Maurice Vincent : « Assainir et sécuriser nos finances tout en anticipant la fin de la crise »

      S’exprimant dans le cadre du débat sur les conséquences de la crise financière internationale pour les collectivités locales, le maire de Saint-Etienne ( France), Maurice Vincent, appelle ces dernières à évaluer et renégocier si nécessaire leurs emprunts auprès des banques, mais aussi à préparer dès maintenant l’avenir et la « sortie de crise » en investissant dans le développement durable et l’innovation.

      Interview – 04.03.2009

      Question : Alors que l’ampleur de la crise actuelle fait l’objet d’interprétations tantôt dramatiques et tantôt rassurantes, y compris en matière de financement des collectivités locales, quelle est votre analyse et que conseillez-vous aux élus locaux pour y faire face ?

      Maurice Vincent : Il faut arrêter de dire que les banques n’accordent plus de crédit, mais la réalité, c’est qu’elles ont multiplié leurs marges par cinq ou même par dix, ce qui réduit les effets de la baisse des taux. Elles savent que les collectivités locales sont des clients sérieux et solvables, et l’on trouve donc encore de l’argent sur le marché. Par contre, j’invite les maires dont les communes ont réalisé des emprunts à taux variables, les fameux emprunts dits « toxiques », à renégocier ces prêts avec les banques, car ils pourraient se révéler des bombes à retardement, non pas dans les années à venir, mais à l’horizon 2020, voire 2040. A Saint Etienne par exemple, nous tentons de ramener notre part totale d’emprunts « risqués » de 65% à 20% de nos dettes d’ici 2014, quitte à devoir, dans un premier temps, payer un peu plus d’intérêts… mais cette politique est indispensable pour la sécurité à long terme.

      Question : Ces négociations financières, toutes fondamentales qu’elles soient, échappent un peu au « citoyen de base » : à quoi doit-il s’attendre concrètement dans les mois et les années à venir ?

      Maurice Vincent : Si l’activité économique baisse, les recettes fiscales, locales comme nationales, vont automatiquement baisser elles aussi. En outre, j’ai peur que les Etats, plus endettés que les communes, ne leur transfèrent de nouvelles charges, et tout ces facteurs rendront inévitable une hausse des impôts locaux, ou une augmentation de notre endettement. Parallèlement, moins d’activité signifie plus de chômage et plus de dépenses sociales, qu’il faudra bien financer aussi. En outre, il faudra compter avec l’inquiétude, mais aussi l’exaspération d’une grande partie de nos citoyens, victimes d’une situation dont ils ne sont pas responsables.

      Question : Que peuvent faire les collectivités locales pour préparer la sortie de crise et soutenir l’économie ?

      Maurice Vincent : Je pense que l’avenir passe par l’investissement, principalement dans le développement durable. A Saint Etienne, nous allons investir 210 millions d’euros pour rénover certains quartiers et pour réduire la consommation d’énergie des bâtiments publics, en particulier les écoles. De même, nous avons de nouveaux projets en matière de pôles scientifiques et techniques, qui sont les gisements de l’activité et de l’emploi pour le long terme.



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