Délégués des Ministres
    Documents CM

    CM(2003)40 24 mars 2003
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    838 Réunion, 30 avril 2003
    7 Education, culture


    7.3 Colloque ministériel (réunion informelle) des Ministres européens responsables des affaires culturelles sur « Le nouveau rôle et les nouvelles responsabilités des ministres de la culture pour initier le dialogue interculturel dans le respect de la diversité culturelle » (Strasbourg, 17-18 février 2003)

    Rapport abrégé

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    Introduction

    1. Un Colloque ministériel (réunion informelle) des Ministres européens responsables des affaires culturelles sur « Le nouveau rôle et les nouvelles responsabilités des ministres de la culture pour initier le dialogue interculturel, dans le respect de la diversité culturelle » s'est tenu à Strasbourg, les 17 et 18 février 2003.

    2. Ce Colloque ministériel s'inscrit dans le cadre du Plan d'Action 2002-2004 du Projet Dialogue Interculturel et Prévention des Conflits lancé par le Conseil de l'Europe en réponse au rôle toujours croissant joué par la culture dans les conflits à travers l'Europe.

    3. L'objectif principal de cette rencontre ministérielle était d'examiner et de discuter un Projet de Déclaration pour le Dialogue Interculturel et la Prévention des Conflits qui pourrait être adopté lors d'une conférence ministérielle prévue à Opatija (Croatie) du 20 au 22 octobre 2003.

    4. Les Ministres européens responsables des affaires culturelles ont notamment discuté de leurs rôles et de leurs responsabilités en vue de garantir le respect de la diversité culturelle, de gérer les conflits, de prévenir les conflits violents et de favoriser la réconciliation, par la mise en œuvre de politiques et d'actions appropriées.

    Participation

    5. Les représentants de 47 Etats Parties à la Convention Culturelle Européenne (48) dont 28 ministres, ministres adjoints et secrétaires d'Etat ont participé à ce Colloque ministériel.

    6. Un représentant du Comité des Ministres, de l'Assemblée Parlementaire et du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux de l'Europe ont assisté à ces travaux ministériels.

    7. Les Etats observateurs (Etats-Unis d'Amérique, Canada, Japon, Mexique, Israël), les invités (MINUK Kosovo, Algérie, Maroc, Tunisie) l'UNESCO et le Regroupement ONG « Education et Culture » ont également été représentés.

    8. Au total plus de 160 personnes ont participé à cette rencontre ministérielle

    Séance d'ouverture

    9. Mme Maud DE BOER BUQUICCHIO, Secrétaire Générale Adjointe du Conseil de l'Europe, a ouvert le Colloque ministériel. M. l'Ambassadeur Rokas BERNOTAS, Représentant Permanent de la Lituanie auprès du Conseil de l'Europe, Représentant du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe, Président du Groupe de travail – Dialogue du Comité des Ministres, s'est également adressé aux ministres et aux participants lors de la séance d'ouverture.

    10. Dans son allocution d'ouverture, la Secrétaire Générale Adjointe a notamment souligné l'importance de la culture, outil précieux pour la connaissance et la compréhension mutuelle, mais aussi preuve d'humanisme et affirmation des valeurs de respect des droits de l'homme et de la démocratie partagées par les Etats membres du Conseil de l'Europe. Elle a mis en lumière la nécessité d'inviter les Européens à faire de la diversité de leurs cultures et de leurs traditions un atout capital du vivre ensemble. Elle a invité les participants à s'interroger sur les moyens de « franchir le pas du multiculturel vers l'interculturel », de garantir la compréhension des difficultés et des problèmes, d'obtenir l'engagement éclairé et ferme pour les résoudre et les prévenir. Elle s'est enfin félicitée de cette initiative de définir un cadre conceptuel qui guidera les choix politiques en matière de dialogue interculturel et de prévention des conflits.

    11. M. l'Ambasadeur Rokas BERNOTAS a rappelé qu'au lendemain du 11 septembre 2001, le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe a réaffirmé l'importance du soutien et de la promotion du « dialogue multiculturel et interreligieux, au sein des sociétés européennes comme avec nos voisins européens ». Il a souligné la nécessité de poursuivre le dialogue engagé avec la Ligue des Etats Arabes et l'Organisation de la Conférence Islamique, mais aussi celle de travailler au dialogue culturel dans une Europe pacifique et unie dans laquelle aucune communauté ne doit se sentir mise à l'écart par les communautés dominantes. Il s'est félicité de voir que cette action politique lancée par le Comité des Ministres se poursuit au sein des ministères directement concernés par la coopération culturelle et a exprimé le vœu qu'elle se voie relayée par les pouvoirs publics.

