18ème Session plénière du Congrès

      Strasbourg, 18 mars 2010

      Interview de Stepan KIRICHUK , Président du Congrès des entités municipales de Russie

      Stepan Kirichuk : Le transport intra-régional se présente sous des visages variés et suppose une approche au cas par cas

      Au cours de la session du Congrès du Conseil de l’Europe, Stepan Kirichuk, Président du Congrès des entités municipales de Russie, est intervenu le 18 mars lors du débat sur le transport intra-régional à la Chambre des régions. Les réalités russes imposent une approche individuelle des axes de transport en tenant compte des spécificités régionales, assure-t-il dans son interview. Dans le même temps, la Stratégie des transports adoptée par la Russie permettra d’unifier des réseaux routiers pour le moins éclatés jusqu’ici.

      Question : Les transports intra-régionaux ont une importance primordiale pour un pays aussi vaste que la Russie. Quelle est la situation aujourd’hui dans ce domaine et quels sont les problèmes ?

      Stepan Kirichuk : En Fédération de Russie comme dans d’autres pays développés, les transports sont l’un des principaux secteurs de base de l’économie, un élément essentiel des infrastructures productives et sociales. Les chemins de fer et les routes occupent une place importante dans le système des transports en Russie. Le système de communication comprend plus de 127 000 km de voies ferrées, 755 000 km de routes en dur, 102 000 km de voies fluviales et 532 000 km de couloirs aériens, dont plus de 150 000 pour les liaisons internationales.

      Les transports intra-régionaux apparaissent sous des visages très différents dans les 83 régions que compte la Fédération de Russie. Les modèles de transport dépendent beaucoup de la structure de la région, de la composition et de l’importance de la population, du type de production industrielle, du climat etc. Ainsi, dans les régions centrales de Russie, ils ressemblent beaucoup aux modes de transport d’Europe occidentale, tandis que dans les régions septentrionales, caractérisées par de grandes distances, les transports aériens régionaux ou interrégionaux sont utilisés plus fréquemment. Il y a enfin des régions qui, dans certaines conditions, ne peuvent se passer de modes de transport comme les attelages de rennes ou de chiens.

      Les transports intra-régionaux (en particulier ferroviaires et routiers) sont compatibles en Russie avec les couloirs de transport interrégionaux, voire internationaux – par exemple, l’axe ferroviaire transsibérien, les routes du « Caucase » et du « Don », l’autoroute Moscou – St-Petersbourg – Helsinki – Europe et un grand nombre de couloirs aériens. C’est à la fois un avantage et un problème, car l’engorgement de ces artères de transport et ses effets écologiques, inquiètent les habitants des localités traversées.

      Les routes souffrent en Russie d’aménagements insuffisants pour les usagers. La situation s’est beaucoup améliorée, mais il faut encore s’attacher à construire des motels, des cafés, des douches et des garages, et à moderniser les installations qui existent déjà. Aujourd’hui, les régions et les collectivités locales s’efforcent de parfaire le développement du réseau routier en créant des pistes cyclables et en adaptant le fonctionnement des transports en commun. mais ces questions restent un problème dans maintes régions. Enfin, un autre problème est l’éclatement des réseaux de transport intra-régionaux.

      Question : En quoi les recommandations du Congrès peuvent-elles aider les pouvoirs régionaux à développer ces réseaux de transport ?

      Stepan Kirichuk  : Les recommandations du Congrès sont, sans aucun doute, pour la Russie, Etat-membre du Conseil de l’Europe, des éléments indispensables pour traiter des questions sur le plan interne. Il en sera également ainsi des recommandations sur le transport intra-régional, qui seront portées à la connaissance des régions russes et transmises aux ministères et agences intéressés par les questions de transport. Elles seront prises en considération lors de l’élaboration de projets liés aux routes, aux transports, à l’industrie des transports et à l’écologie, ainsi que des mesures d’amélioration de la sécurité du trafic.

      Je tiens à souligner l’utilité des recommandations du Congrès étant donné la mondialisation de l’économie, le contexte démographique, l’évolution des modes de vie et l’aménagement du territoire, ce qui a considérablement renforcé la mobilité de la population et densifié les flux. Je relèverai en particulier les points concernant les modes de transport non motorisés, la limitation des émissions polluantes, les aspects sociaux, la bicyclette, la dimension culturelle et le rôle des transports pour la cohésion du territoire.

      Question : Pourriez-vous nous donner des exemples de bonnes pratiques russes dans ce domaine ?

      Stepan Kirichuk :  Etant donné les distances qui caractérisent la Russie, les différentes zones climatiques et les nombreux fuseaux horaires, les questions de transport ne sont pas traitées selon des projets types et des technologies éprouvées, mais, dans la plupart des cas, en suivant des approches au cas par cas pour chacun des axes de transport. Cette diversité est certes quelque chose de bel et bon, mais dans le même temps, elle est complexe et coûteuse.

      L’Etat fédéral a adopté une Stratégie des transports jusqu’en 2030. En 2015, la mobilité de la population devrait atteindre 8616 km par personne et par an ; le montant des exportations de services de transport devrait être de 23,4 milliards de dollars (E-U) ; le volume du fret en transit devrait être de 42,7 millions de tonnes par an. La longueur des lignes ferroviaires qui devraient entrer en service est de 3 100 km, la vitesse de livraison des marchandises devrait passer en 2015 à 305 km par 24 heures et à 950 km, pour ce qui est des conteneurs en transit.

      De plus, des goulots d’étranglement ont été supprimés sur 6 200 km de routes d’importance fédérale ; des routes de cette catégorie ont été aménagées ou reconstruites sur près de 8 000 km, y compris 1 900 km à péage sur des autoroutes et des sections à grande vitesse dans des couloirs de transport internationaux.

      Dans la perspective du développement des routes russes à l’horizon 2016-2030, il est prévu de raccorder au réseau de routes fédérales de nouveaux axes assurant des liaisons interrégionales et permettant d’intégrer en un système unique les portions routières isolées de certaines Régions. Ce sont des routes qui relient par le trajet le plus court les chefs-lieux de Sujets de la Fédération, à savoir Syktykvar – Arkhangelsk – frontière finlandaise ; Kazan – Perm ; Abakan - Gorno-Altaïsk – Barnaoul ; Pskov – Smolensk etc.

      Il s’agit aussi de routes d’importance régionale qui font partie de couloirs de transport internationaux. Enfin, ce sont les axes « Centre – Oural (Moscou – Saransk – Oulianovsk – Ekaterinbourg) ; « Europe – Ouest de la Chine » (Saint-Pétersbourg – Vologda – Iochkar-Ola – Kazan – Orenbourg – frontière kazakhe) ; « Nord-ouest – Sibérie » (Saint-Pétersbourg – Kotlas – Syktykvar – Perm – Khanty-Mansiïsk – Tomsk) ; « Nord-Est – Oural polaire » (Syktykvar – Vorkouta avec une branche vers Narian-mar) ; et « Oural industriel – Oural polaire » (Tioumen – Salekharde).

      Je peux proposer comme exemple réussi de schéma de transport intra-régional la réalisation du programme « Sodroujestvo » (Communauté de trois régions), qui associe les districts autonomes iamalo-nenets et khantу-mansi, la Région de Tioumen et la ville du même nom. Il a permis de réaliser des projets de rénovation d’aéroports (pistes d’atterrissage pour les liaisons aériennes régionales et internationales) et d’aménagement de l’autoroute interrégionale Ekaterinbourg – Tioumen – Sourgout – Nord, ainsi qu’une série de projets visant à améliorer le confort des voyages et à renforcer la sécurité du trafic.



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