adultes qui, en peu de temps, doivent apprendre ou se perfectionner dans une langue dans le cadre de leur profession. Ces adultes n'ont pas, dans cette hypothèse, besoin d'acquérir toutes les compétences linguistiques. Souvent, on ne demande que la « conversation », la communication orale, voire des compétences encore plus spécifiques comme la négociation. Dans d'autres cas, on demande justement la lecture, la compréhension de textes écrits. Dans les autres domaines de l'enseignement, les compétences partielles ne jouent pas encore un rôle important.

    Multilinguisme : présence de plusieurs langues dans un lieu donné, indépendamment des individus qui les parlent. On distingue le plurilinguisme comme compétence des locuteurs (capables d'employer plus d'une langue) du multilinguisme comme présence des langues sur un territoire donné.

    Plurilinguisme : compétence plurielle, naturellement déséquilibrée et évolutive, dans laquelle les connaissances dans différentes langues se complètent, interagissent et permettent solidairement à l'individu d'accomplir des tâches linguistiques.

    Séjour prolongé d'un élève dans un établissement dans le pays voisin est une formule qui est plus récente et qui envisage de permettre à un élève de passer une période (par exemple deux mois) dans une école, avec laquelle son école a un partenariat. De cette façon, l'élève est dans une situation d'immersion linguistique, et s'il vit dans une famille cette immersion se prolonge et lui permet aussi de connaître la vie de tous les jours, la culture de l'autre pays.

    Tandem est une formule qui relie par exemple un Allemand qui veut apprendre le polonais et un Polonais qui apprend l'allemand. Ils communiquent régulièrement, non seulement pour s'informer mutuellement, mais aussi pour s'apprendre, l'un à l'autre, leurs propres langues. Ce modèle connaît déjà un grand succès auprès des adultes et il gagne du terrain dans l'enseignement secondaire.



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