    Introduction aux thèmes du Colloque ministériel

    12. Le Professeur Johan GALTUNG a invité les participants à repenser le conflit en soulignant l'importance d'une approche culturelle afin de mieux gérer et maîtriser les conflits, prévenir les conflits violents et surtout favoriser la réconciliation, en garantissant le respect de la diversité culturelle. Le conflit, composante de notre quotidien, nécessite une appréhension positive afin d'assurer, par le biais d'une meilleure compréhension et reconnaissance mutuelle, un « vivre-ensemble » durable.

    13. Le Professeur Jean PETAUX a rappelé les conclusions du Colloque d'experts « Dialogue au service de la communication interculturelle et inter-religieuse » (Strasbourg, 7-9 octobre 2002) qui ont alimenté la réflexion et guidé le travail de préparation du projet de Déclaration pour le Dialogue interculturel et la prévention des conflits soumis à l'examen et à la discussion des participants au Colloque ministériel.

    Séances de travail

    14. Les travaux ministériels se sont articulés en quatre séances de travail consacrées aux thèmes suivants :

    - culture et conflits,
    - diversité et dialogue,
    - gouvernance et coopération intersectorielle,
    - vers un projet de Déclaration pour le dialogue interculturel et la prévention des conflits.

    15. Les séances de travail étaient présidées et introduites par un ministre ou secrétaire d'État (voir programme du colloque ministériel en Annexe I).

    16. La première séance de travail a été consacrée au lien entre les notions de culture et de conflits. La deuxième séance a permis de voir d'une part dans la diversité un élément de l'identité européenne mais aussi un élément indispensable sur lequel le dialogue peut se construire afin de devenir un facteur politiquement dynamique. La troisième séance a analysé la portée politique du dialogue interculturel et sa mise en pratique dans une bonne « gouvernance culturelle » afin d'assurer, par une coopération associant tous les secteurs, la création d'un moyen moderne de combattre les extrémismes. La quatrième séance de travail, enfin, a été consacrée à l'examen et à la discussion du projet de Déclaration pour le Dialogue Interculturel et la Prévention des Conflits.

    17. Les points majeurs de ces débats sont repris dans les conclusions du rapporteur (voir Annexe II).

    Projet de Déclaration sur le Dialogue Interculturel et la Prévention des Conflits

    18. Le projet de Déclaration sur le Dialogue Interculturel et la Prévention des Conflits, soumis aux participants pour examen et discussion, a reçu un accueil positif quant au fond. Quant à la forme, il a été recommandé de raccourcir le texte et de le rendre plus opératif et moins bureaucratique.

    19. Il a été demandé que le texte du projet de Déclaration précise davantage les responsabilités des ministres de la culture -tout en ayant à l'esprit la question de la définition des « territoires ministériels » respectifs-, et renforce davantage l'énonciation des principes.

    20. Certaines délégations se sont prononcé en faveur d'un allègement des structures proposées sans cependant contester le principe d'une rencontre annuelle réunissant, sous la forme d'un Forum, acteurs politiques, sociaux, universitaires issus des trois secteurs (public, privé et société civile).

    21. D'autres interventions ont souligné la nécessité d'élaborer un texte plutôt contraignant sur la question de la diversité.

    22. De même, l'évocation du dialogue inter-religieux a partagé les participants aux débats, les uns estimant qu'il ne convenait pas d'aborder cette question de façon spécifique, d'autres au contraire déplorant qu'il n'y soit pas fait suffisamment mention (voir également Annexe 2 conclusions du rapporteur).

    23. Il a été convenu d'inviter les délégations à faire part de leurs commentaires écrits au Secrétariat qui préparera une nouvelle version du projet de Déclaration pour le Dialogue Interculturel et la Prévention des Conflits à l'intention du groupe préparatoire devant se réunir courant du mois de mai 2003.

    24. Le projet de Déclaration sera soumis pour adoption à la Conférence des ministres européens responsables des affaires culturelles qui se réunira à Opatija (Croatie) du 20 au 22 octobre 2003.

    Invitations aux prochaines Conférences ministérielles

    25. Dr Antun VUJIC, Ministre de la Culture de la Croatie, a invité les ministres européens responsables des affaires culturelles à tenir une Conférence ministérielle à Opatija (Croatie) du 20 au 22 octobre 2003 où le projet de Déclaration pour le Dialogue Interculturel et la Prévention des Conflits devrait être adopté.

    26. M. Hüseyin ÇELIK, Ministre de la Culture de la Turquie, a invité les ministres européens responsables des affaires culturelles à se réunir en Turquie en 2004.

    Clôture du Colloque

    27. Dans son allocution de clôture, le Directeur Général de la DG IV -Education, Culture et Patrimoine Culturel, Jeunesse et Sport, s'est félicité de l'engagement actif de tous les participants et les a convié à répondre à l'invitation du Ministre de la culture de Croatie à la prochaine Conférence ministérielle qui se tiendra à Opatija, du 20 au 22 octobre 2003.

    Expositions

    28. Dans le cadre de ce colloque ministériel, le Conseil de l'Europe a accueilli trois expositions : l'une sur « le patrimoine culturel mondial en Slovaquie », l'autre intitulée « Bosnie-Herzégovine : le Dialogue pour un avenir » et la troisième consacrée aux « Archives ottomanes : exemples de politique d'accueil ».

    Accueil de la Ville de Strasbourg

    29. La Ville de Strasbourg a réservé un accueil exceptionnel aux participants au Colloque ministériel les conviant à une réception précédée de la visite de l'exposition « Les dieux comme les hommes » au Musée des Beaux-Arts-Palais des Rohan ; les chefs de délégation ayant également été invités à un dîner offert par la Ville de Strasbourg.

    Visibilité

    30. Un site web : http://www.coe.int/DialogueInterculturel a été créé à l'occasion du Colloque ministériel. Ce site a permis de prendre connaissance des interventions des ministres, au fur et à mesure de leur prononcé.

    31. Il a également servi d'écrin à une interview conjointe donnée par le ministre de la culture de la Grèce, M. Evangelos VENIZELOS, et le ministre de la culture de la Turquie, M. Hüseyin ÇELIK dans laquelle les deux ministres se sont exprimés sur le « rapprochement gréco-turc, démonstration d'un dialogue interculturel réussi ».

    32. Le programme, les documents de travail, la liste des participants de même qu'un document présentant les curriculum vitae des chefs de délégation, préparé à l'intention des participants étaient accessibles en ligne.

    33. La presse locale, écrite et télévisuelle, a relaté l'organisation du colloque ministériel et l'accueil que la Ville de Strasbourg a réservé aux ministres européens de la culture.

    Annexe I

    Programme

    1. Ouverture par Mme Maud de BOER-BUQUICCHIO
    Secrétaire Générale Adjointe du Conseil de l'Europe

    2. Allocution de M. l'Ambassadeur Rokas BERNOTAS
    Représentant Permanent de la Lituanie auprès du Conseil de l'Europe
    Représentant du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe, Président du Groupe de travail – Dialogue du Comité des Ministres

    3. Introduction aux thèmes du Colloque Ministériel

    « Repenser le conflit : l'approche culturelle »
    par M. le Professeur Johan GALTUNG

    « Du Colloque d'Experts 'Dialogue au service de la communication interculturelle et inter-religieuse' au projet de Déclaration pour « le dialogue interculturel et la prévention des conflits »
    par M. le Professeur Jean PETAUX

    4. Séance de travail 1 : Culture et Conflits
    - prévention des conflits interculturels
    - maîtrise des conflits interculturels
    - réconciliation post-conflits

    Présidence : Mme Jenny RANDERSON, AM, Ministre de la Culture, du Sport et de la langue Galloise du Royaume-Uni
    Introduction : Dr. Antun VUJIC, Ministre de la Culture de Croatie

    5. Séance de travail 2 : Diversité et Dialogue
    - dialogue interculturel
    - diversité culturelle

    Présidence : Dr Hüseyin ÇELIK, Ministre de la Culture de la Turquie
    Introduction : M. le Professeur Evangelos VENIZELOS, Ministre de la Culture de la Grèce

    6. Séance de travail 3 : Gouvernance et coopération intersectorielle
    - gouvernance
    - coopération intersectorielle
    - subsidiarité

    Présidence : Dr Pedro Manuel DA CRUZ ROSETA, Ministre de la Culture du Portugal
    Introduction : Mme Katarina STENOU (UNESCO)

    7. Séance de travail 4 : Vers un projet de Déclaration pour Le dialogue interculturel et la
    prévention des conflits

    Présidence de la première partie : M. le Professeur Razvan THEODORESCU, Ministre de la Culture de la Roumanie,
    Présidence de la deuxième partie : Dr Yngve SLETTHOLM, Secrétaire d'Etat à la Culture de Norvège

    8. Séance de clôture

    Présidence : M. le Professeur Polad BYULBYULOGLU, Ministre de la Culture de l'Azerbaidjan

    Fin du Colloque ministériel

    Annexe II

    Conclusions
    par le rapporteur Professeur Jean PETAUX, Université de Bordeaux

    Les débats ont commencé par une séance d'ouverture regroupant les interventions de la Secrétaire Générale Adjointe du Conseil de l'Europe, du Représentant Permanent de la Lituanie auprès du Conseil de l'Europe et deux experts présents (Pr. Johan Galtung et moi-même). Ils se sont poursuivis en trois temps : une séance de travail (n°1) consacrée au thème « Culture et conflit » (sous-thèmes : prévention des conflits interculturels, maîtrise des conflits interculturels, réconciliation post-conflits) ; une séance n°2 sur « Diversité et Dialogue » (sous-thèmes : dialogue interculturel, diversité culturelle) ; une séance n°3 sur « Gouvernance et Coopération intersectorielle » (sous-thèmes : gouvernance, coopération intersectorielle et subsidiarité). La dernière séance (n°4) a été consacrée à l'examen du projet de Déclaration. Plusieurs intervenants ont pris la parole lors de la séance de conclusions des travaux.

    Le mode d'organisation des débats, relativement souple, a amené plusieurs chefs de délégation, dans leurs différentes interventions, au cours des séances 1, 2 et 3 à traiter de certains points contenus dans le projet de Déclaration, ce qui était tout naturel compte tenu du fait que les sous-thèmes proposés aux débats correspondaient à différents aspects du texte de projet de Déclaration.

    1. Les débats sur les thèmes proposés

    Deux ministres ont posé clairement les bases de la discussion : le ministre grec et le ministre croate.

    Pour le premier, le professeur Evangelos Venizelos, le but essentiel de la Déclaration devrait être de mettre en place les conditions institutionnelles et économiques de la sauvegarde de la diversité culturelle sur le marché international et dans la conjoncture actuelle de l'époque post industrielle et numérique.

    Dans ce cadre, les ministres de la culture ont à jouer, tant sur le plan institutionnel que par la force des choses, un rôle particulier de garant de la diversité culturelle, à travers la politique culturelle exercée au niveau national et international.

    Il convient, toujours selon lui, de distinguer entre deux types de dimension à la diversité : la dimension de la diversité interne qui concerne le respect des droits culturels, la tolérance, le libéralisme politique et culturel et la faculté d'acceptation de l'altérité (ce type de diversité garantit aussi la cohésion sociale) et la dimension externe de la diversité qui s'identifie, de son point de vue, manifestement avec le principe de l'équivalence culturelle. Ces deux dimensions sont le socle sur lequel repose la nécessité d'une « Culture des Civilisations ».

    Pour le second ministre, intervenant au début de la première séance de travail, le Dr Antun Vujic, ministre de la Culture de Croatie, s'il faut distinguer entre la « culture universelle » et les « cultures spécifiques », il est tout aussi impératif de considérer que la culture universelle permet la diversité, d'autant que la culture doit être entendue et comprise comme un élément qui définit et construit les comportements au jour le jour.

    La question de la diversité a été abordée de maintes manières différentes. Comme il a été rappelé à plusieurs reprises, et le plus fortement par le ministre portugais, le Dr Pedro Manuel da Cruz Roseta, la relation entre l'universel et le singulier et entre la mondialisation et la diversité est dialectique : si la mondialisation ne propose pas la diversité elle sera rejetée c'est pourquoi les tenants de la mondialisation doivent comprendre qu'ils doivent être aussi les défenseurs de la diversité. Le représentant des Pays-Bas s'est associé précisément, au début de sa propre intervention, aux propos du ministre portugais.

    Mme Katérina Stenou, directrice de la Division des Politiques Culturelle et du Dialogue Interculturel à l'UNESCO, présente en tant que représentant d'une organisation invitée en tant qu'observateur, a rappelé le paradigme des « 3 D »: « Diversité-Dialogue-Développement ». Loin de diviser, la diversité unit les peuples. La culture, selon elle, n'est pas que source de divertissement, mais elle est aussi un site d'avertissement. Il faut prendre en compte la pensée anthropologique de Claude Lévi-Strauss sur le partage des cultures, seul moyen pour sortir de l'entre-soi.

    Le ministre de la Turquie, M. Hüseyin Çelik, a souligné qu'en démocratie, ce qui compte c'est le concept du « et » et non du « ou » ; il faut raisonner en termes de « toi et moi » et non en termes de « toi ou moi ». Renforçant son propos, le représentant turc a ajouté qu'en dépit de leurs différences, les hommes peuvent vivre ensemble. La pluralité culturelle, à ses yeux, tout comme le dialogue, ne peuvent être fondés sur des décrets et des déclarations : il faut des actes concrets.

    Plusieurs initiatives concrètes ont été proposées : une conférence ministérielle annuelle sur le thème du dialogue interculturel ; des rencontres dans les régions les plus « explosives » (Pr. Razvan Theodorescu, ministre de Roumanie); et toute une série d'actions qui viseraient à couronner des exemples de bonnes pratiques. Il convient également de citer la proposition d'un Comité de coopération interculturelle pour les pays du Sud-Caucase et de la Mer Noire, en relation directe avec l'Iran et les pays arabes, présentée par M. Karen Aristakesyan, ministre arménien. Dans le même ordre d'idées, celui du dialogue avec les cultures non-européennes, on retiendra la suggestion de la représentante du Canada, Mme Marie Bédard, souhaitant promouvoir un dialogue avec « les Amériques » (proposition formulée aussi par la représentante de l'Islande) et une autre proposition présentée par les représentants de l'Algérie, du Royaume du Maroc et de Tunisie, demandant à promouvoir un dialogue entre les deux rives de la Méditerranée (idée également défendue par la représentante de l'Espagne et celui de l'Italie).

    Ce qui compte, et cela a été rappelé par de nombreux participants, c'est de développer la « culture du dialogue» pour le dialogue interculturel. C'est ce qu'ont souligné la ministre de Slovénie, Mme Andreja Rihter mais aussi le représentant du ministre français de la culture. Il ne faut pas omettre de considérer l'importance du passage du dialogue à la reconnaissance de la diversité, mais celle-ci ne signifie pas qu'elle puisse être sans limites. La limite absolue à la diversité est contenue dans le respect des droits de l'homme et dans l'ensemble des valeurs partagées par tous les états membres du Conseil de l'Europe, valeurs qui doivent être reprises expresis verbis dans le texte de la Déclaration. Il n'en demeure pas moins, selon le représentant du Saint-Siège, le r.p. Laurent Mazas, que les droits de l'homme doivent être envisagés non pas comme des contraintes auxquelles les Etats seraient soumis, mais comme une source originelle du concept même de droits de l'homme et par là de toute la démarche du Conseil de l'Europe et des Etats ayant ratifié la convention Culturelle Européenne du Conseil de l'Europe. La primauté de la personne humaine ne doit jamais être perdue de vue, le texte s'attachera d'ailleurs à mettre davantage l'accent sur la notion d'individu, par rapport aux groupes, c'est ce qu'ont rappelé les ministres portugais et hongrois.

    Il est important de souligner la prise en compte des questions culturelles liées à d'autres processus, en particulier sociaux et économiques associés aux mouvements migratoires, à la question des réfugiés, etc. De ce point de vue, le chiffre de 35 millions de réfugiés qui ont dû fuir leurs foyers, dans l'ensemble des années 90, du fait des guerres est très impressionnant.

    Il faut donc impérativement relier les droits formels aux droits culturels (propos du représentant de la Finlande). C'est ainsi que la culture doit être mise au centre du politique. C'est également ainsi, pour reprendre les paroles des représentants de la France et de la Belgique, que la culture du métissage doit être encouragée .

    2. Commentaires sur le texte du projet de Déclaration

    Globalement le texte proposé au débat a reçu un accueil tout à fait positif. Aucune délégation n'a soulevé d'obstacles majeurs qui correspondraient à une position de principe d'ensemble et viseraient à remettre en cause l'économie générale du projet.

    Sept ou huit interventions (dans la séance n°4) ont mis l'accent sur le caractère trop long du texte proposé (tout en reconnaissant qu'il fallait définir le plus précisément possible les termes employés, les responsabilités nouvelles des ministres, etc. sans que, bien entendu, ce nécessaire effort de précision allonge forcément le propos).

    D'autres (parfois les mêmes, pas plus d'une dizaine de prises en parole en tout état de cause) ont considéré que le texte comportait certains éléments à tendance « bureaucratique » et ont plaidé pour un allègement des structures proposées pour la mise en place de la Déclaration, visant précisément l'organisation de la Table-ronde. Le principe d'une rencontre annuelle réunissant sous la forme d'un Forum toute une série d'acteurs sociaux, universitaires, politiques, issus des trois secteurs (public, privé et société civile) n'a été contesté par personne. La question du choix annuel d'une ville comme « ville européenne du dialogue interculturel » a fait l'objet d'une réserve émise par trois délégations.

    Inversement, certaines interventions ont souligné la nécessité d'élaborer un texte plutôt contraignant sur la question de la diversité, comparable à ce que l'UNESCO est en train de mettre en œuvre à l'initiative d'une quinzaine d'Etats, dont la France. Plus de souplesse d'un côté, une forme de contrainte et de réaffirmation des principes en matière de diversité culturelle de l'autre. Le projet de Déclaration doit s'efforcer d'intégrer ces deux dimensions contradictoires en les dépassant peut-être par une distinction plus grande entre les valeurs partagées et les structures formelles à mettre en œuvre et les moyens à mobiliser, renvoyant au Secrétariat le soin de les concevoir.

    L'évocation du dialogue inter-religieux a partagé les participants au débat. Certains représentants ont tenu à indiquer qu'il convenait de ne pas traiter spécifiquement la question « religieuse », voire de faire en sorte de ne pas faire apparaître le terme dans le projet de texte, même sous la forme « (y compris dans sa dimension religieuse) » telle qu'elle peut apparaître dans le projet. D'autres, au contraire, ont tenu à renforcer cet aspect dans le projet de texte, déplorant même qu'on n'y fasse pas assez mention. On pourrait considérer qu'il s'agit du même problème avec la question des médias. Certains ont souhaité que ce domaine soit explicitement évoqué dans le projet de texte, d'autres, au contraire, ont montré leur grande réserve.

    Il apparaît, qu'à chaque fois, la ligne de partage entre les différents intervenants aux débats, recouvre la question de la définition des « territoires ministériels » respectifs des uns et des autres. Dans certains Etats, les ministres de la culture ont à connaître ou sont même carrément « ministres des Cultes » ou de la « Culture et de la Communication », dans d'autres ce n'est pas du tout le cas : soit qu'il s'agit par exemple du ministre de l'Intérieur ou d'une compétence relevant des Etats fédérés dans le cadre d'un système fédéral.

    D'autres remarques ont également été formulées sur des points très spécifiques et particuliers comme la question de l'élaboration des programmes scolaires qui pourraient aborder les questions religieuses ou comme la coopération intersectorielle.

    Il est évident que le texte du projet de Déclaration devra davantage préciser les responsabilités des ministres de la culture, tout en se renforçant dans l'énonciation des principes. Il faut bien réaliser que même un texte sur le dialogue interculturel nécessite un « compromis » entre différentes approches culturelles du rôle et des responsabilisation des ministres de la culture.

    Le choix d'un texte plus court semble s'imposer. Plus court et simplifié dans son contenu. Il conviendrait peut-être d'introduire dans le texte les éléments les plus importants de quelques unes des interventions au cours des débats qui ont fait avancer la définition des termes et préciser les « positions politiques » (ou si l'on préfère « les grands principes ») qui doivent être retenues dans un tel texte. Ces interventions ont manifestement recueilli un assentiment généralisé et ont fait consensus. Leur teneur permettra, dans la suite du projet de texte, de « resserrer » plus précisément le propos et de mieux cibler les responsabilités nouvelles des ministres de la culture européens.



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